Au cœur de la justice des étrangers, au bout des pistes de Roissy

SOCIÉTÉ
REPORTAGE – Dans le film Samba, avec Omar Sy, on suit le quotidien d'une personne sans-papiers. Celui-ci fait d'ailleurs un séjour au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne, au bout des pistes de l'aéroport Charles de Gaulle. Si le lieu n'est pas visitable par les journalistes, metronews est allé assister aux audiences du juge des droits et libertés, juste à côté. Chaque jour, des dizaines d'étrangers y sont jugés. En jeu : la prolongation de leur séjour en rétention.

"Avez-vous quelque chose à ajouter ?" À la barre, Ling* regarde son interprète. Cette jeune Chinoise de 22 ans, le front barré d'une large frange, reste muette. "Bien, la décision sera rendue tout à l'heure. Dossier suivant". Deux policiers la reconduisent dans la salle d'attente. Celle de l'annexe du TGI de Meaux. Pour s'y rendre, Ling aura juste dû traverser les deux passerelles qui séparent ce tribunal du CRA, le centre de rétention administratif du Mesnil-Amelot. Installé depuis un an au bout des pistes de Roissy , Ling s'y trouve depuis cinq jours, en compagnie de tous les étrangers que les préfectures d'Ile-deFrance envoient pour demander leur expulsion du territoire. 3500 en 2013. Certains étaient en France depuis quelques jours, d'autres plusieurs années. Au final, 613 personnes ont été placées dans des avions pour quitter le pays.

Une scène du film Samba, sorti il y a quelques semaines , se déroule justement dans ce centre de rétention. Le héros, joué par Omar Sy, y est retenu quelques jours . "Mais on ne voit pas la scène devant le juge des libertés, au tribunal, alors que c'est justement ça qui permet sa libération", regrette une salariée de la Cimade , une association qui vient en aide aux migrants. Cette scène aurait alors pu mettre au jour une situation inédite et décriée : sa proximité avec un centre de rétention. Un lieu de justice juste à côté d'un lieu de privation de liberté, la confusion semble trop grande aux yeux des collectifs de défense.

Bruit des avions

La proximité était idéale, selon le TGI, pour que les personnes retenues n'aient plus à subir des allers-retours à Meaux. Il avait assuré que "toutes les conditions d'indépendance étaient réunies". Mais depuis un an, plusieurs associations s'indignent contre ce qu'elles estiment être une "justice d'exception".

"Les retenus passent par le centre de rétention et par une caserne de CRS avant d'arriver au tribunal. Comment distinguer un lieu de justice et un lieu de rétention ?" s'indigne une intervenante de la Cimade. Par ailleurs, le lieu, au beau milieu de la zone pavillonnaire jouxtant l'aéroport est difficile d'accès. "Difficile pour les familles ou les proches d'amener des pièces justificatives ou même des produits de première nécessité", continue l'intervenante.

Relâchés au milieu de nulle part

Pour l'instant, les journalistes ne sont pas autorisés à visiter le CRA . "Les conditions d'hygiène ne sont pas convenables", dénonce la Cimade. Metronews a simplement pu pénétrer dans les salles dans lesquelles les étrangers patientent, en attendant leur passage devant le juge. D'une trentaine de mètres carrés, avec des bancs en carrelage, elles ne disposent d'aucune aération. "Certains patientent ici plusieurs heures en attendant la décision", rapporte une salariée de la Cimade. Ce lundi matin, l'odeur y est très forte. Mehdi et Ali attendent la décision du juge. "J'attends d'avoir mon avocat pour savoir si je fais appel", annonce Mehdi.

Dans le film Samba, on voit Omar Sy, relâché à la porte du centre, au milieu de nulle part, suite à sa rétention. "Ça se passe toujours comme ça, confirme-ton à la Cimade. Mais parfois, le samedi soir, il n'y a même plus de transports en commun". Il faudra alors marcher plus d'une heure, dans le dédale de la zone pavillonnaire du Mesnil-Amelot, pour retrouver l'aéroport.

* Tous les prénoms ont été changés

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