Calais : qui sont les "No Borders", accusés "de pousser les migrants à l'émeute" ?

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ZOOM - Xavier Bertrand, président de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie les accuse de pousser les migrants de Calais à l'émeute. Les autorités accusent elles aussi les "No Borders" d'inciter les réfugiés à des actes de violence. Qui sont-ils, d'où viennent-ils ? Eléments de décryptage.

"A Calais, il faut mettre hors d’état de nuire les No Borders, qui poussent les migrants à agresser les CRS." Au micro de France Info mercredi, Xavier Bertrand, président de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, est formel : si les migrants se heurtent de plus en plus avec les forces de l’ordre, c’est qu’ils sont poussés par des militants radicaux : les No-Borders.

"Il faut que la réponse pénale soit beaucoup plus forte à Calais", a insisté le président de région . "Il y a aujourd’hui les force de l’ordre qui sont harcelées, une population à Calais qui n’en peux plus. Il faut mettre hors d’état de nuire les agitateurs que sont les no-borders, ceux qui viennent activer les migrants et qui parfois viennent dire à certains migrants, comme je l’ai vu dimanche, j’étais sur place aux côtés des CRS : "Attaquez les CRS"".

Dimanche, un CRS a été blessé par des projectiles lancés par des migrants. Mais l’un des incidents les plus médiatisés s'était produit il y a deux semaines, lorsqu'une cinquantaine de personnes avait réussi à monter à bord d'un ferry à l'issue d'un défilé pro-migrants de 2.000 personnes. Xavier Bertrand, Natacha Bouchart et des élus de la région de Calais sont d’ailleurs reçus ce mercredi par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et le nouveau garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas.

Ces no-borders réclament l'abolition des frontières et la libre circulation des personnes. On les retrouve dans la jungle de Calais mais aussi à Vintimille et ailleurs... On les appelle les "No Borders" (sans frontière en français). Depuis la flambée de violences à Calais entre forces de l'ordre et groupes de migrants, ils sont dans le viseur des autorités.


"Ils incitent les migrants à des actes de violence", accusait il y a quelques semaines la préfecture du Pas-de-Calais. "Les migrants, qui sont en majorité dans une situation de détresse très forte, n'ont pas tous la volonté d'être agressifs et violents, a abondé le directeur de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) du Pas-de-Calais, François Angelini. Malheureusement, on constate qu'ils sont aidés dans leurs actions et que parmi les groupes qui harcèlent les forces de l'ordre, qui se permettent des vols dans les propriétés privées, se trouvent des Européens". Pour le porte-parole du ministère de l’Intérieur Pierre-Henry Brandet, les No Borders ont alimenté les violences des dernières nuits. "Ils profitent du désarroi et de la détresse des migrants, et les poussent à faire n'importe quoi, à l'émeute, à des violences envers les policiers et à essayer, coûte que coûte, à arrêter des camions sur la rocade pour pouvoir passer en Angleterre". 

Les No Borders n'ont jamais caché qu'ils assuraient une présence militante auprès des migrants de Calais, auxquels ils apportent un soutien inconditionnel dans leur projet de rejoindre la Grande-Bretagne. Mais dans les faits, on en sait peu sur ce mouvement qui refuse les étiquettes et les questions des journalistes. A l'instar des zadistes, ces altermondialistes pratiquent l'autogestion et n'auraient pas de leader. 

La Voix du Nord ,  qui leur avait consacré un article en 2013, expliquait que certaines associations d'aide aux migrants portaient un regard très critique sur eux. Une Calaisienne proche du mouvement, interrogée alors dans le journal local, assurait que les militants venaient "de partout avec leur histoire. Ils discutent beaucoup entre eux et il y a des idées qui germent au fur et à mesure". L’idée d’amener des vélos aux migrants viendrait par exemple des Hollandais : "C’est pour ça qu'on voit des migrants arpenter tout Calais à vélo ! " Pour elle, il s'agirait avant tout de militants jeunes guidés par une idée commune : "On ne choisit pas où on naît et on ne doit pas empêcher les gens de continuer leur route".

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France Info  poursuit qu'à Calais, les No Borders apportent une aide matérielle ou au logement en ouvrant des squats. Ils aident les migrants pour l’accès à l’eau, l’aide juridique et assistent également les "familles en les conseillant face aux forces de police". Dans une interview à  Libération , Laurent Pourceau, syndicaliste policier, a de son côté constaté la multiplication des "dépôts de plainte à l’encontre de certains fonctionnaires, via leur numéro de matricule. Certains de ces militants (No Borders, ndlr) sont anarchistes, d’autres ont des prétentions humanistes. Mais ils créent quelque chose d’explosif, qui peut être à terme très dangereux." Car, selon lui, les migrants se sont peu à peu transformés."Il y a quelques mois encore, ils étaient bonhommes. Ils avaient peur de la police, ils obéissaient. Désormais, ils n’hésitent pas à lancer des attaques massives contre les forces de l’ordre". Une radicalisation qu'il explique par la présence des No borders. Par l'impossibilité peut-être aussi pour les migrants de rejoindre l'Angleterre. Car depuis peu, "plus aucun étranger en situation irrégulière ne franchit la Manche par quelque moyen que ce soit", a indiqué la préfète.

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