A Caen, une association étudiante de médecine accusée de bizutage

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ETUDIANTS - Un week-end d'intégration à la faculté de médecine de Caen a été annulé. En cause : des faits de bizutage présumés. Une enquête a été ouverte.

Des étudiants à genoux, les yeux bandés, les mains liées et recouverts de substances indéfinies, des photocopies de seins d'étudiantes qui ornent un pan de mur dans le local ou encore des incitations au viol... L'association des étudiants en médecine La Corpo, à Caen, a vu son week-end d'intégration annulé après l'ouverture d'une information judiciaire pour bizutage. 


Dans les colonnes du Monde ou dans celles de Ouest France, plusieurs étudiants racontent. Ils évoquent un bizutage "organisé annuellement par les corporations des étudiants de médecine de Caen, particulièrement auprès des étudiants et étudiantes de deuxième année". 


Cette pratique, pourtant, interdite par le code pénal depuis 1998, consiste à amener une personne "contre son gré ou non  à commettre des actes humiliants ou dégradants ou à consommer de l'alcool de manière excessive, lors de manifestations ou de réunions". 

"On peut violer les lois sans qu'elles ne crient"

Dans les couloirs de la faculté de médecine, deux syndicats étudiants ont écouté les victimes présumées. Pendant de longs mois, Sud Éducation Calvados et SL Caen ont constitué un dossier dans lequel s'accumule les photos, les témoignages, des captures d'écran ou encore des échanges publiés sur les réseaux sociaux. Comme celui-ci, publié dans Le Monde


Sous une photo rappelant la loi sur le bizutage, une personne commente "M'ouai enfin... On peut violer les lois sans qu'elles ne crient..." Une seconde personne ajoute "pas que les lois..."


Le rapport au corps et les pratiques sexistes semblent omniprésents dans ces rituels d’intégration. Autre exemple, ces photos de "bifle" (gifle avec un pénis) que l'on trouve dans le dossier, raconte Le Monde.  L'an passé, un des commandements préconisait même de "se faire bifler par Rosy avec son gode". "Rosy" étant jusqu’en juin dernier, salarié de la Corpo, chargé du service de polycopie. Sur son site internet, du haut de ses cinquante ans, il se présente comme un artiste explorant les rituels étudiants.

Six mois d'emprisonnement et 7500 euros d'amende

D'autres gages "sont des incitations à faire des actes illégaux, allant de l’exhibitionnisme à faire des attouchements sexuels à des inconnus, ou encore tourner un film pornographique (faire un "Jacquie et Michel")", continuent les syndicats.


Le 6 octobre dernier, ce dossier a donc été envoyé à la justice, au rectorat et au président de l’université Caen-Normandie. "L'enquête démarre tout juste", ajoute la procureure de Caen, Carole Etienne. A l'université, les étudiants de La Corpo sont convoqués et le week-end d'intégration annulé. 

Ce n'est la première fois qu'une association étudiante de médecine est mise en cause dans des affaires de bizutages. L'an passé, la fac de Créteil avait fait l'objet d'une enquête. Des étudiants en seconde année de médecine avaient été contraints "de lécher des têtes de veau ou de cerf morts, de patauger dans une espèce de piscine avec des poumons d’agneau et autres". 


Le bizutage est un délit puni de six mois d'emprisonnement et de 7.500 euros d'amende. Ces peines s'appliquent même si la victime était consentante. Les personnes morales peuvent aussi voir leur responsabilité engagée. 

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