Barrage de Sivens : qui veut quoi ?

SOCIÉTÉ

ENVIRONNEMENT - Depuis de longues semaines, le débat est vif autour du projet de barrage de Sivens (Tarn), endeuillé dimanche par la mort du jeune militant Rémi Fraisse. Dénoncée par les écologistes, la construction de l'infrastructure est soutenue par les agriculteurs et les élus locaux. Metronews fait le point.

Sous haute tension depuis la mort dimanche, du jeune militant écologiste Rémi Fraisse , Sivens (Tarn) se déchire entre les pro et anti barrage. Vendredi, le Conseil général a annoncé la suspension des travaux. Une déception pour les opposants qui voulaient voir le barrage enterré. Rappel des arguments des deux camps.


Pour le barrage

C'est le Conseil général du Tarn, présidé par le socialiste Thierry Carcenac (PS) qui a appuyé la construction d'un barrage-réserve d'eau à Sivens. Celui-ci a été demandé par des agriculteurs locaux afin de mieux organiser l'irrigation de leurs cultures. Moins d'une trentaine de cultivateurs profiteraient d'une telle retenue d'eau. Malgré le faible nombre de d'exploitants concernés, le gouvernement a fortement soutenu la construction du barrage.

Dès les premiers échauffourées, en septembre, le Premier ministre a apporté son soutien aux autorités locales à l'occasion d'un déplacement dans le département. Auparavant, c'est grâce aux financements de l'Etat et de l'Union européenne que le projet s'était concrétisé.

Malgré la vive polémique qui a émergé dimanche lors de la mort du jeune militant écologiste Rémi Fraisse, le soutien des acteurs économique n'a pas cessé. Xavier Beulin, le patron de la Fnsea, le principal syndicat agricole, est allé jusqu'à fustiger "les djihadistes verts". " Certains paysans attendent cette retenue d'eau depuis 15 ans. Ils sont restés calmé jusqu'à maintenant (...). Je n'ai qu'à lever le petit doigt pour mobiliser 3000 à 4000 agriculteurs sur le site", a prévenu le syndicaliste interrogé jeudi par Le Figaro.

Enfin, les chambres d'agriculture, de commerce et d'industrie des régions Midi-Pyrénées et Aquitaine, ont appelé au maintien du projet. "La violence ne doit pas s'opposer aux règles démocratiques et aboutir au blocage des projets de développement, nécessaires à l'économie", écrivent-elles vendredi dans un communiqué.

Contre le barrage

En face, les opposants semblent toujours aussi déterminés à faire annuler définitivement le projet. Réunis en deux collectifs, "des militants aux parcours et âges variés" campent toujours sur le site contesté. "Certains viennent d'Attac, d'autres de la confédération paysanne ou d'associations environnementales", décrypte Irène Pereira, sociologue spécialiste du militantisme interrogée par Metronews. "Quand on est rejeté par la société de consommation, il est normal de ne pas porter ce modèle", poursuit l'universitaire. Effectivement les manifestants s'offusquent qu'une telle infrastructure bénéficie, selon eux, à l'agriculture intensive.

Autre argument des opposants: le site se trouve sur une zone humide où cohabitent près de 90 espèces protégées. 34 hectares ont déjà été défrichés par les bulldozers. Aujourd'hui, les collectifs mobilisés sur place souhaitent l'abandon du chantier et non une simple suspension.

Dans leur combat, ils peuvent compter sur le soutien politique de plusieurs responsables politiques. La secrétaire nationale d'Europe-Ecologie-Les-Verts, Emmanuelle Cosse, dénonce une construction "inutile". L'ancienne ministre de l'Ecologie, Delphine Batho (PS) plaide dans le même sens : "Lorsque j'étais ministre de l'Ecologie j'avais mis en place un moratoire sur ce type de projets qui a été levé très rapidement après mon limogeage. Je demande que l'on stoppe les travaux de ce barrage immédiatement et que l'on rétablisse les moratoires que j'avais mis en place sur tous les projets de ce genre dans toute la France", a-t-elle insisté jeudi sur I-Télé.

Du côté des experts

Pour trancher, Ségolène Royal a commandé un rapport à deux ingénieurs . Ces derniers ont rendu leur travail dimanche. S'ils regrettent la construction du dossier, les études d'impact "de qualité moyenne" et les besoins surestimés, ils plaident pour la poursuite du chantier. "Compte tenu de l'état d'avancement des travaux et des engagements locaux et régionaux pris avec la profession agricole", écrivent-ils. Sans satisfaire aucune des deux parties.

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