Discriminations des clients des banque : "C'est toute l'organisation du travail qui pousse à ces pratiques"

Discriminations des clients des banque : "C'est toute l'organisation du travail qui pousse à ces pratiques"
SOCIÉTÉ

REMISE EN QUESTION - Les résultats d'un testing dans 63 établissements bancaires de la banlieue lyonnaise mettent en lumière des pratiques discriminatoires dans la relation au client, en raison de son sexe ou de son origine supposée. Des conclusions qui interrogent sur la formation que reçoivent les chargés de clientèle, mais aussi sur les consignes reçues pour faire leur métier.

Bien connues des candidats à un logement ou à un poste en entreprise, les discriminations bancaires semblent également toucher les relations d'argent. C'est ce qui apparaît à la suite d'un testing organisé par la mairie de Villeurbanne sur 63 établissements bancaires de la banlieue lyonnaise, et dont les conclusions sont rendues publiques jeudi 21 septembre. Il y apparaît une différence de traitement notable entre clients, selon que ceux-ci sont homme ou femme, d'ascendance immigrée maghrébine et subsaharienne ou non. Et ce, alors que leur profil économique est le même.

Depuis la prise de rendez-vous jusqu'à l'obtention d'un prêt, les clichés habituels sur ces populations sont bien présents : "Pour une femme qui souhaite créer son entreprise, il y aura une suspicion d'incompétence et de manque de rigueur, on va se demander si elle peut négocier", explique à LCI Djaouida Sehili, enseignante-chercheure en sociologie à l'Université Lyon 2, qui a supervisé le testing. "Pour les personnes supposées d'origine étrangère, il y a une suspicion sur la capacité à s'exprimer, à s'organiser, à se mettre au travail". Tout devient alors plus difficile pour le ou la client-e potentiel-le. Obtenir un rendez-vous, les bonnes informations, l'octroi d'un prêt et aux meilleures conditions. 

Lire aussi

Des pratiques pousse-au-crime

Pour Djaouida Sehili, ces difficultés sont liées à la persistance du "racisme et du sexisme dans notre société". C'est le cas dans les banques avec le "scoring", une pratique qui consiste pour les conseillers bancaires à "évaluer la qualité économique du client" et sa capacité à rembourser selon des critères secrets mais dont les résultats d'enquête démontrent qu'ils peuvent prendre en compte l'âge, l'état de santé, la situation matrimoniale du client, et donc, son sexe et son origine supposée. Autant de pratiques interdites par la loi, qui décompte 25 critères de discrimination.

Comment lutter, alors, contre ces pratiques ? "Nous avons des pouvoirs d'enquête très larges", explique Slimane Laoufi, juriste auprès du Défenseur des droits, qui présente le rapport. "Quand une victime de discrimination nous approche, on peut auditionner un conseiller clientèle, assister à une journée de travail pour relever des comportements discriminatoires et savoir s'il s'agit d'un comportement individuel ou systémique."

"Il y a un énorme travail de formation à faire"

Car se comporter de façon discriminatoire n'est "pas forcément volontaire", soulignent nos deux interlocuteurs. "C'est l'organisation du travail, qui pousse à la discrimination", affirme le juriste. "L'étude montre que tous les établissements bancaires ne discriminent pas forcément. Ce n'est pas parce qu'il y a moins de personnes racistes ou sexistes chez l'un ou chez l'autre, mais parce que certaines structures ont mieux sensibilisé leurs équipes que d'autres", avance Djaouida Sehili. Car c'est là que se situe la clé : "Il y a un énorme travail de formation, dès les études, à faire", poursuit-elle. Sans oublier que les victimes de discrimination ont aussi besoin d'être sensibilisées : "Elles ne sont pas forcément conscientes d'être discriminées : c'est d'une telle violence que pour s'en protéger, elles ont tendance à le minorer."

Et du côté des banques, comment perçoit-on cette donnée ? Contactée par LCI, l'une d'entre elles n'a pas voulu évoquer le problème arguant qu'elle n'était pas explicitement citée dans le testing. D'autres, en revanche, ont accepté de rencontrer ses auteurs à l'occasion d'une réunion, une semaine avant la publication du rapport : "Ils étaient très étonnés, ne niaient pas le problème mais ont admis que la question n'avait jamais été abordée en interne", résume Agnès Thouvenot, adjointe au maire de Villeurbanne à la lutte contre les discriminations. "J'ai assisté à un séminaire où un représentant des banques a botté en touche en disant que c'étaient des comportements individuels", raconte Slimane Laoufi. 

La Fédération bancaire française a également réagi, par communiqué, fustigeant "l'approximation de la méthode et la grande précision des résultats", tout en condamnant "vigoureusement" les "cas de discriminations" s'ils étaient "avérés". Et le représentant des banques françaises de mettre en avant ses propres outils anti-discrimination, en appelant le Défenseur des droits à "établir un diagnostic précis" pour travailler sur "des points d'amélioration". Pas coupables, mais tout de même prêtes à s'améliorer.

En vidéo

Discrimination à l'embauche : les Maghrébins écartés par un tiers des entreprises testées

La discrimination est une pratique passible de trois ans de prison et de 45.000 euros d'amende pour une personne physique. L'amende va jusqu'à 220.000 euros pour la personne morale.

Si vous êtes victime de discrimination, vous pouvez vous adresser au Défenseur des droits.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent