"Ce film insultant ne pourra passer en Bretagne sans en payer le prix !" : la sortie de "Bécassine" fait des vagues à l'Ouest

"Ce film insultant ne pourra passer en Bretagne sans en payer le prix !" : la sortie de "Bécassine" fait des vagues à l'Ouest

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LA BRETAGNE AUX BRETONS ? - Un collectif dénonce "une insulte à toutes les femmes de Bretagne et à toutes les femmes qui connaissent ou ont connu l’immigration". Une première version du film, sorti en 1940, avait déjà suscité l’indignation.

Il n’y a "pas d’insulte plus grande." Voilà une critique de film plutôt... rafraîchissante, et elle est signé par des Bretons, consternés par le film Bécassine, signé Bruno Podalydès, qui doit sortir en salles le 20 juin. 


Le réalisateur parisien a en effet repris les aventures de ce personnage, petite paysanne bretonne, créée en 1905 par Joseph Pinchon, et donc les aventures ont été publiées dans un magazine pour fillettes, La Semaine de Suzette. Un peu idiote, maladroite, naïve... Bécasse !

C’est peu dire que les Bretons n’ont jamais été vraiment été attachés à ce personnage, jugé bien trop caricatural, et condescendant sur l’image des Bretons. Mais l’annonce de la sortie de ce film, tiré de la bande-dessinée, ranime les rancœurs. 


Dispac’h, un collectif issu de l’extrême-gauche indépendantiste a appelé au boycott du court-métrage, et demandé aux salles de Bretagne de ne pas le diffuser. Et de menacer les "salles récalcitrantes" qui le diffuseraient d’une "campagne de boycott actif" tant que le film restera à l’affiche. "Ce film insultant ne pourra passer en Bretagne sans en payer le prix et nous ferons en sorte qu’il soit le plus élevé possible." Le Télégramme évoque même un mail menaçant reçu par certains exploitants. Le ou les auteurs y expliquent qu’ils feront "tout ce qui est en leur pouvoir pour que les séances ne se déroulent pas correctement", indique le journal local.

Dans un communiqué, ce collectif donc dénonce une "pseudo comédie potache". Le fait de "reprendre un symbole comme Bécassine n’est pas un choix anodin ou innocent."


Le collectif rappelle les racines de ce personnage inventé par la "bourgeoisie parisienne", qui aime "se moquer des individus qu’elle exploite et opprime à longueur de journée." Il rappelle l’histoire de la Bretagne, où prend place l'histoire, celle d’une vague d’émigration des Bretons et Bretonnes, pour aller travailler à l’usine, sur les chantiers ou au service de la bourgeoisie. "L’immigration bretonne n’avait rien de la naïveté joyeuse qu’expose le film Bécassine", dit le communiqué.  "En plus du mensonge historique, ce film est une insulte à la mémoire de notre peuple, une insulte à toutes les femmes de Bretagne, et à toutes les femmes qui connaissent ou ont connu l’immigration."


"Opprimées parce que femmes, stigmatisées parce que Bretonnes, exploitées parce que prolétaires, voilà la seule réalité qui s’applique à Bécassine", dit encore le communiqué. "Si vous voulez montrer Bécassine à l’écran, laissez-la parler, montrez ses souffrances et ses révoltes."

La Bécassine du film n'est pas bretonne

Le réalisateur, Bruno Podalydès, se défend, dans Slate. "Je comprends la susceptibilité là-dessus. Dans les albums, il y a aussi parfois un mépris de classe du centralisme parisien. Mais c’était en 1905, il n’est pas question de tout ça dans mon film." D’après le réalisateur, la Bécassine de son film n’est "pas bête", mais "candide", et "inventive". 


Surtout, le réalisateur indique qu’il n’a pas ancré le personnage en Bretagne. Il invite les gens qui appellent au boycott - les opposants à la sortie ne l'ont en effet pas encore vu, la sortie étant le 20 juin - à voir le film. "Ils verront que l’histoire ne se passe pas en Bretagne. Je n’y ai d’ailleurs pas tourné. Le personnage est plus large que l’identité bretonne." Le film ne se veut donc ni un documentaire, ni un film historique, mais une simple comédie.

Déjà des précédents

Ironie de l’histoire, les Bretons n’aiment pas trop que d’autres évoquent leur histoire. Et Bécassine n’a jamais eu très bonne presse, dans l’Ouest. Une première adaptation de la bande-dessinée est en effet sortie en septembre 1940, et avait déjà été l’objet d’une vague d’indignation des locaux, pour qui ce film "déshonore la Bretagne". "Ce sont les enfants de Bécassine qui se sont fait tuer en 14. Et certes ce n'était pas une Parisienne de vos salons, mes chers collègues, mais une paysanne", s’était ainsi indigné un député du département du Finistère à la Chambre des députés.

D’autres films ont par le passé, reçu un accueil plutôt discuté en Bretagne. En 1975, la comédie grivoise de Joël Séria Les galettes de Pont-Aven, avaient eu droit à une levée de boucliers, pour le côté "ridicule de ses personnages originaires du sud-Finistère". Autre exemple, Le Cheval d’orgueil, de Claude Chabrol, adapté du livre éponyme, avait recueilli des réactions mitigées à la sortie de la salle à Quimper. "Où est la Bretagne là-dedans ?" avait ainsi un spectateur, évoquant trop de "clichés", comme le montre cette archive de l’INA. Réalisateurs, vous êtes prévenus, le public breton est un public averti. 

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