Business des données personnelles : les étudiants sont-ils conscients du danger ?

Business des données personnelles : les étudiants sont-ils conscients du danger ?

PORTE-MONNAIE - Alors que de nombreux étudiants peinent à dénicher un emploi d'été, certains ont trouvé un moyen peu orthodoxe de gagner de l'argent. Ils vendent leurs données personnelles sur Internet. Des informations qui valent de l'or, mais ce business n'est pas sans risque.

Au placard le baby-sitting ou la livraison de repas : pour arrondir leur fin de mois, certains étudiants préfèrent désormais monnayer leurs données personnelles. Situation amoureuse, centres d'intérêt ou encore goûts musicaux, ces data qui sont souvent collectées à notre insu sur internet valent en effet de l'or. Mais à quelle fin sont-elles utilisées et à qui profite ce business ? 

Toute l'info sur

Le 20h

Ces nouvelles applications ciblent en particulier les jeunes, dès l'âge de 15 ans, la majorité numérique. Chaque semaine, Ted Chan, 18 ans, remplit ainsi plusieurs questionnaires sur ses goûts et ses habitudes. Pour cela, il est rémunéré entre 5 et 20 euros par mois ; ses données sont ensuite revendues à des entreprises, des écoles ou des opérateurs téléphoniques qui lui enverront des publicités sur mesure. "Aujourd'hui on vit dans un monde où tout le monde sait tout sur tout le monde, donc qu'une personne sache que j'aime faire du sport, ça ne va pas changer grand-chose à ma vie quotidienne. En vrai, c'est un moindre effort pour de l'argent", explique cet étudiant en psychologie. 

Mais a-t-il vraiment conscience des dangers ? L'association de défense des internautes organise justement des ateliers pour mettre en garde les étudiants contre cet argent facile. "Le problème, c'est dans la durée. C'est-à-dire que vous allez donner des choses à un moment de votre vie et peut-être que dix ans après vous n'avez pas envie que ces mêmes acteurs aient vos données pour une somme qui est totalement dérisoire", prévient Nicolas Chagny, président de l'Internet Society France.

Derrière ce marché des données personnelles, on fabrique non pas un moyen d'émancipation avec un moyen facile de gagner de l'argent, mais on fabrique plutôt des logiques d'aliénation.- Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l'information

Pourtant, le marché des data est en plein essor. Créé il y a trois mois, le site Tadata rassemble déjà plus de 10 000 utilisateurs. Le principe est simple : l'étudiant remplit des questionnaires contre de l'argent : 3 euros par fichier. Les données sont ensuite revendues à des banques, des mutuelles ou des marques de vêtements. Selon le cofondateur, Alexandre Vanadia, ce modèle serait plus transparent envers les internautes. "On va proposer la mise en place de circuits de data plus équitables où on renseigne volontairement ces données afin que quand un annonceur acquière ces données pour nous cibler en termes de marketing, et bien l'utilisateur trouve une rémunération", souligne-t-il, promettant par ailleurs à l'utilisateur un droit de rétractation à tout moment. En attendant, plus il fournit d'informations, plus il va gagner d'argent. 

Pour Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l'information, le danger pour les jeunes, c'est de faire de leur vie privée une marchandise comme une autre. "Derrière ce marché des données personnelles, on fabrique non pas un moyen d'émancipation avec un moyen facile de gagner de l'argent, mais on fabrique plutôt des logiques d'aliénation où sur votre smartphone vous allez avoir en permanence cette application qui va vous inciter à en donner toujours davantage", met-il en garde.

Lire aussi

En France, seules les données médicales sont interdites à la vente. Pour les autres, aucune réglementation n'encadre leur prix. Certains fichiers pourraient ainsi se vendre jusqu'à 500 euros. Mais l'activité est légale, bien que controversée. "Ça peut poser des questions éthiques parce qu'en vendant vos données vous perdez en quelque sorte un peu de votre anonymat. Mais il y a peut-être des internautes, des citoyens ou des consommateurs qui auront les moyens de garder cet anonymat en ne souscrivant pas à des programmes de fidélité", alerte Thomas Dautieu, directeur de la conformité à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) qui craint que la vie privée soit mieux protégée pour les plus riches au détriment des plus jeunes. Le débat sur la vente des données ne fait donc que commencer. 

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

AstraZeneca annonce que son traitement anti-Covid est inefficace

Angleterre : dépassé par le variant Delta, Boris Johnson décale d'un mois le déconfinement

EN DIRECT - Les États-Unis dépassent les 600.000 morts du Covid

"Ça va être Gilets jaunes puissance 10" : la fronde des automobilistes contre les ZFE en centre-ville

Que se passe-t-il à la centrale nucléaire de Taishan, en Chine ?

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.