"Montrer ses seins pour un shot", "minijupe contre verre gratuit"... Pourquoi le sexisme a la vie dure dans le milieu de la nuit

"Montrer ses seins pour un shot", "minijupe contre verre gratuit"... Pourquoi le sexisme a la vie dure dans le milieu de la nuit

ENQUÊTE - Plusieurs bars et discothèques ont récemment été épinglés pour sexisme après avoir proposé à des femmes de montrer certaines parties de leurs corps en échange de verres gratuits. Si les élus et les associations y voient des pratiques sexistes, le syndicat national des discothèques parle de "gags ringards".

Le sexisme a encore de beaux jours devant lui. Le Wanderlust, célèbre bar du XIIIe arrondissement de Paris, a fait parler de lui ce mardi. En cause : une pancarte installée derrière le bar invitant les femmes qui le souhaitent à montrer leur seins et se faire prendre en photo en échange d'un shot d'alcool ("tits = shot"). Quelques jours plus tôt, c'était la boîte de nuit "Carré Annexe", située dans les Alpes-Maritimes, qui proposait le temps d'une soirée une grille tarifaire exclusivement réservée aux  femmes… en fonction de la longueur des jupes.

Des pratiques choquantes, mais pourtant loin d'être inédites. A Paris et à Toulouse, la pancarte "tits = shots" s'affiche aussi au Café Oz et au Saint des Seins ; le bar N'importe Quoi propose de son côté un cocktail gratuit un échange... d'un soutien-gorge. En décembre dernier, c'est une affiche sexiste pour une soirée étudiante dans une discothèque d'Avignon qui avait déjà fait polémique.

Des "pratiques marginales" ?

Pas de quoi s'alarmer pour autant, à en croire le président du Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs (SNDLL) Patrick Malvaës. "Ce sont des pratiques marginales qui démontrent le désarroi de certaines discothèques face à la demande de la clientèle, assure-t-il. Et dans la diversification de l'offre, deux choses semblent guider le client : le prix et l'érotisme".

Sans nier l'existence des ces pratiques, Frédéric Hocquard, conseiller de Paris délégué à la nuit, croit aussi savoir qu'elles ne sont pas très développées. Sur le cas du Wanderlust, il s'est toutefois dit "surpris" auprès de LCI, affirmant que si ce type de pratique venait à se développer dans la capitale, lui et son équipe auraient "des discussions plus sérieuses avec les bars ou les discothèques en question".  Et d'affirmer : "On ne souhaite pas voir le développement de ce type de pratiques sexistes". 

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Ces pratiques ne sont pas vraiment surprenantes- Les fondatrice de l'association 'A nous la nuit'

Même son de cloche du côté des associations. "Ces pratiques ne sont pas vraiment surprenantes, regrettent Adele et Mathilde, les deux fondatrices de l'association parisienne A nous la nuit. Elles s’inscrivent dans des discours sexistes plus larges autour de la fête dans lesquels la femme est très souvent représentée sur les affiches de discothèque, mise en situation, hypersexualisée". 

Un constat qui ne semble pas déranger Patrick Malvaës, pour qui "l’instrumentalisation du corps - de la femme ou de l'homme - est traditionnelle". Et d'affirmer, en toute décontraction : "D'ailleurs, il n'y a pas besoin de la proposition commerciale pour qu'une femme montre ses seins. Un homme non plus d'ailleurs". 

Ce commerce de verres contre des jupes très courtes valide l'idée selon laquelle les femmes n'ont droit à l'espace public que si elles apportent une satisfaction aux hommes- Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité femmes-hommes

Pour la secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes-hommes Marlène Schiappa, interrogée par LCI, ces pratiques rappellent avant tout "à quel point le sexisme est ancré profondément et à quel point nous devons le combattre chaque jour". Et d'ajouter : "Qu'une femme veuille porter la minijupe la plus courte du monde, c'est son choix ! Ce qui est intolérable, c'est la demande qui met les femmes en position d'objet de désir et non de sujet désirant. Ce commerce de verres contre des jupes très courtes valide l'idée selon laquelle les femmes n'ont droit à l'espace public que si elles apportent une satisfaction aux hommes, une forme de compensation par leur apparence. Cela nie leur identité d'être humain et les dévalorise."

Un sujet que nous avons longuement évoqué avec l'association parisienne A nous la nuit, qui parle de "virilisation de l'espace public", excluant de facto les personnes qui n'y correspondent pas (femmes, gays, lesbiennes...). Une virilisation exacerbée la nuit par des comportements plus décomplexés que le jour. "La nuit est un temps de compensation, de liberté, de fêtes et de transgression, estiment les deux fondatrices de l'association. L’accès inégal à l’espace public est ainsi renforcé dans le contexte nocturne."

Un aspect financier non négligeable

Mais ce ne sont pas les seuls éléments d'explication. Pour les fondatrices de l'association A nous la nuit, ces pratiques s'inscrivent dans une "logique avant tout financière". "Inciter les femmes à se dénuder contre un shooter permet de créer le buzz, de faire venir plus d’hommes et de les encourager à consommer." "Le nombre de discothèques s'écroule en France" (entre -30 et -40% en 20 ans), constaste Frédéric Hocquard pour qui cela permet en partie d'expliquer de tels agissements.

Mais si dans les cas du Wanderlust ou de l'Annexe, les pratiques sont affichées et assumées, d'autres discothèques ont recours à des méthodes plus insidieuses. En effet, il n'est pas rare que les boîtes de nuit laissent entrer gratuitement les femmes qui arborent un décolleté plongeant ou une jupe plus courte. Une manière pour les établissements de nuit d'attirer la clientèle masculine. "Les boîtes savent bien qu’une soirée où il y a plus d’hommes que de femmes rapportent moins qu’une soirée mixte", assènent les fondatrices de l'association A nous la nuit.

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Du côté des bars et des discothèques incriminés, le Wanderlust s'est rapidement excusé et s'est même séparé du saisonnier responsable de la pancarte. Contacté par LCI, le groupe Café Oz a de son côté annoncé le retrait de toutes les pancartes "tits=shot" de ses bars parisiens "compte tenu de la plémique et du fait que ça puisse être interprété comme une monnaie d'échange". Les polaroids placardés au bar du Café Oz Rooftop ont également été retirés.

Mais tout le monde n'a pas eu la même réaction. A Saint-Laurent-du-Var, l'Annexe ne voit pas où est le mal. Au lendemain de la soirée, ils ont même remercié "ceux qui ont polémiqué" : "Cela nous a permis d'avoir de nouveaux clients ce soir." Bref, il y a encore du boulot.

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