"Avec votre pathologie, je ne vous touche pas" : oui, la discrimination des séropositifs existe toujours

"Avec votre pathologie, je ne vous touche pas" : oui, la discrimination des séropositifs existe toujours

DISCRIMINATION - Les progrès de la médecine permettent aux personnes atteintes du VIH de vivre normalement avec un traitement adapté. Mais, loin derrière, le regard sociétal demeure encore très discriminant. Témoignages.

Son manifeste a mis les pieds dans le plat. Ce vendredi 29 septembre, Camille Genton a publié une tribune pour que cessent les discriminations à l'encontre des séropositifs. Entrepreneur dans le milieu de la restauration, il est bien placé pour dénoncer les précautions des banques et des assurances à l'égard des personnes atteintes du VIH. Et alors même que la recherche et la médecine offrent un traitement de moins en moins lourd et de plus en plus efficace, permettant aux séropositifs de vivre normalement et de ne pas être contagieux, le regard de la société parvient encore difficilement à ne pas les pointer du doigt. 

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Ils m'avaient prévenu : 'surtout, tu dis rien'.- Laurent

Laurent, 48 ans, a découvert qu'il était séropositif il y a vingt ans. Grâce à son traitement, il a une charge virale indétectable et vit normalement. Mais le plus dur dit-il, reste le regard des autres. Lui est locataire, à Paris. Il n'a jamais eu affaire à une banque donc dans le cadre d'un prêt très important. Mais il se souvient s'en être rapproché pour acheter une voiture. "Des amis séropositifs ont essuyé des refus de la part des banques. Ils m'avaient prévenu : 'surtout, tu dis rien'. Donc j'ai menti. Pour eux, j'étais en bonne santé." Dans son milieu professionnel aussi, Laurent a menti par omission. Ancien gendarme, il a vu "des collègues séropo être mis au placard". "Le médecin de la gendarmerie était au courant, mais il l'a gardé pour lui, ajoute-t-il. Il ne fallait surtout pas que ça se sache."

Mais c'est surtout dans le domaine médical que Laurent a eu à souffrir d'un regard discriminant. Et ce, à de nombreuses reprises. Il se souvient notamment de ce dentiste qui, prenant connaissance de son dossier, l'a simplement renvoyé chez lui : "Avec votre pathologie, je ne vous touche pas", lui a-t-il dit. Mais l'épisode le plus flagrant, le plus choquant, est sans conteste celui qui s'est déroulé au sein même d'une institution hospitalière : "Suite à une agression, j'ai été hospitalisé, nous précise Laurent. Dans la salle de réveil, on m'avait mis à l'écart des autres patients, dans un coin. Mon dossier avait été mis dans une enveloppe siglée 'VIH +' en grosses lettres rouges. Lorsque les brancardiers sont arrivés, la soignante leur a tendu des gants en leur disant de faire attention..." Il ajoute : "Maintenant, avant de prendre un rendez-vous avec un nouveau médecin, je le préviens en avance, comme ça, pas de mauvaise surprise."

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La question récurrente : "t'es clean ?"

De son côté, Fred, 36 ans, n'a pas à se plaindre de ses médecins. Il en est même complètement satisfait. "Je me considère comme privilégié, raconte-t-il à LCI. J'évolue dans un milieu militant, du coup je me sers de mon réseau quand j'ai besoin de trouver un professionnel de santé." La "serophobie", c'est davantage au sein-même de la communauté gay que Fred y est confronté. Comme Laurent, il mène "sous traitement, une vie normale avec le VIH", mais partout il constate encore une grande ignorance au sujet du virus. "Les premières années, ça a surtout été difficile au cours de mes rencontres amoureuses. Sur les applications de rencontres, il y a une grande violence : on nous demande tout le temps 't'es clean ?', comme si, à l'inverse, être atteint du VIH signifiait être sale."

La solution, pour lui : "communiquer davantage sur le TASP". Le TasP, ou "traitement comme prévention", est une méthode qui consiste à traiter au moyen d'antirétroviraux les personnes atteintes du VIH, afin de les soigner, d'une part, mais aussi de diminuer fortement les risques de transmission virale. 

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