Caméras dans les abattoirs : "Lutter contre la maltraitance animale sans vidéo c’est comme dire qu’on lutte contre l’insécurité routière en enlevant les radars"

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INTERVIEW - Le député PS en charge du dossier, Olivier Falorni, réagit à l'abandon de l'obligation d'installer des caméras dans les abattoirs, qui devant figurer dans le projet de loi sur l'Agriculture, présenté mercredi en conseil des ministres.

Il y a eu les images choc. Sanguinolentes. D’animaux bêlant, hurlant. Une prise de conscience. Des pétitions. La mobilisation des associations. Il y a un an, la cause animale, et son traitement dans les abattoirs a surgi dans l’actualité, et y est resté. Une commission d’enquête sur le "respect de l'animal en abattoir", avait été mise en place et confiée à Olivier Falorni, député PS (voir la vidéo ci-dessus). 


A l'issue de 6 mois de travail, une proposition de loi avait été élaborée, examinée puis votée en première lecture par l’Assemblée nationale en janvier 2017. Elle créait notamment un délit de maltraitance et l’obligation d’installer des caméras dans les abattoirs. La loi n’avait au final pas eu le temps d'être adoptée avant le changement de législature. Mais ces dispositions devaient être reprises dans le projet de loi porté par le ministre de l'Agriculture à l'issue des Etats généraux de l'alimentation. Sauf que, surprise, il n’en est rien. Ou tout du moins, une partie du texte a disparu : s’il reste bien le délit de maltraitance dans les abattoirs, le volet sur la vidéosurveillance a disparu. Comment réagit le député Falorni ? Il explique à LCI.

LCI : Etes-vous surpris par l’abandon de la vidéosurveillance en abattoir dans le projet de loi présenté ce mercredi en conseil des ministres ?

Olivier Falorni : J’ai présidé pendant six mois une Commission d’enquête sur les abattoirs, et à l’époque on m’a dit : "Hors de question d’avoir des caméras". J’ai fait un rapport dans lequel je préconisais la vidéosurveillance. On m’a dit que ça ne se ferait pas. J’ai déposé une proposition de loi pour préconiser le délit pénal de maltraitance animal, et l’outil qui permet de caractériser ce délit : la vidéo. Mon texte a d’abord été retoqué avec refus en commission. J’ai donc une longue expérience de l’obstruction systématique par rapport à cette proposition. J’ai réintroduit la vidéosurveillance dans le texte que je défendais. Il y a eu une mobilisation considérable des associations de la cause animale, beaucoup de citoyens ont envoyé des mails à leurs députés. Il y a eu une pression tellement forte que le ministre de l’Agriculture a bien été obligé de revoir ses positions.

LCI : Il n’y a plus les caméras dans le projet de loi, mais une des propositions fortes y figurent, celle du délit de maltraitance animale en abattoir. C'est donc un premier pas ?

Olivier Falorni : Pour moi, la disposition sur le délit pénal s'accompagne de l'outil nécessaire pour le caractériser : le contrôle vidéo. Et l’un ne va pas sans l’autre ! Sinon, c'est une hypocrisie, de l’enfumage, une volonté de botter en touche. On espère que c’est un renoncement provisoire, je pense qu’il est tout à fait possible que la vidéo soit réintroduite dans le texte, à condition qu’il y ait une pression suffisamment forte pour que le ministre accepte de céder.

LCI : Comment peut-on expliquer ce qui s’apparente à une reculade sur le sujet, alors qu’un consensus semblait avoir été trouvé ?

Olivier Falorni : J’ai l’impression que le ministre de l’Agriculture ayant changé, les lobbies essaient d’avoir une revanche sur un texte qui avait des adeptes. Mais je le répète, j’espère que ce renoncement n’est que provisoire. Rien n’est joué. Quand le texte’ de loi sera examiné à l’Assemblée, je déposerai un amendement qui reprendra mot pour mot ce que j’avais mis dans mon texte de loi. Pour prouver le délit de maltraitance, il faut réintroduire la deuxième jambe du dispositif. Je ne désespère pas, d’autant que le président de la République s'est formellement engagé sur le sujet de la cause animale et des abattoirs. C’est un atout pour nous. S’il ne respecte pas cela, ce serait un reniement de sa parole.

Lutter contre la maltraitance sans vidéo, c'est comme dire qu'on lutte contre l'insécurité routière sans les radarsOlivier Falorni, député PS

LCI : Le ministre de l’Agriculture explique sa décision par le fait qu’il préfère mettre l’accent sur la formation des salariés, plutôt que "mettre des agents derrière des écrans de télé"

Olivier Falorni : Mais lutter contre la maltraitance animale sans vidéo, c’est comme dire qu’on lutte contre l’insécurité routière en enlevant les radars. Il faut jouer aussi sur la peur du gendarme. C’est complémentaire. Et la vidéosurveillance ne consiste pas à mettre des agents derrière des écrans télévisions, mais de permettre à des inspecteurs vétérinaires de consulter des vidéos qui auront été prises soit en direct soit enregistrées, pour pouvoir caractériser des actes de malveillance.

LCI : En France, certains abattoirs, même s’ils sont très minoritaires, ont d’ailleurs eux-mêmes fait le choix d’installer des caméras.

Olivier Falorni : C’est une bonne chose, même si ces abattoirs s’y sont souvent mis pour des raisons commerciales, par exemple pour pouvoir exporter vers la Grande-Bretagne, un pays qui demande à remplir un cahier des charges dans lequel la présence de caméras dans un abattoir est obligé. Le ministre dit d’ailleurs qu'il y a la possibilité pour les entreprises, si elles le souhaitent, d'installer de la vidéosurveillance. Mais il faut que ce soit encadré. Parce que dans mon texte, la vidéo n’a pas vocation à être un enjeu de publicité pour l’abattoir. Si c’est pour mettre des caméras sur un parking ça ne sert à rien. Si c’est pour en mettre dans des endroits où l’Inspection vétérinaire ne peut pas contrôler, il n’y a pas d’intérêt. Si c’est pour filmer un couloir où il ne se passe rien, non plus. Le dispositif que je propose est géré par l’Etat et ce sont les services de l’Inspection vétérinaire qui choisissent les lieux où les caméras sont implantées.

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