Calais : pourquoi le nombre de migrants a explosé cet été

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Le démantèlement de la "Jungle" de Calais

DECRYPTAGE - Depuis la mi-juin, le nombre de migrants a augmenté de plus de 50% à Calais. Alors que Bernard Cazeneuve a annoncé la poursuite du démantèlement ce vendredi, LCI s’est penché sur les raisons de cette hausse.

Les autorités en comptabilisent désormais 6.900, les associations un peu plus de 9.000. Une chose est sûre : le nombre de migrants présents dans la "Jungle" de Calais a explosé cet été, de plus de 50% depuis la mi-juin quelles que soient les sources. Il atteint désormais un niveau record qui alimente les tensions sur place. Pourquoi le plus grand bidonville de France fait-il face à un tel afflux ? LCI a posé la question à deux responsables associatifs au moment où, vendredi, Bernard Cazeneuve se rendait sur place pour promette la poursuite "par étapes" du démantèlement du camp. Trois raisons principales se dégagent.

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Une vague estivale d’arrivées par la Méditerranée

Depuis le week-end dernier, selon les gardes-côtes italiens qui coordonnent les opérations de sauvetage, plus de 14.000 personnes ont été secourues  au large de la Libye. Un chiffre qui témoigne de l’intensité de l'activité migratoire sur la Méditerranée ces dernières semaines. Ceux qui fuient leur pays profitent en effet de l'été et des conditions météorologiques propices à la navigation pour se lancer dans le périlleux voyage. "Les chiffres sont un peu supérieurs mais, globalement, ce flux est similaire à celui de l’été dernier et se tarira lui aussi à l’automne", estime François Guennoc, vice-Président de l'association "l'Auberge des migrants". 

Parmi ceux qui empruntent ainsi la Méditerranée, une partie arrive ensuite à Calais, poursuit-il, "soit parce qu’ils veulent passer en Grande-Bretagne, soit parce qu’ils savent qu’ici ils pourront partir vers des Centres d’accueil et d’orientation (CAO) et y demander l’asile." Résultat  : avec cette recrudescence de l'immigration en provenance d’Afrique subsaharienne, la proportion de Soudanais et d’Eythréens présents à Calais, faible à la fin de l’hiver, dépasse désormais celle des Afghans et des Pakistanais. 

A ces flux depuis la Méditerranée, nous indique de son côté Pierre Henry, directeur de l’ONG France Terre d’asile, "sont venus s’ajouter sur le territoire national un certain nombre de mouvements secondaires en provenance d’Allemagne ou de Suède". Explication : les politiques d’asile se sont durcies dans ces pays par rapport à l’an dernier.

Calais, "seul endroit où les gens ne sont pas chassés par la police"

Calais, note Pierre Henry, est par ailleurs "devenu l’un des points privilégiés pour la demande d’hébergement, avec Paris". Or, enchaîne-t-il, "compte tenu de l’absence de disponibilité d’hébergement dans la capitale,  et des nombreuses opérations de dispersion qui y ont eu lieu pendant tout le mois d’août , un certain nombre de personnes sont parties" vers la ville portuaire. 

Un phénomène similaire se produit à Grande-Synthe, dans la banlieue de Dunkerque (Nord). "Le gouvernement souhaitant réduire ce camp, les hommes isolés qui y arrivent sont refoulés,  et arrivent donc à Calais", souligne François Guennoc . Qui résume le "paradoxe" de la politique de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve : "Le gouvernement dit qu’il veut réduire la population à Calais, mais en virant les gens de Grande-Synthe et des trottoirs parisiens,  ils les font de fait arriver à Calais, seul endroit où ils ne sont pas chassés par la police."

Une frontière toujours plus hermétique

Le mois de juillet 2015 avait été marqué par des tentatives d’intrusion massives dans le tunnel sous la Manche. Depuis, la multiplication des renforts policiers – Bernard Cazeneuve a annoncé vendredi le déploiement sur place de 200 policiers et gendarmes supplémentaires, portant à 2.100 le nombre de forces de l'ordre, du jamais vu sur un tel territoire –, la mise en place de murs et grillages ont rendu le rêve britannique des migrants encore plus risqué et  hypothétique. 

"Aujourd’hui, la frontière est presque bloquée, témoigne François Guennoc. Quand certains passent, c'est en payant très cher ou en prenant des risques sous les camions. Je ne sais pas combien réussissent chaque nuit, mais c’est beaucoup moins que ceux qui arrivent". Selon les associations, entre 50 et 100 nouveaux migrants rejoignent quotidiennement la "Jungle" de Calais. 

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