"60 euros, c'est deux semaines de courses" : vous nous racontez l'impact de la baisse des APL sur votre budget

"60 euros, c'est deux semaines de courses" : vous nous racontez l'impact de la baisse des APL sur votre budget
SOCIÉTÉ
VOUS AVEZ LA PAROLE - A la suite de la décision du gouvernement de baisser le montant des APL de 5 euros par mois dès octobre, beaucoup d'entre vous nous ont confié leur désarroi. Témoignages.

C’est une annonce qui passe mal. Samedi, le gouvernement a fait savoir qu’il comptait baisser de 5 euros le montant mensuel des aides personnelles au logement (APL). La mesure, qui concerne 6,3 millions de foyers, devrait entrer en vigueur en octobre prochain. Si pour beaucoup, la diminution de ces aides paraît dérisoire, pour d’autres, elle représente un coup de massue. D'après une étude réalisée par Genworth, spécialiste des assurances de personnes, 11,4 millions de Français finissent le mois avec moins de 10 euros une fois leurs dépenses courantes réglées, tandis qu'une personne sur quatre ne parvient  pas à boucler ses fins de mois. Sur Facebook, nous vous avons demandé ce que vous en pensiez et quelles conséquences cela aurait pour vous. Voici ce qui ressort de vos témoignages.

Manon, étudiante en BTS Tourisme

Parmi les messages recueillis par la rédaction, beaucoup proviennent d’étudiants. Manon, étudiante normande en BTS Tourisme à Nice, ne voit pas comment elle va pouvoir se passer de 60 euros par an. "Je me tue à bosser à l'usine pendant mes vacances d'été pour pouvoir mettre des sous de côté et m'aider lors de mes fins de mois vraiment difficiles pendant mon année scolaire, mais ce n'est pas suffisant, raconte-t-elle. Les APL et les bourses sont indispensables pour moi comme pour tous les étudiants." Pour le moment, la jeune fille s’en sort en payant son loyer de 480 euros, avec sa bourse d’étude. Elle avoue aussi souvent devoir demander de l'aide à ses parents, "bien qu’ils aient aussi du mal."

Anne, intérimaire

À l’inverse de Manon, Anne*, est "aux portes de la retraite". À 52 ans, cette intérimaire lyonnaise peine à trouver un emploi stable. Bénéficiaire du RSA, Anne touche aussi 272 euros d’APL pour un loyer de 275 euros. À cette dépense s’ajoutent l’assurance pour sa maison, la facture de téléphone et d’internet et l’électricité, ainsi qu’un prêt de 40 euros par mois qu’elle a contracté il y a deux ans quand elle ne pouvait plus payer son loyer. "Il ne me reste plus rien pour vivre... Alors supprimons gaiement 5 € de mon APL, quelle importance, je suis déjà en faillite personnelle, déplore-t-elle. Il ne me reste même pas 2 euros pour prendre les transports en commun si je dois me présenter à un emploi... Je suis prise au piège." "J’ai honte de mon pays, car il abandonne les siens", conclut Anne.

Jasmine, étudiante en médecine

Jasmine, étudiante en première année de médecine, est également en colère. "60 euros, c'est deux semaines de courses, fait-elle remarquer. Pourquoi s’en prendre à nous qui n'avons déjà RIEN ?! Pourquoi, quant à côté il y a des gens qui ne savent que choisir entre une nouvelle voiture de sport ou un chalet dans les Alpes ?!". La jeune fille, qui assure ne pas avoir le temps de sortir dépenser son argent, en raison de la densité de son emploi du temps d’étudiante, confie aujourd’hui songer à émigrer au Canada.

Sylvaine, "maman désespérée" au chômage

Sylvaine se décrit comme une "maman désespérée". Habitante de l’île de la Réunion, elle vit avec son enfant, bientôt âgé de 18 ans, dans un logement insalubre. Au chômage depuis plusieurs années, elle est bénéficiaire du RSA et des APL. "Ce dont j’ai honte", précise-t-elle spontanément. Aujourd’hui, elle touche 1070 euros de la CAF. Plus de la moitié partent dans le règlement du loyer, de la box internet ou encore de l’électricité. "Il me reste donc à peu près 500 euros mensuels sur lesquels je dois payer les repas de midi de mon gamin scolarisé, des bouteilles de gaz toutes les huit semaines environ, ainsi que les titres de transport", décrit-Sylvaine. Pour elle, qui avoue ne manger qu’un repas par jour, la baisse de cinq euros des APL va directement impacter son train de vie. "Cinq euros ici, c'est le prix d'un sac de riz de 5 kilos [...] Je vais les trouver, je me priverai d'un truc, dit-elle. Nous continuerons comme avant, 5 euros en moins dans le budget... Les 5 euros de la honte."

* Le prénom a été changé dans un souci d'anonymat

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