Cannabis : les fumeurs sont jeunes, diplômés, urbains, CSP+, et ce sont eux qui sont le plus favorables à une réforme

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SOCIETE - Une enquête Ifop pour Terra Nova et ECHO Citoyen fait le point sur la vision des Français et du cannabis. Vision qui a largement évolué.

Où en sont les Français avec le cannabis ? Leur opinion semble avoir beaucoup évolué sur le sujet : auparavant dans la condamnation, elle est aujourd’hui dans l’ouverture et se trouverait même "à un point de bascule".  C’est ce que montre une enquête réalisée par l’Ifop pour le think-thank Terra Nova, plutôt favorable à une légalisation de cette drogue, et ECHO citoyen, organisation de "lobbying participatif et citoyen", qui, elle aussi, milite pour "ouvrir un débat national sur la législation des drogues en France".

Dans le sondage, ce changement d’ouverture des Français se retrouve plus précisément sur deux aspects : d’abord le fait que la "dangerosité du cannabis a été clairement révisée à la baisse", et le fait que les politiques actuelles sont jugées inefficaces par l'immense majorité des sondés. Le point. 

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Qui fume ?

34 % des sondés déclarent avoir consommé au moins une fois dans leur vie, 16 % deux à trois fois dans leur vie, 2 % de façon quotidienne et 2 % de façon hebdomadaire. "On peut noter, en extrapolant ces résultats, qu'une quinzaine de millions de Français majeurs auraient déjà consommé", indique l’étude. "En dépit du fait que la France a l'un des systèmes les plus répressifs d'Europe, l’usage de cannabis y est donc installé comme une pratique sociale de grande ampleur".

 Les variations selon l’âge et le niveau de qualification sont très marquées : ce sont d’abord les jeunes qui fument. Près de la moitié des moins de 35 ans ont déjà consommé. Fumer dépend aussi de son milieu et niveau d’études : 45 % des étudiants ont déjà consommé, contre seulement 28 % des sans diplôme. Dans l'ensemble, la consommation de cannabis est plus répandue dans les publics "jeunes, diplômés, urbains et dans les CSP+". C'est également là que l'on rencontre les opinions les plus favorables à une réforme en faveur d'un marché régulé et encadré du cannabis.

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Et la santé ?

Très peu (1%) de Français sondés considèrent que sa consommation n'a pas d'impact sur la santé. Des majorités très nettes se dessinent d'ailleurs pour considérer qu'une "consommation régulière" peut avoir des effets négatifs sur la sécurité routière (93 %), la scolarité des élèves et des étudiants (90 %), la vie professionnelle (84 %), l'environnement personnel et les fréquentations (81 %), la vie de couple (76 %) ou encore la sociabilité en général (75 %).

Cependant, son niveau de dangerosité évolue. Le cannabis est jugé moins dangereux, non seulement que d'autres drogues illicites (cocaïne, LSD, etc.), mais aussi que d’autres drogues légales comme le tabac, et quasiment égal à l'alcool.

L'efficacité de la politique

Clairement, les politiques publiques de prohibition et de répression sont jugées inefficaces. Seuls 20% des sondés estiment que l’on ne devrait rien changer aux lois actuelles.  C'est désormais environ 50% de la population interrogée qui se dit en faveur d’une régulation du marché du cannabis par l’Etat. Il s'agit cependant, précise l'étude, d'une "ouverture maîtrisée" : l'idée d'un marché régulé du cannabis n'est envisagée qu'avec une forte intervention de la puissance publique et le maintien de certains interdits (au volant, pour les mineurs... ), avec des règles fixant "sa production, sa distribution et sa consommation".

Dans ces conditions, les sondés  reconnaissent plus volontiers les effets positifs de ce genre de réforme : surcroît de recettes fiscales, qualité des produits, renforcement de la lutte contre le marché illégal et les trafics... Et s'ils redoutent que cette légalisation ne s'accompagne d'une banalisation de l’usage du cannabis, ils ne craignent plus qu'elle favorise une "perte des valeurs morales" ou la "consommation d'autres drogues".

Les Français sondés plébiscitent par ailleurs très largement l'autorisation du cannabis thérapeutique sur ordonnance médicale, quelle qu'en soit la forme. une porte ouverte par la ministre de la Santé. Pour le reste, Emmanuel Macron a pour l’instant annoncé un effort de répression accru contre le trafic de cannabis dans les banlieues. Le gouvernement prévoit également de créer une "amende forfaitaire délictuelle" contre les usagers.

Clivages générationnels

L’étude montre que ce mouvement de l'opinion s'accompagne de clivages générationnels souvent significatifs : la France qui freine à l’ouverture au cannabis est celle des plus de 65 ans (c'est aussi celle où l'on rencontre le moins d'usagers) ; inversement, les moins de 35 ans sont beaucoup plus ouverts à la réforme. 

Les clivages politiques sont également intéressants. La gauche (France insoumise, Parti socialiste, EELV...) concentre les attitudes les plus ouvertes et Les Républicains les plus hostiles. Mais ces derniers sont, pour la première fois, favorables largement à une évolution législative concernant les aspects thérapeutiques. LaREM et le FN sont souvent plus partagés.

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