Avocat de Lewis Peschet : "Mon client a montré son profil de psychotique"

Avocat de Lewis Peschet : "Mon client a montré son profil de psychotique"

INTERVIEW - Le procès de Lewis Peschet, jeune homme de 21 ans en proie à des "pulsions morbides", accusé d'avoir sauvagement assassiné en 2012 une camarade de lycée de 17 ans, s'est ouvert lundi denier devant la cour d'assises de l'Aisne, à Laon. Son avocat Cyrille Bouchaillou livre ses impressions sur les deux premiers jours d'audience et avant sa plaidoirie prévue ce mercredi, peu avant l'énoncé du verdict.

DERNIERE MINUTE: Lewis Peschet, 21 ans, reconnu coupable d'avoir sauvagement assassiné une camarade de lycée en 2012, a été condamné mercredi à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans par les assises de l'Aisne à Laon. Les jurés ont suivi les réquisitions de l'avocat général qui avait souligné le risque majeur de récidive pour cet "homme d'une perversité inouïe qui se nourrit de la monstruosité de son acte".

Détails sordides, réactions inattendues de votre client... Les deux premiers jours du procès de l'assassinat de Sonia ont été particulièrement éprouvants. En tant qu'avocat de Lewis Peschet, que ressentez-vous ?
C'est très pénible et difficile à la fois pour la défense et pour les parties civiles. Nous avons affaire à un psychotique. Mais il n'est pas dément pour autant. Depuis deux jours, on est dans son monde, monde qui n'est pas du tout en adéquation avec le nôtre. Lewis Peschet a sa logique, son verbe. Il est à côté de la plaque comme l'a dit un psychiatre. C'est un garçon qui perçoit les réalités mais les cartes sont un peu brouillées.

"Sonia aimait Lewis, mais lui ne l'aimait pas"

La victime, Sonia, 17 ans, a reçu 54 coups de couteau. Elle a été partiellement décapitée, a été éventrée, les faits sont extrêmement violents…
La violence est extrême et incontestable. L'ordre des coups de couteau assénés n'a d'ailleurs jamais pu être établi. Puis il y a eu des coups post-mortem, au cours desquels Lewis Peschet a d'ailleurs fait à sa victime le sourire de l'ange. On est dans un tableau criminologique extrême toujours en adéquation avec le psychotique qu'il est. Sa rupture avec son ex-petite amie Julie, un an avant les faits a provoqué une sorte de haine chez lui. Julie et Lewis étaient dans un jeu de séduction sadomasochiste à la fois physique et intellectuel, jeu qui a perduré même après la rupture. Il y a eu une surenchère dans le plaisir de faire souffrir l'autre. Ce mécanisme mis en place a entraîné le choix certainement délibéré de Lewis Peschet de désigner Sonia comme sa victime. Sonia aimait Lewis, mais lui ne l'aimait pas. Malgré cela, une relation sentimentale s'est créée entre les deux jeunes. En les voyant ensemble, en découvrant cette union naissante, Julie n'a pas supporté. A l'audience mardi, Lewis a déclaré que s'il n'avait pas rompu avec Julie, Sonia serait encore vivante. J'ai le sentiment que Julie a été l'un des rouages de l'assassinat. Même si elle n'a pas participé directement ou indirectement, elle a été l'une des composantes.

Votre client dit avoir commis cet abominable assassinat "par curiosité", pour voir ce que cela faisait. Comment interprétez-vous ces déclarations ?
Comme de la provocation. C'est surabondant. Pour moi cette réponse ne correspond pas à la réalité. Mais il faut qu'il justifie son geste.

Lewis Peschet a été violé par un voisin alors qu'il avait dix ans. Ces faits ont-ils eu selon vous une incidence sur les accusations qui lui sont faites aujourd'hui ?
Cela fait partie de la structuration de sa personnalité. Cet événement a provoqué chez lui une haine mortifère. Il a ensuite basculé à la fin du collège, en 3e. Au lycée, il arbore un look gothique et a une fascination pour la vie et la mort. Lewis Peschet a souvent procédé à des jeux dits de strangulation, notamment au jeu du foulard.

"Il avait écrit : 'Tuer, c'est créer' "

Votre client est accessible à une sanction pénale, cela peut sembler surréaliste au regard des faits.
Le problème qui se pose à la cour d’assises est que nous ne sommes pas là dans un cas d'abolition du discernement donc d'irresponsabilité pénale mais dans un cas d'altération. On reconnaît chez ce garçon une personnalité psychotique qui a contribué à la réalisation des faits. Lewis avait une chambre remplie de dessins morbides du sol au plafond et des animaux morts. Il avait un certain nombre de livres sur les serial killers et sur sa table de chevet il avait écrit " Tuer c'est créer ". C'était ça son monde.

Vous allez devoir plaider ce mercredi. Quel va être votre acte de défense ?
Il s'agit pour moi de montrer ce qu'il est. A l'audience, il a montré très franchement son profil de psychotique. Je vais discuter l'article 122-1 alinéa 2 du Code pénal sur l'altération du discernement, ça joue puisque les psychiatres indiquent que les troubles du comportement de ce garçon ont contribué à l'œuvre macabre qu'il a commis.

Cela ne va pas suffire à l'acquitter…
Cela peut jouer sur le quantum de la peine. Lewis Peschet encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Il pourra peut-être prendre 30 ans. Je ne dirais pas 25 ans car la pression sociétale est tellement forte et les faits tellement horribles. Le tableau d'artistes est macabre et les photos du corps de la victime ont circulé à l'audience. Pour ceux qui les ont vues, elles sont ancrées à jamais dans leur tête.

"J'essaie de trouver un espace d'humanité chez lui"

Quel est son sentiment par rapport au crime ?
Il l'a dit à l'audience : "Sonia ne méritait pas ça". Il a eu cette expérience qu'il ne recommencera pas car selon lui, "ça ne lui a rien apporté". Quant au déferlement de violence, à la sauvagerie inouïe, il ne se l'explique pas. Quand il a été entendu dans le cadre de l'information judiciaire, il avait d'ailleurs déclaré ne pas s'être rendu compte qu'il avait porté autant de coups de couteau. En voyant les photos en couleur mardi à l'audience, il a déclaré qu'il ne se reconnaissait pas dans ce crime, il ne pensait pas avoir fait ça.

Pourquoi avez-vous accepté ce dossier ?
Quand Lewis Peschet m'a écrit, il m'a dit quelque chose qui m'a interpellée. Il m'a confié qu'il regrettait la souffrance qu'il avait faite à tout le monde. J'essaie aujourd'hui de trouver un espace dans lequel on peut entrevoir l'humanité chez ce garçon. S'il avait été revendiquant ou provoquant comme Anders Behring Breivik qui a tué 77 personnes sur l'île norvégienne d'Utoya en 2011 et dont il s'est inspiré d'ailleurs, je n'aurais pas accepté de le défendre.

EN SAVOIR + >> Breivik, un tueur en croisade

Avez-vous trouvé cet "espace d'humanité" aujourd'hui ?
Avec un acte d'une telle cruauté, Il est difficile d'apercevoir l'humanité. Toutefois, je ne défends pas le personnage, je défends la personne. Il est psychotique, il faut le prendre tel quel, avec ses défauts. Malgré tout, il reste quand même humain.

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