Calais : faut-il craindre un Sangatte 2 ?

SOCIÉTÉ

IMMIGRATION - Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a entériné ce lundi à Calais la proposition de la maire UMP de la ville : l'ouverture prochaine d'un centre d’accueil pour les immigrés clandestins. Une idée qui rappelle furieusement un certain Sangatte...

Un nouveau camp de migrants va ouvrir en bord de Manche. En visite à Calais ce lundi, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a entériné la mise en place du centre d'accueil réclamé par la maire UMP de la ville, Nathacha Bouchart. Son budget "de plus de 3 millions d'euros par an" sera mobilisé par l'État "en sollicitant l'Union européenne", a-t-il détaillé. Une annonce qui rappelle le souvenir, douze ans presque jour pour jour après sa fermeture (le 5 novembre 2002), du fameux camp de Sangatte, à l'ouest de Calais.

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Au moment de son ouverture en 1999, Sangatte était conçu comme provisoire. Mais l'arrivée incessante de candidats à la traversée vers le Royaume-Uni avait imposé sa pérennisation. Avec une moyenne quotidienne de 1500 occupants, soit le double de sa capacité d'accueil, il est rapidement devenu ingérable sur les plans sanitaire et social. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, l'avait alors fermé. Privés d'abri, les migrants se sont dans un premier temps réfugiés, à l'est de Calais, dans une zone surnommée de manière pittoresque "la jungle". De nouveau délogés en 2009, ils survivent aujourd'hui dans une myriade de squats en ville et de micro-campements alentour.

"Que feront les migrants après 18 heures ?"

Soucieux, avec le nouveau centre d'accueil, de ne pas éveiller la peur d'un nouveau Sangatte, Bernard Cazeneuve et Natacha Bouchart ont introduit une différence de taille : il n'offrira qu'un accueil de jour. "Une mesurette", a immédiatement réagi pour metronews Jean-François Corty, directeur des missions France de Médecins du monde ( MDM ), qui vient en aide aux migrants à Calais. "On ne réglera par les besoins vitaux de 2300 personnes, dont une centaine de femmes et d'enfants, avec centre de jour calibré pour 500 ou 1000", relève-t-il. De plus, "que feront-ils après 18 heures ? Et que deviendront ceux qui n'y trouveront pas de place ?". Pour MDM, une seule solution viable : un accueil 24/24.

Comment, dans ces conditions, ne pas retomber dans le piège de Sangatte ? "On peut ouvrir plusieurs structures, plus petites et donc plus gérables", préconise Jean-François Corty. Une idée qui, pour l'heure, n'a pas reçu d'écho parmi les autorités. Dont l'objectif, accuse Emmaüs France, était surtout "d'éloigner" les migrants du centre-ville. "Un ghetto", dénonce l'organisation, qui selon elle sera à la fois trop petit pour faire face au problème mais trop grand pour être géré facilement. En somme, les deux écueils qu'avait connus Sangatte. Mais de jour.

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