CDD renouvelable deux fois : "Cela ne changera pas radicalement les choses"

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Les contrats à durée déterminée et les contrats d'intérim pourront être renouvelés deux fois, au lieu d'une actuellement, a annoncé mardi Manuel Valls en présentant des mesures en faveur de l'emploi. Pas sûr que cela suffise néanmoins à relancer le marché du travail où règne en maître un CDD source de critiques.

Le CDI est mort, vive le CDD ! Le court-terme n’a jamais autant eu la cote sur le marché du travail : 84% des des embauches (hors intérim) se sont faites en contrat à durée déterminée en 2014. Avant la crise en 2008, ce type de contrat représentait "seulement" 70 % des embauches. Une nouvelle donne prise en compte ce mardi par Manuel Valls dans son "Small business act" pour l'emploi des PME.

Parmi les 18 mesures retenues (prime à la première embauche, gel des seuils fiscaux...) , le Premier ministre a en effet décidé de faciliter le prolongement de CDD. Jusqu'à présent, un contrat à durée déterminée (dont la durée maximale reste fixée à 18 mois) ne pouvait être étendu qu'une fois, sans que la durée ne puisse excéder celle du premier contrat. Ce nombre sera porté à deux dès cet été. Une idée soutenue par l’opinion publique : selon un sondage CSA pour Les Echos (réalisé avant l'intervention du Premier ministre) 64% des Français soutiennent cet allongement.

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Un patron de PME : "Je n’en ai pas besoin"

Alors, réelle avancée ou fausse bonne idée ? Mathieu Plane, directeur adjoint département analyse et prévision à l’OFCE, demeure sceptique. "Cela apporte un peu plus de souplesse pour les entreprises, mais ne change pas radicalement les choses. On renforce surtout l’idée selon laquelle il faut des CDD dans l’économie pour apporter de la flexibilité. Celle-ci est une réalité pour les entreprises, surtout que la conjoncture est de plus en plus volatile."

Cette flexibilité, Arthur Lambert en a grandement besoin. Le PDG de Treeptik, une société aixoise créée en 2011, l’assure : il n’a jamais signé aucun CDD. "Je n’en ai pas besoin car je n’ai aucune visibilité. Et puis embaucher quelqu’un en CDD, cela signifie quoi ? Je vais lui signer un contrat de trois mois, que je vais renouveler avant d’en proposer trois autres ?". Selon le patron de cette société employant 14 personnes, la frontière avec le contrat longue durée est mince : "Si je mets cela en corrélation avec la période d’essai d’un CDI pour un cadre qui peut durer sept mois, c’est plus simple pour moi", indique-t-il sans détour. Une forme de "dérive" également constatée par Mathieu Plane : "Les mesures annoncées par le gouvernement auraient de l’effet si, à la base, les entreprises respectaient les règles du jeu. Les périodes de carence entre deux contrats ne sont en effet pas souvent respectées."

Très chère "flexi-sécurité"

"C’est toujours le même problème : les entreprises ont besoin de flexibilité, les salariés de sécurité, poursuit l’économiste. D’où cette solution en provenance des pays scandinaves : la flexi-sécurité. un marché du travail très flexible mais avec des formations et des indemnisations-chômage élevées qui permettent une sécurité." Un modèle intéressant sur le papier mais qui, à l’échelle de la France, coûterait très - trop - cher. En attendant l’inversion de la courbe du chômage promise par François Hollande, le CDD, lui, a encore de beaux jours devant lui. Selon une étude du cabinet Robert Half publiée cette semaine, plus de 7 DRH sur 10 pensent que dans les 5 ans à venir, les CDD et les contrats intérimaires vont encore gagner du terrain.

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