Bizutage à la fac de médecine de Caen : "Les plus chauds doivent ramper dans la merde, les tripes ou les viscères de poisson"

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POLÉMIQUE - Une enquête a été ouverte après que deux syndicats étudiants ont signalé des faits de bizutage à la faculté de médecine de Caen. Certains participants décrivent des scènes où "les plus chauds doivent ramper dans la merde" ou "faire un Jacquie et Michel" - un film pornographique.

"Se faire bifler par Rosy avec son gode", "Faire un Jacquie et Michel", "Donnée une fessée à trois inconnues dans la rue en criant 'T'aimes ça, hein, coquiiiiiine'"... voici quelques uns des 69 commandements que les étudiants en deuxième année de médecine à l'université de Caen sont invités à réaliser à chaque rentrée, vidéos à l'appui.


La liste complète a été publiée par les syndicats Sud Éducation et SL Caen, alertés en mars dernier par une affiche annonçant le gala de la fac de médecine. Après avoir obtenu son retrait auprès de la présidence de l'université, les syndicats ont mené une enquête sur les réseaux sociaux et découvert "un bizutage institutionnalisé" sur le groupe Facebook secret de la corpo médecine.


Depuis, la procureure de la République de Caen Carole Etienne a annoncé l'ouverture d'une enquête de police pour "faire la lumière sur des faits remontant à l'année dernière" et "mener des auditions". Plusieurs témoignages ont déjà été publiés dans la presse et dans le dossier monté par les deux syndicats à l'origine de ces révélations.

Ne jamais utiliser le mot "bizut" devant la police

Jérémy * raconte au Monde Le déroulé de ce bizutage, présenté comme un week-end d'intégration. Les étudiants se rendent sur les lieux dans des" voitures bâchées" et ont pour consigne de ne pas emporter d'alcool et de ne jamais utiliser le mot "bizut" s'ils sont contrôlés par la police.


Une fois sur place, les étudiants du groupe A - les plus récalcitrants - s'envoient des "oeufs et de la farine au visage", explique Jérémy. Ceux du groupe C - les plus volontaires - doivent "ramper dans la merde, les tripes ou les viscères de poisson et manger de la pâtée pour chien ou encore s’échanger un poisson rouge vivant en s’embrassant, le dernier de la chaîne devant l’avaler".

Des "blagounettes", mais "jamais rien de trop abusifs"

Interrogé par LCI, Laurent*, étudiant en médecine dans une université de l'Ouest et ex-organisateur de plusieurs week-ends d'intégration, assure que son association proposait de faire des "blagounettes", mais "jamais de trucs trop abusifs". "On leur demandait de faire des vidéos où ils devaient danser dans les transports en commun ou se faire dessiner un coeur sur le cul par un passant. C'est bon enfant". Et d'assurer que "ce n'est absolument pas obligatoire". 


Si ça parait simple sur le papier, ça l'est beaucoup moins dans les faits. Jérémy* explique au Monde que "même si tu n'es jamais obligé de faire quelque chose, tu peux ressentir la pression de ceux qui sont au-dessus". Plusieurs étudiants décrivent un besoin urgent de "tisser des liens" et "rejoindre la communauté" après une première année stressante. "Cela fait partie des études de médecine, qui sont difficiles, donc on tolère tout ça, abonde Elise* dans les colonnes du Monde. L’humiliation qu’on va subir puis faire subir l’année suivante va souder le groupe".

Ça peut toujours dégénérer car l'alcool coule à foisonLaurent, étudiant en médecine et ex-organisateur de week-ends d'intégration

Pour Laurent, ces rituels d'intégration sont avant tout "un moyen de décompresser et de rencontrer des gens". "On ne prévoit rien de sexuel et rien qui pourrait mettre en danger les étudiants". Il reconnait toutefois que "ça peut toujours dégénérer" car "l'alcool coule à foison", mais assure que ces week-ends d'intégration sont "très contrôlés" avec des vigiles, des pompiers et des secouristes de la Croix-Rouge.


Prévenue par les syndicats, la direction de l'université de Caen a réagi en deux temps, convoquant d'abord la responsable de La Corpo médecine, avant d'annuler le week-end d'intégration prévu ces 27 et 28 octobre, affirmant que "les événements festifs sont généralement bien encadrés". Le bizutage est puni par la loi depuis 1998 et ses auteurs s'exposent à des peines pouvant aller jusqu'à six mois de prison et 7500 euros d'amende.

* les prénoms ont été modifiés

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