BFMTV remercie Romain Caillet, son expert en djihadisme "fiché S"

SOCIÉTÉ
MEDIAS - L’Obs avait révélé mercredi que le "M. Djihadisme" de BFMTV était fiché "S" par les services antiterroristes depuis plusieurs années. La chaîne a annoncé vendredi mettre fin à sa collaboration avec Romain Caillet.

BFMTV n’a pas tardé à réagir. Deux jours après les révélations de l’Obs sur Romain Caillet, "fiché S", le consultant djihadisme de la chaîne d’information a été remercié. Dans un communiqué publié ce vendredi, BFMTV indique que l'expert n’avait "pas jugé utile de préciser à la chaîne un certain nombre d’éléments importants de son passé, liés directement aux questions qu’il devait évoquer à l’antenne". Ce que la chaîne "regrette". "Dans ces conditions, Romain Caillet ne peut pas poursuivre son travail de consultant extérieur", conclut-elle. Mercredi, dans un dossier sur "la face cachée des consultants", TeléObs avait révélé que l’expert était depuis plusieurs années fiché "S" par les services antiterroristes.

L"hebdomadaire raconte ainsi que le spécialiste âgé de 38 ans, qui s’est plongé dans l’étude du djihad après son DEA en histoire médiévale, intervenait dans les années 2000 sur les forums islamistes sous le pseudonyme de "Colonel Salafi". Romain Caillet "ne cachait pas ses positions en faveur du djihad". "Vivant en Egypte, il suivait notamment les cours de l'institut Qortoba, fermé en 2005 à la demande des services de renseignements occidentaux qui y voyaient une officine de recrutement djihadiste", écrit l’auteur de l’enquête Olivier Toscer.

"Quand j'étais djihadiste"

Si le journaliste reconnaît l’expertise "excellente aussi bien sur la doctrine, l'histoire et les animateurs du djihadisme international" de Romain Caillet, il revient sur les anciennes fréquentations troubles de l'expert avec notamment les frères Clain, rencontrés à l''institut Qortoba. L’aîné, Fabien, a depuis revendiqué les attentats de novembre pour le compte de Daech.

En garde à vue dans les locaux de la Sous-Direction anti-terroriste (SDAT) en janvier 2008, Romain Caillet se serait expliqué sur ses liens et son changement de direction : "Sur le djihad, je ne suis plus d'accord avec les Clain. Depuis mars 2007, je ne suis plus pour le djihad parce que je m'oppose au fait d'entraîner des jeunes pour se sacrifier à mourir sans avoir acquis au préalable les bases de l'islam." Dans cet interrogatoire dévoilé par L'Obs, Romain Caillet émettrait même des remords sur sa propagande passée : "J'espère ne pas avoir été la cause d'enrôlement de jeunes au djihad. J'ai essayé de réparer mes erreurs en postant [sur Internet, NDLR] des repentirs publics." (…) Quand j'étais djihadiste, je dormais mal la nuit en pensant aux attentats."

"Contre le djihad tout court"

Interrogé par Le Figaro vendredi, Romain Caillet conteste cette version de son interrogatoire : "J'étais contre le djihad tout court, et pas seulement pour ces raisons". "Effectivement, à un moment de ma vie, j'ai eu une expérience intellectuelle, mais jamais une activité militante, reconnaît le chercheur. Je n'ai jamais adhéré pleinement au courant djihadiste même si j'avais de la sympathie pour certaines de ses thèses". Et d’affirmer au journal : "En 2007, j'ai eu une rupture très violente avec le courant djihadiste, j'ai fait de la contre-propagande sur Internet".

A l’époque, la justice ne retiendra aucune charge contre lui mais de ce passé controversé, il héritera d'une fiche S à son nom. Un passé qui revient comme un boomerang aujourd’hui. Était-il au courant de l'existence cette fiche toujours active ? "Je me doutais que je l'avais été, répond-il au Figaro. Mais depuis j'ai rencontré des hommes politiques, des responsables influents. Je ne pensais pas que j'étais encore fiché. (…) Je ne critique pas le travail de la police, c'est normal que les policiers soient suspicieux. Mais je ne comprends pas cet étalage public."

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