Béziers : la contre-campagne d’affiches "positives" sur les migrants pas la bienvenue dans la ville ?

SOCIÉTÉ

CONTRE-CAMPAGNE- Un habitant de Cognac (Charente) avait lancé une collecte pour financer une campagne d’affiches "positives" à Béziers, en réponse à celle hostile aux migrants diffusée par la municipalité le 11 octobre. Mais alors que des options étaient posées pour des panneaux publicitaires, la société en place semble soudain réticente…

La "positive attitude" serait-elle mal vue à Béziers ? Julien Chollet peut se poser la question : la campagne d’affiches "positives et humanistes" sur les migrants que ce jeune homme avait lancé sur les réseaux sociaux, et qui devait être mise en place à Béziers à partir du 1er novembre prochain, est repoussée. 

L’histoire a commencé à la mi-octobre, quand Julien Chollet, directeur d’une agence d’évènementiel à Cognac (Charente), entend parler des affiches placardées par Robert Ménard dans la ville de l'Hérault. Le maire apparenté FN a en effet lancé le 11 octobre une campagne de com’ pour le moins anxiogène, montrant des migrants, de dos, devant la cathédrale de Béziers. Avec un slogan : "L’Etat nous les impose, ça y est, ils arrivent !" "En entendant ces infos, le soir en rentrant chez moi, j’ai d’abord cru que cela venait du Gorafi, un site parodique", raconte Julien à LCI. "Et puis j’ai été excédé, dégouté."

Sa campagne positive a été lancée sur Facebook via le site de collecte Kisskissbankank. La mise en place d'une cagnotte devait permettre de financer l’impression d’affiches et l’achat d'espaces publicitaires à Béziers.  Et la collecte a bien marché : elle s’est clôturée jeudi avec 5.860 euros, largement de quoi financer le projet. "La mobilisation a été assez forte, et pas mal de personnalités m’ont contacté. Elles veulent aller plus loin", se réjouit Julien. 

Le visuel est prêt : des visages de migrants, les yeux au ciel, l’air fatigué ou inquiet. En parallèle, Julien Chollet a posé des options, dès la mi-octobre, sur 31 panneaux publicitaires du centre de Béziers, gérés par Gyraudy, filiale d’Exterion media, société de location d’espaces publicitaires. Le devis est fait, tout est calé. La campagne doit commencer le 1er novembre.

Tout roule, donc. Sauf qu’en début de semaine, quand Julien appelle la commerciale de Gyraudy en charge du dossier pour la tenir au courant, elle a une mauvaise nouvelle : "Elle m’a dit que les locations réservées étaient remises en cause par la hiérarchie, et donc que ce n’était pas possible", raconte Julien. Il propose alors de repousser la campagne. "La commerciale était d’accord sur l’idée. Puis son directeur commercial m’a rappelé. On m’a dit que la décision venait d’en haut, que ce n’était pas possible pour l’instant, qu’il fallait les rappeler en 2017 pour trouver un créneau". Bref,  la campagne est annulée, ou en tout cas repoussée aux calendres grecques. 

Et le trentenaire en est convaincu : "Il y a eu des pressions", accuse-t-il. "Ils attendent que les gens se lassent, que j’annule la campagne, que je rembourse les internautes, et qu’on n’en parle plus. Sauf que ça ne va pas se passer comme ça !" Julien Chollet compte en effet faire du boucan. Essayer d’alerter la hiérarchie du groupe. Voire d’aller en justice, épaulé par Me Eric Bernard, avocat qui avait notamment déposé un référé-liberté devant le tribunal au nom de deux associations contre les affiches anti-migrants de Béziers. "Avec mon travail, je suis souvent en contact avec des réseaux publicitaires. Le refus de vente en droit, c’est punissable ! Ça peut aller devant la justice." 

LCI a essayé de contacter, sans succès, la commerciale en charge du dossier. Son directeur commercial, en revanche, a décroché son téléphone. Et s’il semble au courant de l’histoire, il n’a pas souhaité répondre à nos questions, se contentant de nous dire : "C’est un sujet très sensible, politiquement et militant. C’est un combat qui n’est pas le nôtre." Refus de se mouiller ? Impossible d’en savoir plus.  Mais Julien Chollet espère bien avoir le dernier mot. "C’est intéressant tout de même de savoir qu’on ne peut pas afficher nos visuels à Béziers. Inquiétant même !" Le trentenaire avait aussi pris contact avec deux autres réseaux publicitaires, Clearchannel et JC Decaux. Il attend leurs retours. 

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