Aubervilliers : pourquoi le racisme anti-asiatique est-il sous médiatisé ?

Aubervilliers : pourquoi le racisme anti-asiatique est-il sous médiatisé ?

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RACISME ORDINAIRE - Trois semaines après la mort de Chaolin Zhang, la communauté asiatique ne décolère pas. Elle défilera dimanche dans les rues de Paris pour dire stop aux violences et aux discriminations, bien souvent passées sous silence. Mais pourquoi le racisme anti-asiatique est-il si peu présent dans le débat médiatique ? LCI fait le point.

La mort de Chaolin Zhang, le 12 août dernier, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ce couturier d'Aubervilliers, père de deux enfants, avait été violemment agressé par plusieurs hommes qui voulaient lui voler son sac. M. Zhang avait été jeté au sol et sa tête avait heurté le trottoir. Il est mort cinq jours plus tard.


Les semaines qui ont suivi, plusieurs rassemblements ont été organisés à Aubervilliers et des membres de la communauté chinoise ont appelé à manifester ce dimanche à Paris. "On assiste à une prise de conscience de la communauté asiatique depuis la mort de Chaolin Zhang, affirme à LCI Alain Jakubowicz, président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) . Si le débat est venu sur la place publique, c’est d’abord car certaines associations ont considéré que le temps était venu d’intégrer ce combat dans le combat global de la lutte contre le racisme", juge-t-il.

Des remarques (presque) banales

Et pour cause, ces problématiques ne datent pas d’hier et la communauté n’est pas épargnée par les plaisanteries discriminantes. Dernier évènement en date ? Les propos tenus par un commentateur de France 2 qui avait comparé des athlètes asiatiques à des "Pikachu" lors des Jeux Olympiques. Mais pas besoin de se rendre à Rio pour constater la banalisation du phénomène. Amélie, une jeune Lyonnaise de 26 ans, a été victime de discrimination à Paris. "En juin dernier, j’allais rentrer dans une boîte de nuit quand l'un des videurs m’a demandé ma carte d’identité. Je lui ai indiqué que je n’avais que ma carte vitale quand il m’a répondu : ‘non mais donne-moi ta carte de séjour au pire' ." 


Des remarques presque banales aujourd’hui, mais qui n’en sont pas moins "blessantes", s’agace Tamara Lui, présidente de l’association des Chinois de France. "Ca fait rire tout le monde de parler avec un accent asiatique ou de se tirer les yeux.  Mais où est la limite de l’humour ?"

"Ce qui créerait scandale chez les musulmans ou les juifs passerait en revanche comme une lettre à la poste pour les Chinois"Dominique Sopo, président de SOS Racisme

Mais si ces discriminations sont si répandues, comment expliquer qu’elles soient si peu relayées ? "La question du racisme anti-asiatique n’est pas un élément passionnel dans le débat public et politique, concède aisément Dominique Sopo, le directeur de SOS Racisme. Ce qui créerait scandale chez les musulmans ou les juifs passerait en revanche comme une lettre à la poste pour les Chinois".


Et les raisons sont multiples. La première vient de la communauté elle-même, juge Alain Jakubowicz. "C’est une communauté composite qui n’est pas dans la culture de la plainte, de la revendication, ni dans la saisine d’associations antiracistes universelle. Les dépôts de plaintes sont rares car ils ne parlent pas nécessairement le français et ne connaissent pas toujours les lois et la réglementation française", note-t-il. "Les personnes d'origine asiatique sont relativement discrètes", concède Tamara Lui. Quand on a des problèmes, on intériorise, on n’en parle pas".


Résultat : peu d'associations sont exclusivement dédiées à la question du racisme anti-asiatique. Selon Dominique Sopo, les organisations généralistes telles que SOS Racisme ou la Licra sont ainsi rarement saisies pour des faits de violence ou de discrimination contre cette communauté.

Si les études autour de l’islamophobie, de l’antisémitisme, ou du racisme anti-Noirs sont légion, il est en revanche beaucoup plus difficile d’en trouver sur le racisme anti-asiatique. Simen Wang, sociologue spécialiste de l’immigration chinoise, a une explication. "Très peu de Chinois en France se penchent sur les sciences sociales en France. Et pour étudier la communauté chinoise, c’est un avantage d’être soi-même Chinois. Dans le milieu ethnique, on commence à voir de plus en plus d’étudiants chinois venir étudier les sciences sociales en France. Mais dans mon entourage, on est seulement une petite dizaine". 

"On se sent abandonnés par le gouvernement"Tamara Lui, présidente de l'association des Jeunes Chinois de France

Une faible exposition médiatique qui s’explique également par le manque de volonté des autorités politiques pour s’emparer du sujet. "On se sent abandonnés par le gouvernement. Il faut que quelqu’un porte cet étendard, ce combat. Il n’y a pas eu d’indignation d’un homme ou d’une femme politique", regrette Tamara Lui. Un avis partagé par Alain Jakubowicz. "Quand ils prendront la mesure du poids de cette communauté, ils en parleront. Mais ils ne considèrent pas les Chinois de France comme des Français, et donc pas non plus comme des électeurs. Aujourd’hui, on observe un hyper communautarisation quand il faudrait une hypermédiatisation", conclut-il. Dimanche, ils feront donc entendre leurs voix dans la rue.


En vidéo

Manifesation à Aubervilliers contre les agressions qui ciblent la communauté chinoise

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