Avortement : la France prend le contre-pied de l'Espagne

Avortement : la France prend le contre-pied de l'Espagne

Société
DirectLCI
SOCIÉTÉ – Au moment où l'avortement est quasiment interdit en Espagne, la France, elle, renforce ce droit. Un amendement, adopté en commission par les députés avant d'être examiné à partir de ce lundi dans l'Hémicycle, supprime dans la loi la notion de "détresse" des femmes voulant y avoir recours.

C'est un changement lexical qui pique au vif les anti-IVG en renforçant le droit à l'avortement, au moment où l'Espagne, elle, le remet en cause. Un amendement, adopté en commission par les députés en décembre supprime du code de la santé publique la notion de "détresse" pour pouvoir recourir à une interruption volontaire de grossesse en France. Selon cette disposition, c'est la femme enceinte ne voulant "pas poursuivre une grossesse", et non comme précédemment dont l'état la "place dans une situation de détresse", qui peut "demander à un médecin" de pratiquer une intervention. Cette modification du texte issu de la loi Veil de 1975 a enflammé les débats en commission. Elle promet encore de vifs échanges dès ce lundi, lors de son examen dans l'hémicycle.

Ses opposants disent en effet redouter une banalisation croissante des avortements. "L'IVG est aujourd'hui une exception dans les conditions fixées par la loi. Là, il pourrait devenir un droit comme un autre", s'inquiète auprès de metronews l'UMP Philippe Gosselin. Pour ce député, l'un des fers de lance de l'opposition au mariage gay l'an dernier, "cette modification revient totalement sur la lettre et l'esprit de la loi de 1975. Elle ne peut pas se faire en catimini."

Une "chape de culpabilité"

Une affirmation contre laquelle s'élève la socialiste Axelle Lemaire, co-auteure de l'amendement. Cette suppression de la notion de détresse qui, souligne-t-elle, "n'apporte juridiquement pas de modification significative", ne changera selon elle "rien, encore moins au nombre d'IVG, stable depuis 1975". Mais alors qu'en France, plus d'une femme sur trois a eu recours à l'IVG au moins une fois dans sa vie, la députée estime que cette formulation "n'a rien à voir avec la situation des femmes aujourd'hui". "Et dans le contexte européen actuel, nous explique-t-elle, il est important de réaffirmer le droit à l'IVG".

En novembre, un rapport du Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes avait préconisé cette remise au goût du jour des textes. "Le recours à l'avortement, ce n'est pas une tolérance, ce n'est pas une faveur, c'est un droit ouvert à toutes", avait alors lancé la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, affirmant sa volonté d'"enlever cette chape de culpabilité" pesant sur certaines femmes. Près de 40 ans après la loi Veil, la lutte pour le droit à l'avortement continue.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter