Cagnotte, prud'hommes... Comment les salariés licenciés de Smovengo essaient de faire face à la "catastrophe" du nouveau Vélib'

Cagnotte, prud'hommes... Comment les salariés licenciés de Smovengo essaient de faire face à la "catastrophe" du nouveau Vélib'

DirectLCI
TRANSPORT - Des salariés de Smovengo en grève ont reçu les premières lettres de licenciement. Pour leur venir en aide, une cagnotte de soutien vient d'être lancée. Un employé raconte à LCI.

Deux mois de grève. Deux mois sans salaires. Pour les salariés Smovengo, mobilisés pour dénoncer leurs conditions de travail dans le déploiement du nouveau Vélib’, les semaines deviennent longues. D’autant que chaque jour, s’entassent les mauvaises nouvelles : en début de semaine, ils ont commencé à recevoir des lettres de licenciement. Avant, c’était des convocations à des entretiens préalables. Et encore avant, une assignation à comparaître au tribunal.


Mais la quarantaine de salariés en grève est combative. Une cagnotte vient même d’être lancée pour les soutenir. Un geste de solidarité. "Depuis le 17 avril,  nos salaires sont suspendus. On ne touche plus rien", raconte Hamid. "On vit soit sur les économies, soit sur l’entraide familiale,  les amis, la solidarité financière des syndicats, plus cette cagnotte... " Cette cagnotte, lancée en ligne, n’est pas venue toute seule. "En fait, ce sont les usagers nous ont soufflé l’idée", dit Hamid. "Nous, à la base, on trouvait indécent de lancer une cagnotte, vu le fonctionnement catastrophique du service. Mais les usagers ont insisté, tellement que je l’ai créée. Ils ont compris pourquoi on faisait grève."

Ce soutien des utilisateurs, ça me toucheHamid, agent Smovengo en grève

Un petit millier d’euros a pour l’instant été récolté. Une trentaine de donateurs, et des dizaines de messages de soutien. Soutien modeste, ou modeste soutien ? Hamid en sourit : "C’est sûr que ce n’est pas la cagnotte des cheminots... Mais comparons ce qui est comparable, entre une institution comme la SNCF et une petite grève de 40 agents..."  Car c’est surtout ces messages reçus par les utilisateurs de Vélib qu’il retient : "Ils nous marquent tellement leur soutien, avec ces messages innombrables qu’on reçoit sur les réseaux sociaux. C’est quelque chose qui me touche complètement. Il est rare de voir un service public en grève ou les usagers soutiennent le service en question !"


Le terme "service public" n’est pas utilisé à la légère par Hamid. Il l’utilise, à vrai dire, sans doute avec un peu d’amertume. Car s’il est salarié de Smovengo, une entreprise privée, c’est pourtant en la qualifiant de service public que le tribunal de grande instance de Paris, saisi par Smovengo sur la légalité de la grève, a déclaré le 14 mai, qu’elle était "illicite", les salariés n’ayant pas déposé de préavis, comme l’exige le service public. Et c’est là-dessus que s’appuie Smovengo pour licencier ses salariés. "Donc, nous sommes un service public d’après le tribunal. Vous avez déjà vu un service public en grève, mais que les usagers soutiennent totalement ? C’est très spécial. Très singulier."

On ne s’attendait pas à en arriver jusque-làHamid, salarié Smovengo en grève

Des salariés comme pris dans un tourbillon, qui ne comprennent toujours pas comment est arrivé ce coup fatal. Comme sonnés. "On est consternés. Dépités. On ne s’attendait pas à en arriver jusque-là." " "L’objectif affiché est de liquider tous les salariés, puisque la grève qui a été faite pour nos conditions de travail a été perçue comme un affront", dit Hamid. 

Aller aux Prud'hommes

Depuis le jugement du tribunal, la stratégie des salariés a changé. Ils ne font plus de piquets de grève dans les sites Vélib’. "Maintenant, on travaille dans l’ombre pour débloquer la situation." Travail de l’ombre, de fourmi, où chacun a son rôle, très précis. Car lundi, les avocats de salariés licenciés ont annoncé qu’ils allaient saisir en référé le conseil des prud’hommes de Nanterre contre l’opérateur. "Il n’y a plus de cinéma, plus de sorties en famille, plus rien. Cette nuit je n’ai même pas dormi, à m’activer sur les réseaux sociaux, préparer les dossiers, centraliser les fiches de paie, les contrats de travail, centraliser les mails de menaces de la direction et des ressources humaines... On est parti sur un terrain administratif qui est complexe mais qu’il faut mener jusqu’au bout."


En coulisse aussi, la bataille de com’. Et d’influences. "On fait un travail très intense pour activer tous les réseaux, les pouvoirs publics, les élus, certaines personnalités, on va taper à toutes les portes. C’est le branlebas de combat", dit Hamid. Et les premiers retours laissent optimistes. "On a un soutien des élus très large, cela dépasse le cadre de la gauche, on a des Républicains, des communistes, des Verts, de France insoumise... On a quelques soutiens officieux et très discrets  de la famille politique d’Anne Hidalgo", affirme-t-il. Autant de soutiens et de démarches juridiques en cours, qui leur permet de dire qu’ils sont "très confiants, plein d’espoirs, car on est dans notre bon droit". 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter