Carnaval et épidémie, un cocktail explosif déjà en 1832 avec le choléra

Carnaval et épidémie, un cocktail explosif déjà en 1832 avec le choléra

EXUTOIRE - Invité de la matinale de LCI, le Pr Renaud Piarroux a réagi aux images du carnaval clandestin organisé dimanche après-midi à Marseille. S'appuyant sur l'épidémie de choléra de 1832, l'épidémiologiste rappelle que ce genre de fête est un moteur considérable de transmission.

Faisant fi de l’épidémie, des milliers de personnes, sans masques pour la plupart, ont défilé ce dimanche après-midi à deux pas de la Canebière à Marseille. Un carnaval clandestin non autorisé et qualifié d'"irresponsable" par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône qui a ravivé la mémoire du Pr Renaud Piarroux, épidémiologiste à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière. "En mars 1832, en pleine épidémie de choléra, un carnaval organisé à Paris avait fait exploser le nombre de cas", relate le spécialiste sur le plateau de LCI. "Les gens faisaient la fête pour conjurer le mal. C’était pour eux une forme d’exutoire. Le problème, c’est que la situation s’était aggravée par la suite", souligne le scientifique, qui s'inquiète des conséquences de cet événement alors que les hôpitaux marseillais sont déjà sous tension.

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La France face à une 3e vague d'ampleur

On rembobine : nous ne sommes pas en 2021, nous sommes en 1832. Cette année-là, en plein de mois de mars, coïncidence troublante, un "mal asiatique" frappe l’Europe de plein fouet. La bactérie "Morbus" se répand comme une traînée de poudre sur tout le continent. Mais à Paris, en cette fin de carnaval, la population ne veut pas y croire. C’est la mi-Carême et les festivités vont bon train dans la capitale. Mais les scènes de liesse vont rapidement laisser place à la terreur. "Le choléra morbus est dans nos murs", titre le journal Les Débats dans son édition du 28 mars, faisant état de premiers décès dans la capitale. Le brassage de population à l'occasion de cette fête populaire a massivement diffusé le virus et les hospices doivent faire face à un afflux massif de malades. Un mois plus tard, le nombre de morts se compte en dizaines de milliers.

Le carnaval est un moteur considérable pour l’épidémie- Le Pr Renaud Piarroux, épidémiologiste à La Pitié-Salpêtrière

Si le risque que l’histoire se répète aujourd'hui à Marseille est quasi nul, ce fait historique nous rappelle cependant que ce type de rassemblement peut avoir de graves conséquences en période de pandémie, note le Pr Piarroux. "Nous l'avons vu le mois dernier à Nice, notamment à Dunkerque à cause de ce qu’on appelle les 'chapelles' (des rassemblements privés en intérieur, ndlr), le carnaval est un moteur considérable pour l’épidémie. J’espère qu’à Marseille ce ne sera pas la même chose", s'alarme l'épidémiologiste. D'autant que ce rassemblement illégal intervient alors que les variants, plus contagieux que la souche d'origine du Covid-19, circulent activement dans le département depuis des semaines.

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Quid du risque de contaminations en extérieur ?

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes se sont offusqués de ces comportements. Mais d’autres se veulent plus indulgents et réclament des preuves de l'existence de clusters en extérieur. Une analyse américaine compilant cinq études montre en effet que plus de 90% des contaminations au Covid-19 se font dans des lieux clos. Cependant, même si le risque de contamination est faible à l'extérieur, il reste théoriquement possible d'être contaminé par des gouttelettes ou des aérosols projetés par une personne infectée se trouvant à proximité. À plus forte raison lorsque les conditions météorologiques sont froides et humides.

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Covid-19 : que sait-on des contaminations en plein air ?

Le nombre d’admissions au cours des prochaines semaines dans les hôpitaux des Bouches-du-Rhône sera en tout cas scruté à la loupe. 

Découvrez le podcast de l'émission "Brunet Direct" consacré au carnaval illégal de Marseille

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Du lundi au vendredi, de 10H00 à 12H00, le présentateur prendra le temps d’analyser et de mettre en perspective les grands sujets d’actualité. Grande nouveauté de la rentrée, les téléspectateurs pourront intervenir en direct, interagir avec les invités en plateau pour livrer leurs points de vue et leur vécu.

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