Regret "de ne pas avoir été violée" : une avocate de victimes répond à Catherine Millet

Regret "de ne pas avoir été violée" : une avocate de victimes répond à Catherine Millet

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CONTRE-ATTAQUE - Dans une lettre ouverte publiée dans "Ouest France", la féministe et avocate Anne Bouillon réagit aux propos de Catherine Millet sur le viol, s'appuyant sur son expérience auprès des femmes agressées qu'elle défend.

Anne Bouillon est avocate à Nantes (Loire-Atlantique). Dans une lettre ouverte publiée dimanche 14 janvier par le quotidien Ouest France, elle réagit au propos sur le viol tenus par Catherine Millet, cosignataire de la tribune publiée dans Le Monde sur "le droit d'importuner". Invitée en décembre sur France Culture, Catherine Millet regrettait "de ne pas avoir été violée" pour pouvoir montrer qu'une femme "pouvait s'en sortir". 


Affirmant que ce regret de ne pas avoir été violée est "une posture de salon", Anne Bouillon interroge Catherine Millet : "Cette injonction réitérée à ne pas se satisfaire de cette 'condition de victime' est-elle un encouragement optimiste, une main sororale posée sur une épaule meurtrie ou une sentence un brin culpabilisatrice, voire un chouïa méprisant ?" 

"La peur de ne pas être entendues"

La femme de droit invite ensuite l'auteure et critique d'art à "venir faire un tour dans (son) monde". "Venez entendre ces femmes pour lesquelles la domination masculine au foyer, au travail, dans les transports, dans la rue, n’a rien d’un fantasme érotique. C’est au contraire un système tellement bien huilé que des femmes comme vous intiment l’ordre à d’autres de parler moins fort lorsqu’elles ont l’audace de le dénoncer", poursuit Anne Bouillon qui énumère toutes les étapes que traverse une femme violée qui a décidé de faire condamner son agresseur. 


L'avocate évoque ces femmes qui continuent d'avancer malgré le viol, "avec une énergie et une dignité qui vous étonneraient. Sans misérabilisme, sans posture victimaire, sans réclamer les oreilles et la queue de leur agresseur (pour poursuivre l’analogie bestiaire) mais avec, chevillée au corps, la peur de ne pas être entendues, de ne pas être crues, d’être renvoyées dans leurs pénates, condamnées au silence".

Les interrogatoires, la confrontation à l'agresseur, les examens médicaux, l'encombrement de la justice, la facture de l'avocat... "Ça sent les larmes, la morve, ça a le goût du sang, ça pue la peur et l’angoisse… Rien de très romantique ou de fantasmé ici, vous verrez… ", commente Anne Bouillon. Elle décrit des femmes qui ont toutes "la volonté de s'en sortir", pour reprendre l'expression de Catherine Millet. Et de conclure : "Chère Catherine, toutes n’ont pas votre force, votre résilience, réelle ou fantasmée. Aucune, en tout cas, ne mérite votre mépris". 

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