Bidonvilles en France : "Une vraie accélération des expulsions avec l'arrivée de la trêve hivernale"

SOCIÉTÉ

MISÈRE - Les expulsions dans les bidonvilles français se sont largement accélérées ces derniers mois, selon le CNDH Romeurope. Ce collectif expliquant cette hausse par l'arrivée prochaine de la trêve hivernale, qui empêche les expulsions entre le 1er novembre et le 31 mars.

Depuis janvier dernier et la loi Egalité et Citoyenneté, les bidonvilles sont concernés par la trêve hivernale. Les habitants de ces campements, dont on estime le nombre à 571 en France, ne pourront donc pas être expulsés entre le 1er novembre et le 31 mars. Une bonne nouvelle pour les associations, qui dénoncent toutefois des exceptions. "Lorsque les gens sont entrés par effraction, qu'ils ont par exemple cassé un grillage pour s'installer, le juge pourra ordonner l'expulsion même en cas de trêve hivernale", assure Manon Fillonneau, déléguée générale du Collectif Romeurope. C'est notamment le cas à Paris, où le bidonville de la petite ceinture doit être évacué le 10 novembre prochain pour la quatrième fois.

Deuxième cas de figure : si un arrêté municipal d'évacuation sous 48 heures est envoyé. "Ce type de décision peut être prise si le maire fait état de risques d'incendie ou d'inondations dans le campement", estime Manon Filloneau. Elle note toutefois de nombreux abus de cette procédure.

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Six fois plus d'expulsions en octobre dernier qu'en octobre 2016

Deux exceptions qui n'ont pas empêché la multiplication des évacuations ces derniers mois. "Depuis l'été dernier, il y a une vraie accélération des expulsions dans les bidonvilles", assure Manon Filloneau. Le CNDH Romeurope a décompté pas moins de 36 démantèlements et 5.500 personnes évacuées ces quatre derniers mois dans l'hexagone contre 9 démantèlements et 3.606 personnes évacuées à la même époque l'année dernière. Et 23 expulsions ont eu lieu rien que sur le mois d'octobre, soit six fois plus qu'en 2016.

Une circulaire de 2012 prévoit un diagnostic social des populations en amont des évacuations et un accompagnement en aval. Or les associatifs jugent cette circulaire souvent contournée. De plus l'hébergement, compétence de l'Etat, "signifie quelques nuitées d'hôtel", assure Manon Fillonneau, qui déplore une "politique de l'urgence" ne réglant "rien à long terme". 

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Aujourd'hui, les associations réclament des solutions viables, sur le long terme et au cas par cas. "On peut difficilement formuler un projet de vie dans l'extrême précarité et avec des expulsions à répétition. 

Des municipalités tente de s'engager

Pour tenter de trouver des solutions pérennes, plusieurs municipalités ont lancé des initiatives ces dernières années, comme à 

Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) où un centre d'hébergement pour familles a réservé cinquante places aux Roms. 

La ville de Paris travaille, à l'approche de l'évacuation du bidonville de la petite ceinture, sur des solutions d'hébergement entre l'hôtel et le logement classique, permettant "une forme d'autonomie" pour les "30 à 50 personnes" dans une démarche volontariste d'insertion. "On espère que cela aura un effet levier", ajoute-t-on à la ville, conscient que "cela n'aura de sens que si ce genre d'initiatives se multiplie".

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