Avortement : l'Espagne recule, la France va de l'avant

Avortement : l'Espagne recule, la France va de l'avant

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REPORTAGE - Au moins 400 personnes ont manifesté mercredi devant le consulat espagnol à Toulouse pour rejeter le projet de loi supprimant quasiment le droit à l'avortement en Espagne. Une réunion unitaire des associations est prévue mercredi à Paris pour mettre en place d'autres actions.

"On est en train de revenir 30 ans en arrière." Jean Thévenot, président de l’ordre des médecins de Haute-Garonne, peine à dissimuler son agacement quand il évoque le projet de loi en cours de préparation à une centaine de kilomètres de sa ville, Toulouse. Le gouvernement conservateur au pouvoir en Espagne veut en effet supprimer le droit à l'avortement pour ne l'autoriser que dans les cas de viol ou de danger pour la vie ou la santé de la femme. Une régression selon l'opposition espagnole, mais aussi pour de nombreuses associations françaises. Ces dernières sont vent debout depuis l'adoption du texte en Conseil des ministres le 20 décembre dernier, et ont prévu de se réunir mercredi à la Bourse de Paris pour organiser la riposte. Car la loi espagnole ne serait pas selon elles sans conséquence sur la société française.

Toulouse a déjà lancé les hostilités ce mardi, près de 400 personnes défilant dans les rues de la Ville rose pour rejeter l'imposition d'un "ordre moral." Cintres accrochés à la veste sur lequel un panneau indique "Nunca mas" (jamais plus) - en référence à la grande crainte d'un retour aux avortements clandestins -, Aline, Hélène, Louise et Manon ont déserté leurs cours d'éducatrice spécialisées pour montrer leur inquiétude. "C'est un retour en arrière important", dénoncent en chœur les jeunes femmes. "Ce que je redoute le plus? Que cela arrive un jour chez nous, lance Louise. Surtout quand on voit les difficultés que rencontrent les femmes pour se faire avorter ".

"Des règles claires appliquées à l'échelle européenne"

Une crainte partagée par Delphine, salariée du Planning familial à Toulouse. "Chaque année des dizaines de femmes se font avorter en Espagne, c'est possible jusqu'à 22 semaines de grossesse au lieu de 12 ici. Avec cette loi, on risque de voir arriver de nombreuses jeunes Espagnoles en France. Du coup, cela va devenir compliqué pour tout le monde". "L'activité d'un certain nombre de plannings familiaux ou de services gynécologiques sera directement impactée", renchérit Jean Thévenot. Une situation encore inimaginable pour ce gynécologue obstétricien il y a encore quelques années, quand "les Espagnoles traversaient la frontière pour subir une IVG sous le régime franquiste."

Une époque douloureuse pour Sylvie, 49 ans, une des nombreuses filles de réfugiés espagnols habitant Toulouse. Lors d'un séjour de l'autre côté des Pyrénées durant les vacances de Noël, elle a touché du doigt l'inquiétude des femmes espagnoles. "Pour elles c'est une régression totale, tous les jours il y a des manifestations, explique-t-elle. Elles ont le sentiment d'être revenues 25 ans arrière".

Un peu plus loin dans le cortège, Irène, avoue qu'elle ne pensait pas avoir à descendre dans la rue pour un droit qu'elle a défendu dans les années 70 et 80. "Je suis inquiète quand je vois le Parlement européen refuser que l'avortement soit un droit européen, ou quand l'Espagne revient sur un texte fondamental", s'indigne celle qui se définit comme une "vieille militante du collectif pour le droit des femmes". Un sentiment partagé par Jean Thévenot : "il faudrait des règles claires appliquées à l'échelle européenne. Là on marche sur la tête!"

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