BAC : grand oral, 6 épreuves, contrôle continu... que pensent les élèves et les enseignants des pistes annoncées ?

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ÉDUCATION - Ce mercredi le ministre de l'Education nationale dévoile les propositions de réforme du baccalauréat. Quelques-unes ont déjà fuité, comme l'organisation d'un grand oral, l'instauration du contrôle continu et la suppression de l'oral de rattrapage. LCI a demandé l'avis des principaux intéressés : profs et élèves.

A quoi ressemblera le nouveau Bac ?  Jean-Michel Blanquer se verra remettre par l'ex-directeur de Sciences Po Lille Pierre Mathiot un rapport présentant les pistes de réforme du baccalauréat ce mercredi. Plusieurs propositions ont fuité dans la presse. LCI en a retenu quatre et a demandé au syndicat lycéen UNL SD et au syndicat enseignant SE-Unsa ce qu'ils en pensaient.

1) 6 épreuves terminales (2 en classe de Première et 4 en Terminale)

Conformément à la promesse d'Emmanuel Macron, le bac serait "resserré" avec six épreuves nationales : les deux épreuves de français en première (l'écrit et l'oral) et quatre épreuves en terminale. Les lycéens en passeraient deux au printemps, pour que les résultats soient intégrés dans la plateforme d'admission post-bac Parcoursup. Seraient maintenus en fin de Terminale l'épreuve de philosophie et un oral portant sur un projet interdisciplinaire.


L'avis de Nathan Le Potier, secrétaire général du syndicat lycéen UNL SD :  "Nous ne sommes pas favorables à diminuer le nombre d'épreuves finales. Elles servent à apporter un maximum de connaissances aux lycéens, sur tout un tas de sujets. Arrêtons de les prendre pour des idiots."


L'avis de Claire Krepper, professeure d'anglais et secrétaire nationale chargée du secteur éducation au sein du syndicat SE-Unsa : "Pour nous le nombre d’épreuves n’est pas un gros enjeu. Il en faut car symboliquement il est important que les élèves aient un socle commun."

2) Du contrôle continu

Toutes les matières qui ne seraient pas évaluées lors des épreuves finales le seraient en contrôle continu. Pierre Mathiot pourrait même préconiser des "partielles" à la fin de chaque semestre (le trimestres seraient supprimés) à partir de la classe de première.


L'avis de Nathan Le Potier (UNL SD) : "Le contrôle continu augmente la discrimination entre les élèves, car tous les lycées n’ont pas les mêmes moyens. Le contrôle continu va créer un baccalauréat local et mettre fin au baccalauréat national. Si le gouvernement propose cela, il franchira la ligne rouge. Avec le contrôle continu, en plus du caractère égalitaire du bac on perdra son caractère anonyme. Nous pensons aussi qu'en fonction des élèves les professeurs pourront adapter leurs notes. Et puis cela augmentera le stress tout au long de l’année chez les élèves."


L'avis de Claire Krepper (SE-Unsa) : "Le contrôle continu est garant d’une certaine équité entre les élèves. En revanche il ne faut pas qu’il soit trop lourd à mettre en place à la fin de chaque semestre. Si c’est pour perdre à chaque fin de semestre ce qu’on gagnera en juin ça ne sert à rien. Le système de partiel peut rassurer les élèves et leurs familles mais cela ne doit pas compliquer la vie des établissements. Nous ne devons pas nous retrouver à organiser trois mini-bacs plutôt qu’un. Les professeurs se disent aussi que cela leur permettrait d’avoir des repères plus sûrs sur ce que les élèves savent faire ou pas. Ces partiels leurs donneraient plus de chances de montrer ce qu’ils savent faire. Au final la qualité du baccalauréat sera renforcée car les élèves seront évalués plusieurs fois sur la même discipline." 

3) Un grand oral

Une des grandes nouveautés annoncée pourrait être la création d'un grand oral en fin d'année. Il pourrait, selon plusieurs sources interrogées par l'AFP, porter sur des matières interdisciplinaires, être préparé de manière collective mais passée individuellement. Deux professeurs du lycée des candidats et une personne extérieure pourraient le faire passer. Il pourrait représenter 15% de la note globale.


L'avis de Nathan Le Potier (UNL SD) : "Nous ne sommes pas en opposition avec cela, même si 15% de la note cela nous paraît un peu élevé. Par contre il faut que les élèves aient une formation tout au long de l’année sur comment prendre la parole en public, comment adapter son discours à son interlocuteur…."


L'avis de Claire Krepper (SE-Unsa) : "Nous sommes favorables à l’idée de prendre plus en compte les compétences d’expression orale. Il est important que les élèves travaillent cette dimension sous-estimée au collège et au lycée. En revanche, comment suivre les élèves et les accompagner pour acquérir des compétences à l’oral ? Comment le ministre prévoit-il de faire travailler les élèves sur ces compétences ? Sachant que cela est difficile avec des classes de 35 élèves encadrées par un seul professeur."

4) La fin de l'oral de rattrapage

Pierre Mathiot préconiserait la fin des oraux de rattrapage au profit de l'examen des livrets scolaires des élèves.


L'avis de Nathan Le Potier (UNL SD) : "Nous sommes contre la fin de l’oral de rattrapage, cela reviendrait à sélectionner à la tête du client. Car le livret scolaire n’est pas représentatif de la capacité d’une personne à avoir son bac. Pour nous, cela n’a aucun lien. L’oral de rattrapage donne le droit à l’erreur. Si un élève ne maîtrise pas un sujet et se plante aux épreuves écrites, il a aujourd'hui l’espoir de réussir à l’oral de rattrapage. Nous nous demandons si cela n’est pas un moyen pour le gouvernement de condamner les lycéens et de faire diminuer le nombre de bacheliers, pour ensuite faire diminuer le nombre d’étudiants."


L'avis de Claire Krepper (SE-Unsa) : "Aujourd’hui l’oral de rattrapage est un peu factice. Il sert à ajouter des points aux élèves qui en manquent pour avoir leur bac, indépendamment de ce qu’ils produisent lors de cet oral. Les notes sont souvent revues à la hausse quand on décide de repêcher un élève après l’étude de son dossier. La suppression de cet oral de rattrapage pour passer directement à l’étape suivante d’analyse du livret, cela ne nous paraît pas choquant."

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