Avec "Le Disparu", plongez dans la tête de Xavier Dupont de Ligonnès…

Avec "Le Disparu", plongez dans la tête de Xavier Dupont de Ligonnès…

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LIVRES – Anne-Sophie Martin, journaliste spécialisée dans les faits divers, publie "Le Disparu", un récit romancé de l’histoire de Xavier Dupont de Ligonnès, suspect numéro 1 dans le meurtre de sa femme et de ses quatre enfants à Nantes, en avril 2011.

De lui, on n’a que de rares clichés. Grosses lunettes, teint mat, traits fins. Physique passe-partout. Pourtant, cinq ans après la découverte des corps de sa femme et de ses quatre enfants dans le jardin de leur maison familiale à Nantes, Xavier de Ligonnès fait encore parler. Fantasmer. Supputer. Car sa disparition, cette histoire, reste un mystère. A-t-il réussi le crime parfait ?  Est-il mort, vivant ? Est-il innocent, victime d’une machination ? Que s’est-il passé ? 


Anne-Sophie Martin, journaliste et réalisatrice spécialisée dans les faits divers, vient de sortir "Le Disparu", un récit romancé de l’affaire de la tuerie de Nantes, dans laquelle elle se met dans la peau de ce père de famille réputé exemplaire. 


LCI : Comment avez-vous commencé à travailler sur l’affaire de Ligonnès ?

Anne-Sophie Martin : C’est la rédaction de France 2 qui m’avait demandé de réaliser un documentaire pour Envoyé Spécial, deux ans après le crime. Quand j’ai commencé à me pencher sur le sujet, je suis tombée dans la marmite. J’ai trouvé que l’affaire était exceptionnelle, et pas assez traitée dans les médias : il y a eu énormément d’articles pendant trois mois, le temps de retrouver les corps, de reconstituer la cavale de Xavier Dupont de Ligonnès, puis plus rien. A part des cérémonies du souvenir tous les ans, il ne se passe rien. On attend qu’il revienne !

LCI : Mais le choix du roman pour traiter cette affaire n’est-il pas un peu… curieux ?

Anne-Sophie Martin : C’est ma vision de l’histoire. Ce livre est, pour moi, le seul scénario de fuite crédible. Mais du point de vue judiciaire, Xavier de Ligonnès a disparu, rien n’indique qu’il soit coupable, même si tout peut paraître le désigner. Il n’était donc pas possible, du point de vue des éditeurs, de faire un livre d’enquête dessus. Moi, je pense à l’inverse que l’histoire est totalement terminée. peut-être qu'il reviendra un jour. Mais dans les éléments que j’ai, j’estime qu’il y a déjà toutes les pièces du puzzle. D'où ce roman.

LCI : Justement, pour écrire ce roman, vous vous appuyez sur tous les écrits, mails, textos, envoyés par Xavier Dupont de Ligonnès, auxquels vous avez eu accès.

Anne-Sophie Martin : En effet, tous les écrits cités sont véridiques, et les scènes sont inventées à partir de cela, et des témoignages que j’ai recueillis. Je me suis servie de ses écrits comme des pointillés et après j’ai tiré un trait. J'ai essayé de comprendre ce qu’il se passe dans la tête d’un homme bien né, calme, raisonnable, pragmatique, qui va commettre un crime. C’est passionnant.

LCI : Qu'apprend-on justement de ces écrits ?

Anne-Sophie Martin : Xavier de Ligonnès, c’est un espèce de scribe. Il écrit tout : les regrets, les difficulté de la vie, les dettes, les embrouilles amicales. Par exemple, j’ai trouvé ses comptes : par un mécanisme un peu bizarre, Xavier de Ligonnès avait dressé le budget de chaque personne de sa famille, ce que ça lui coûtait, depuis 15 ans. On comprend à travers ça que l’homme était dans une situation financière compliquée , et que par ce moyen, il se justifiait par avance…

LCI : Il écrit aussi beaucoup à sa famille, ses enfants, sa femme…

Anne-Sophie Martin : Ce qui est très intéressant, c’est qu’il finit toujours ses mails ou textos par des petites leçons de vie, il a toujours un aspect donneur de leçons… Par exemple, il envoie de nombreux messages à sa femme Agnès, où il lui dit ce qu’il aime chez elle, mais aussi ce qu’il aime moins, ce qu’il faudrait qu’elle change. Il a une énorme faculté à avoir de l’emprise sur les autres. Il expose aussi leur vie personnelle à ses amis, il les prend à témoin. C’est aussi une façon pour lui de dominer la situation, de montrer qu’il a raison. A chaque fois, il retourne les situations : c'est toujours l'autre qui est en tort, et non lui. Cela peut s'expliquer par l'emprise qu'a eu sa mère sur lui, qu'il reproduit...

LCI : Il parle aussi, un an avant le crime, d’en finir, dans une lettre envoyée à une de ses maîtresses, Mathilde, ainsi qu’à des amis…

Anne-Sophie Martin : C’est tout un mystère : Xavier de Ligonnès avait-il un plan mûri à l’avance ? Pour moi, tout était déjà dans une lettre qu’il a envoyée à deux de ses amis, un an avant. Il faisait part de ses difficultés financières et évoquait déjà des pistes de sortie : "Si ça tourne mal, je n’ai que deux solutions : me foutre en l’air avec ma voiture (60 000 euros pour Agnès pour élever les enfants) ; foutre le feu à la baraque quand tout le monde dort (plus aucun problème pour personne)", écrit-il. Il annonce déjà exactement ce qu’il devait faire. C’est une idée qui s’installe et qui devient la seule possible.

LCI : Dans le livre, vous penchez pour l’hypothèse que Xavier de Ligonnès est toujours vivant. Vous l’imaginez en train de réinventer sa vie, quelque part en Argentine.

Anne-Sophie Martin : Il peut être n’importe où, mais je penche pour qu’il soit plutôt dans un pays comme ça. Mais oui, pour moi, il est vivant. C'est une conviction que j'ai acquise a cours de mon enquête. J’ai très vite été persuadée que Xavier de Ligonnès ne voulait pas de vérité, pour que sa famille ne soit pas entachée. Et que pour ça, il ne fallait pas qu’on le découvre vivant. Mais je ne crois pas au suicide. Pourquoi aurait-il sinon pris tant de soin à cacher les corps dans le jardin ? A monter cette histoire de départ précipité de la famille aux Etats-Unis ? C'est un combattant.

LCI : Comment expliquez-vous que, aujourd’hui encore, l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès fascine autant les gens ?

Anne-Sophie Martin : Ce qui passionne les gens, c’est d’abord le milieu social dans lequel se déroule cette affaire : un milieu étriqué, petit bourgeois. Lui est Versaillais, de vieille noblesse. Il va tuer sa famille, mais surtout l’enterrer… Cela rajoute encore au sensationnel. Surtout, il y a cette espèce de chasse à l’homme qui a échoué. Xavier de Ligonnès a réussi à organiser la disparition parfaite, et personne n’aura jamais les réponses. Il n’y a pas d’arme, pas de trace d’ADN, pas de trace de sang dans les chambres, pas de scène de crime, rien. Et il y a d'autres choses très déroutantes, comme la subtilité de la mise en scène dans sa maison - il a fallu cinq visites des forces de l’ordre avant de découvrir les corps - , et à côté, des traces de carte bleue lors de sa cavale dans le Var, des achats de matériel de jardin, des erreurs que même un gamin ne ferait pas. Tout ça est assez génial. C’est le grand mystère. Aujourd’hui, l'enquête de police en est au même stade qu’au premier jour. C'est horriblement frustrant. Et passionnant.

LCI : Et alors, selon vous, quelle est la prochaine étape dans cette affaire ?

Anne-Sophie Martin : Il revient !

>  Le Disparu, de Anne-Sophie Martin, aux éditions Ring. Détails sur ring.fr 


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