Autorisation des portables en prison : les arguments pour, les arguments contre

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PRISON – Le nouveau Contrôleur général des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan, s'est dit jeudi favorable à l'autorisation des téléphones portables pour les prisonniers. Malgré le soutien de certaines associations, cette mesure rencontre l'opposition de plusieurs syndicats pénitentiaires.

Le débat sur les portables en prison est relancé. Le nouveau Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan, a estimé jeudi que les téléphones portables "(pouvaient) être utilisés" en détention, sous réserve de limiter leur usage à quelques numéros seulement.

"Je pense que cela peut être utilisé (...) afin de favoriser "le maintien des liens familiaux". "C'est cela qu'il faut avoir en ligne de mire", a fait valoir, sur France Inter , Adeline Hazan, nommée officiellement à son poste mercredi en Conseil des ministres. Pour elle, il faut "faire en sorte que les détenus ne coupent pas les ponts avec leur environnement de façon à préparer dans de meilleures conditions leur sortie et de donc de prévenir les risques de récidive". Interrogée sur les saisies massives de téléphones portables au centre pénitentiaire des Baumettes (Marseille), Adeline Hazan a estimé que "cela (prouvait) bien que l'interdiction ne (servait) pas à grand-chose".

"La première évasion par hélicoptère a eu lieu alors que les portables n'existaient pas"

Jusqu'à présent, les mobiles sont en effet officiellement interdits pour les prisonniers. En réalité, la plupart des détenus dissimulent des téléphones qui sont régulièrement confisqués. Contacté par metronews, le secrétaire général du syndicat pénitentiaire des surveillants, Jérôme Massip, se dit "furieux". "Cette proposition est une aberration, c'est de la foutaise", dénonce-t-il. "C'est un fléau contre lequel nous nous battons depuis des années et les arguments du contrôleur ne sont pas recevables. Pour maintenir le lien social, il y a les cabines téléphoniques accessibles à tous les prisonniers", explique Jérôme Massip. Et d'ajouter : "Et ce n'est pas parce que beaucoup de prisonniers ont déjà un portable, qu'il faut les autoriser. Sinon autant légaliser le cannabis, puisque nous en retrouvons des kilos chaque mois dans les prisons", balaie-t-il. Un avis partagé par l'Union nationale syndicale de l'administration pénitentiaire (UFAP).

D'autres rejoignent Adeline Hazan pour dire que cela pourrait améliorer la réinsertion des prisonniers. "J'y suis favorable car cela permet aux détenus de maintenir un lien avec la famille, mais aussi de rechercher un emploi par exemple. Pourquoi ne pas commencer sa réinsertion dès la détention ?", s'interroge François Korber, délégué général de l'association Robin des lois.

Cela pourrait-t-il faciliter certaines évasions ? "La première évasion par hélicoptère, qui a eu lieu en 1981 à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), a été rendue possible alors que les portables n'existaient pas", rétorque ce défenseur des droits pour les détenus. "Evidemment, les gens craignent que cela favorise les trafics ou les pressions sur les témoins, mais il y a toujours le droit commun pour attaquer les dérives de certains prisonniers", estime-t-il. Si le prédécesseur d'Adeline Hazan, Jean-Marie Delarue, avait également pris position pour l'autorisation des portables en prison , cette mesure reste en tout cas loin de faire l'unanimité.

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