Au Park Hyatt Vendôme, les femmes de chambre font du bruit pour de meilleures conditions de travail

Au Park Hyatt Vendôme, les femmes de chambre font du bruit pour de meilleures conditions de travail

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SOCIAL - Rue de la Paix à Paris, devant le très prestigieux hôtel Park Hyatt Vendôme, femmes de chambre et chefs de rang protestent contre leurs conditions de travail depuis plus de deux semaines. Ils réclament de sortir de la sous-traitance ainsi qu'une revalorisation des salaires en interne.

"Vous nous empêchez de travailler ! Vous êtes des bons à rien, des emmerdeurs. Démissionnez si vous n’êtes pas contents." La jeune femme blonde, très chic, a quitté son bureau de l'autre côté du trottoir le temps d’un coup de gueule. Face à elle, ce mercredi, dans une rue de la Paix moins calme que d’habitude, les petites mains du prestigieux hôtel Park Hyatt Vendôme tambourinent de plus belle sur leurs casseroles. Voilà seize jours exactement que ces grévistes se relaient devant l’entrée principale du palace parisien. Et ils ne comptent pas abandonner leur combat.


"On peut tenir, on est motivés. C’est parti pour une durée illimitée, " explique Samya*, une gouvernante en grève. "D’autant que la plupart des passants et des clients de l’hôtel sont bienveillants. Certains nous soutiennent !" Avec la petite trentaine de salariés présents ce jour-là, réunis sous les couleurs de la CGT, Samya et ses collègues répètent leurs revendications : d’une part l’intégration chez Hyatt des équipes actuellement embauchées en sous-traitance au sein de l’entreprise STN, d’autre part la revalorisation des salaires (à hauteur de 3 euros par heure) des employés internes au Park Hyatt. Au total, 90% des effectifs en sous-traitance sont mobilisés sur cette grève. Une petite dizaine d’employés Hyatt, sur 300 contrats, ont également cessé le travail.

Tu es femme de chambre, tu restes femme de chambreBijoux

Bijoux a rejoint le mouvement dès les premiers jours. Femme de chambre embauchée en sous-traitance depuis neuf ans, elle est de celles qui ambiancent ce petit bout de trottoir aux cris de "Dignité ! Respect !" scandés au mégaphone. L’intégration dans l’équipe Hyatt la soulagerait d’une angoisse : celle de la précarité. "Depuis que je travaille ici, on a changé trois fois de prestataire. C’est vrai qu’à chaque fois on nous a repris, mais il y a toujours le risque d’être écarté. Sans compter qu’on n’a pas de perspective d’évolution. En sous-traitance, tu es femme de chambre, tu restes femme de chambre. Tu ne deviens pas gouvernante."


Alors que les riches clients de l’hôtel et quelques célébrités vont et viennent par une petite porte latérale, Bijoux réclame, d’une manière plus générale, l’amélioration de ses conditions de travail. "Nous sommes quatre femmes de chambre par étage" détaille-t-elle, "et nous sommes censées avoir un aspirateur chacune. Il n’en reste plus qu’un, du coup on doit se le partager et on perd du temps. On met 1h30 à nettoyer une chambre, au lieu des quarante-cinq minutes demandées. Comme on n’avance pas assez vite, on a la pression. C’est comme ça qu’on se retrouve à sauter la pause déjeuner, par exemple." Autre grief : l’absence, selon elle, de chariots légers. "J’ai une épaule enflée à force de transporter le linge mouillé. Les chariots de transport sont trop lourds, cela fait un an qu’on en réclame d’autres !"

On n'entend que le mot 'prio' : tout est priorité iciSofiane

Sofiane, lui aussi, a connu des problèmes de santé dans le cadre de son travail. D’ailleurs, ce chef de rang au room-service (il travaille au mini-bar) est toujours sous traitement pour soigner une double hernie cervicale. "Pendant deux ans, j’ai travaillé avec des chariots qui pesaient entre 200 et 300 kilos, à pousser à la force des bras." Comme Bijoux, il évoque des temps de pause rabotés et une pression constante : "On n'entend que le mot ‘prio’ : tout est priorité ici." Directement employé par Hyatt, il fait partie de ceux qui réclament aujourd’hui une revalorisation salariale. Il y a quatre ans, les femmes de chambre en sous-traitance ont opéré un premier mouvement de grève et ont obtenu une hausse des salaires. Elles gagnent actuellement, selon ancienneté, 1900 euros net par mois. "Mais nous, chez Hyatt, on n’a pas été concerné. Moi je suis payé 1500 euros net par mois pour 39 heures travaillées."


Devant une autre entrée de l’hôtel, elle aussi fermée d’accès aux clients, Jean-Louis et Clize confirment. Eux aussi sont employés d’Hyatt, l’un au service technique, l’autre aux cuisines pour le personnel. Cette maison de luxe, ils la connaissent depuis plus de dix ans. Pourtant, avec respectivement onze et seize ans d’ancienneté, ils nous assurent toucher un salaire de 1600 euros net mensuels. "Et encore, je suis restée à 1300 euros pendant douze ans" ajoute Clize, mère d’un grand garçon. 

De nouvelles négociations salariales en 2019

Sollicitée par LCI, la direction du Park Hyatt a accepté de répondre à nos questions. Michel Morauw est vice-président Hyatt France. Concernant la première revendication des équipes grévistes, à savoir l’intégration des salariés en sous-traitance, il indique que le sujet est clos : "Cette question a déjà été tranchée par un jugement de la Cour d’appel de Paris, en novembre 2017. (la décision est à consulter ici, ndlr) Ce recours à la sous-traitance a été jugé tout à fait licite. Il n’y a donc pas lieu de ramener ce sujet sur la table." Et à propos de la revalorisation salariale ? "Dans toute entreprise, il y a des négociations annuelles obligatoires. Les nôtres ont eu lieu en avril 2018 et ont été signées par les syndicats. Les négociations seront de nouveau ouvertes en 2019." Et le responsable de préciser, à l’attention des femmes de chambre : "Le nettoyage est un métier très difficile, c’est l’un des métiers les plus durs dans l’hôtellerie, nous en sommes conscients. Moi-même, j’ai fait ce travail au début de ma carrière, aux Etats-Unis, pendant quelques semaines."


En fait, pour Michel Morauw, ces revendications ne sont pas au cœur du problème. "Le vrai sujet", estime-t-il, "ce sont les mandats syndicaux qui vont tomber en janvier prochain à cause des ordonnances Macron, qui interdisent désormais que les employés de prestataires extérieurs deviennent représentants du personnel dans l’entreprise cliente." A ce sujet, apprend-t-on, une réunion entre la CGT et la société de sous-traitance STN a été proposée par Hyatt. "Nous cherchons une résolution rapide", ajoute le vice-président. Une version qui peine à convaincre les grévistes, qui assurent de leur côté  que "les ordonnances Macron ne sont pas le problème". Le bras de fer continue. 


*Prénom d’emprunt

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