Caméras-piétons des policiers : les questions que pose leur généralisation

Caméras-piétons des policiers : les questions que pose leur généralisation

SOURIEZ VOUS ÊTES FILMÉ - Les syndicats de police applaudissent, les associations de lutte contre les discriminations dénoncent "de la poudre aux yeux". Manuel Valls a annoncé ce lundi la généralisation des "caméras-piétons" portées par les forces de l'ordre. A quoi vont-elles servir ? Quels problèmes cela pose-t-il ? Metronews fait le point sur ce dispositif.

C'était l'engagement n° 30 du candidat Hollande : "Je lutterai contre le 'délit de faciès' dans les contrôles d'identité par une procédure respectueuse des citoyens". Mais le futur chef de l'Etat n'avait pas précisé comment il comptait y parvenir. Depuis, les policiers portent un matricule sur leur uniforme, mais l'idée d'un reçu délivré après chaque contrôle d'identité, le fameux "récépissé" réclamé par les associations pour lutter contre les discriminations, a été rangée au vestiaire. Manuel Valls revient finalement sur ce dossier en annonçant ce lundi, lors du comité interministériel sur la mixité sociale qui s'est tenu aux Mureaux (Yvelines), que les caméras-piétons vont désormais "faire partie de l'équipement classique des forces de l'ordre sur le terrain".

Comment ça fonctionne ?
Portées en bandoulière, bien en vue sur le torse des policiers, ces caméras à peine plus grosses qu'un paquet de cigarette sont testées par les forces de l'ordre depuis trois ans. Particularité de ces appareils, dont on compte à ce jour 961 unités dans la police, 573 dans la gendarmerie : leur écran affiche l'image en train d'être filmée. Comme si elle se prenait en ie avec son smartphone, la personne qui subit un contrôle d'identité s'y voit donc en direct, en plan serré. Et c'est le policier ou le gendarme qui décide quand il allume et éteint sa mini-caméra. C'est là que le bât blesse pour les associations de lutte contre les discriminations. "Le fait qu'un tel outil soit laissé à la discrétion des forces de l'ordre pose des questions sur son objectivité et son opportunité pour lutter contre les abus policiers, souligne auprès de metronews Sihame Assbague, porte-parole du collectif "Stop le contrôle au faciès". Pour celle qui dénonce une annonce "poudre aux yeux", le gouvernement "choisit ainsi une nouvelle fois de se mettre du côté des policiers et non de celui de la transparence".

Pour quels effets ?
Les associations mettent donc clairement en doute l'objectif affiché par le gouvernement d'assurer un meilleur respect de la déontologie policière lors des interventions. Du côté des forces de l'ordre, que le dispositif cherche à mieux protéger, on a d'abord également eu quelques réticences. "Au moment de la mise en place de l'expérimentation sur les zones de sécurité prioritaires, on craignait notamment que le port d'un matériel de valeur ne fasse de nous des cibles privilégiées", nous raconte Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat SGP Police-FO. Mais ces réserves ont été selon lui totalement levées depuis. "Nos collègues qui ont testées ces caméras sont extrêmement demandeurs, assure Nicolas Comte. D'une part, elles permettent d'avoir des éléments pour démontrer sa bonne foi en cas de contestation : les policiers se sont souvent retrouvés confrontés à des films, pris par des gens depuis leur portable, montrant de manière parcellaire des interventions. Surtout, le port de la caméra calme tout le monde : il produit un effet apaisant et on constate beaucoup moins d'agressions envers ceux qui la portent."

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Combien ça coûte ?
Cher : chaque mini-caméra vaut environ un millier d'euros. Ce qui laisse Nicolas Comte perplexe. "Nous sommes tout à fait favorables à la généralisation des caméras-piétons, mais on est un peu dubitatifs sur leur coût et sur celui du matériel nécessaire pour stocker les images, s'inquiète-t-il. Alors que l'on rentre dans un cycle de négociations avec le ministère de l'Intérieur, il ne faudrait pas que l'on nous équipe uniquement de caméras et que l'on nous dise ensuite qu'il n'y a plus d'argent pour rien d'autre..." Le prix des appareils est également soulevé par Sihame Assbague : "On nous avait opposé l'argument que la mise en place du reçu du contrôle d'identité coûterait trop cher. Là, on choisit une méthode 100 fois plus onéreuse !" 

Quels problèmes juridiques cela pose ?
"Un statut législatif sera déterminé afin d’encadrer les conditions d’usage des caméras-piétons et les conditions de traitement des vidéos", annonce le gouvernement dans le dossier de presse qui officialise la généralisation du dispositif, précisant que "les dispositions nécessaires seront intégrées au projet de loi Égalité et Citoyenneté" "afin de garantir les droits individuels en matière de captation et de conservation". Qui sera chargé de conserver ces images, puis de les supprimer, et au bout de combien de temps ? A quelles conditions les citoyens pourront-ils y avoir accès ? Sera-t-il possible de filmer chez des particuliers ? Les questions juridiques sont nombreuses. "Pour l'instant, c'est utilisé essentiellement sur la voie publique, mais pas dans les lieux privés, note ainsi Nicolas Comte. Nous voudrions que cela soit utilisable partout". "Lorsque l'on travaille sur les cas de violences policières et de contrôles au faciès, on sait qu'il est très difficile d'obtenir les films de vidéo-surveillance. Il faut être malhonnête ou aveugle pour croire qu'on pourra récupérer facilement des images qui appartiennent à la police !", pointe de son côté Sihame Assbague.

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