Cardinal Philippe Barbarin : "le Pape François sait reconnaître les talents des autres"

Cardinal Philippe Barbarin : "le Pape François sait reconnaître les talents des autres"

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INTERVIEW - L'archevèque de Lyon analyse pour metronews la première année du Pape François, avec lequel il entretient des liens d'amitié. Il décrypte les raisons de sa popularité et sa personnalité.

Quels souvenirs gardez-vous du conclave et de l’élection du Pape François ?

Je me souviens du moment exact où il a atteint les 77 voix et où nous avons su qu’il était élu Pape. Son voisin lui a glissé à l’oreille : "N’oublie pas les pauvres !" Il a choisi le prénom de François. Plus qu’un symbole, un programme : un Pape pauvre pour les pauvres, une Eglise pauvre pour les pauvres, comme l’avait voulu saint François d’Assise.

Quel regard portez-vous sur lui après un an de pontificat ?

Je suis d’abord émerveillé par son énergie, car le Pape a tout de même 77 ans. J’admire la détermination avec laquelle il amorce toutes ses réformes. Je suis heureux de l’accueil que lui font les catholiques du monde entier, bien sûr, mais, de façon plus générale, de tous ceux qui sont touchés par son visage, sa simplicité…

Quelles sont les grandes différences avec son prédécesseur, Benoît XVI ?

C’est d’abord une différence de ton. Les deux hommes sont évidemment en communion sur le fond et ne manquent jamais de le faire savoir. Mais alors que Benoît XVI enseignait comme un professeur, un grand théologien, le Pape François est d’abord un pasteur, le"curé du monde" si vous voulez, comme on l’a dit de Jean XXIII et Jean-Paul II, les deux papes qu’il va canoniser le 27 avril. Les Papes se succèdent et agissent librement, chacun avec sa personnalité. Cette fonction n’est pas un moule et les catholiques ne sont pas des clones. Il y a un seul Seigneur, une seule foi… Mais cela ne bride pas notre liberté, au contraire, ça la dilate ; c’est l’exemple que donne la vie des saints.

Vous êtes ami avec lui. Comment est l’homme derrière le Pape, quelles sont ses qualités humaines, ses défauts ?

Nous nous sommes côtoyés dans le cadre de certaines réunions romaines. C’est un homme spontané, naturel, attentif, "dérangeable" et… dérangeant ! Il sait reconnaître les talents des autres et prend le temps de la réflexion. Quant à ses défauts, c’est lui-même qui a dit qu’il était "ingénu et rusé".

Selon vous, pourquoi est-il si populaire ?

Il me semble que ce n’est pas son objectif ni sa préoccupation. Chacun pressent en lui un engagement authentique et tous aiment l’Eglise quand elle ne s’occupe pas d’elle-même, mais des autres et d’abord des pauvres. Le plus beau titre biblique de Jésus, c’est qu’il est le serviteur ; donc, l’Eglise est "bien en place" quand elle est une servante.

Etes-vous souvent en contact avec lui ? Et par quel biais (lettres, mails, téléphone, textos…) ? Le cas échéant, sur quels sujets échangez-vous ?

Nous échangeons des lettres, des courriels, des appels téléphoniques. C’est, de fait, la première fois qu’un Pape m’appelle directement sur mon mobile. Les sujets sont variés, mais pas nécessairement importants : il a pris des nouvelles de ma santé après mon infarctus cet été. Depuis des années, nous prions fidèlement l’un pour l’autre le 17 décembre, c’est son anniversaire et celui de mon ordination. Lors du dernier consistoire, il était là au milieu de nous, très simple comme il l’était avant son élection.

Y a-t-il une possibilité qu’il vienne en France à moyen terme ? Militez-vous pour cela ? Aimeriez-vous, par exemple, le recevoir à Lyon ?

Bien évidemment, mais il a annoncé qu’il se consacrerait d’abord aux "périphéries". Ses prochains voyages annoncés sont la Terre Sainte, l’Afrique et l’Asie. Il n’est pas pour l’instant question de l’Europe : on se console en se disant qu’il la considère encore comme un cœur de la chrétienté… Quelque chose me dit qu’il souhaitera tôt ou tard visiter la terre de Bernanos, de Ste Thérèse de Lisieux et de Joseph Malègue, ces auteurs français qu’il évoque souvent. J’étais heureux de voir qu’il a cité aussi saint Irénée, qui fut évêque de Lyon, dans son Exhortation apostolique, son premier grand texte personnel, une véritable boule de feu pour notre Eglise.

Pensez-vous à la possibilité de devenir vous-même pape un jour ?

Le matin, je prie sur l’Evangile… L’autre jour, juste après l’entrée en carême, nous lisions : "Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive…" Ma vocation pour aujourd’hui et pour demain, la voici, c’est sûr !
 

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