"C'est son copain, ça va..." : ce que vos ados comprennent du viol au sein du couple

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CULTURE DU VIOL - En quarante-huit heures, deux émissions très écoutées par les adolescents ont été accusées de banaliser le viol. Alors on peut se demander : un an après #MeToo, la pédagogie a-t-elle fait son oeuvre auprès de la nouvelle génération ? Réponse en demi-teinte.

Tout commence par un sondage posté sur les réseaux sociaux, mercredi 24 octobre. La station Fun Radio, dans un tweet polémique, demande à ses auditeurs s'ils trouvent normal que "Charlotte ne supporte pas que son mec lui fasse l'amour la nuit quand elle dort". La consultation en ligne provoque un tollé et est finalement retirée par la production. Mais c'était sans compter sur l'émission-star de C8, "Touche pas à mon poste", qui reprend finalement ce débat à son compte, le lendemain soir. "Choqué ou pas choqué ?" "Viol conjugal ou pas viol conjugal ?"


Pour certains chroniqueurs de Cyril Hanouna, c'est tout vu. Pataugeant dans ce qu'on appelle la culture du viol, l'un soutient  qu'"employer le mot viol pour ça, c'est une honte", l'autre ajoute que "des choses qui se font quand l'une ou l'autre personne dort, c'est tout à fait mignon, tout à fait sympa". Le tout dans un format télévisé regardé par plus d'un million de personnes en moyenne, à heure de grande écoute.

"C'est son copain, ça va..."

Si débat il y a, celui-ci est censé tourner très court à la vue d'un code pénal. Car en France, la loi considère comme un viol "tout acte de pénétration sexuel, de quelque nature que ce soit, commis sur autrui par violence, contrainte, menace ou surprise".  Charlotte - ou toute autre jeune fille - serait en effet violée si elle était pénétrée dans son sommeil : endormie, elle ne peut pas donner son consentement. Par ailleurs, la chose serait aggravée dans le cadre d'un couple. C'est ce qu'on appelle un "viol conjugal", dont la définition s'étend, depuis la loi Schiappa, aux personnes n'habitant pas forcément sous le même toit. Peine encourue : vingt ans de prison. 


Un an après #MeToo, nos ados, public privilégié de ces émissions, ont-ils conscience de la gravité que représente un rapport sexuel non consenti avec son copain ou sa copine du moment ? Pour le savoir, LCI a posé la question à Héloïse Galili.


Conseillère conjugale et animatrice au Planning Familial de Paris, elle recueille tout au long de l'année les impressions de ces jeunes sur le terrain. Ses interventions dans les écoles surtout, lors des cours d'éducation sexuelle, sont parlantes : "Dans les classes où nous intervenons pour les cours d'éducation sexuelle, on retrouve quasiment les mêmes discours que dans le reste de la société", nous explique-t-elle. "C'est-à-dire la même chose que dans les débats médiatiques et politiques. Il y a pas mal de discours machistes empreints de culture du viol, un rejet de la responsabilité sur le comportement des filles et aussi, effectivement, une relativisation du viol au sein du couple. On peut entendre par exemple : 'C'est son copain, ça va...'". 

Chez beaucoup de jeunes filles, une "parole éclairée et féministe"

D'ailleurs, selon elle, le même discours revient aussi quelques fois lors des consultations individuelles, au Planning, dans le cadre d'une consultation pour interruption volontaire de grossesse. "Lorsqu'on demande à la jeune fille si la relation était consentie, parfois on s'entend répondre : 'Bah, c'était mon copain...' comme si, avec le conjoint, c'était forcément consenti à chaque fois."


Mais tout n'est pas perdu. Héloïse Galili de nuancer : "Chez les plus jeunes, il y a tout de même un petit courant de prise de conscience. Et cela n'a pas attendu #MeToo, d'ailleurs. Depuis plusieurs années déjà, il y a plusieurs discours au sein de la classe : c'est un peu à l'image du résultat de ce fameux sondage pour Fun Radio (où 49% des votants jugeaient toutefois la pratique "normale", ndlr). Les réactions au sujet du viol sont très partagées. Mais en tout cas, chez beaucoup de filles, il y a un discours de plus en plus net sur le viol, une parole éclairée et féministe. La jeune génération n'est clairement pas la plus rétrograde sur le sujet." L'espoir est donc permis, d'autant que, rappelle cette animatrice du Planning, le "viol conjugal n'est illégal que depuis les années 80". Autant dire hier, à l'échelle des mentalités. 

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