"Ce n'est pas une prétendue nouvelle grammaire" : après le fatras du prédicat, le Conseil des programmes veut clore le débat

"Ce n'est pas une prétendue nouvelle grammaire" : après le fatras du prédicat, le Conseil des programmes veut clore le débat
SOCIÉTÉ

PAS SI SIMPLE - Après la polémique sur l'introduction du prédicat à l'école, le Conseil supérieur des programmes (CSP) s'est expliqué sur ce concept. Il estime qu'il "remplit un vide", sans simplifier pour autant la grammaire.

Prédicat. Qu’est-ce-que-c’est-que-ça ? Depuis quelques semaines, médias et professeurs s’affolent autour de ce concept qui a débarqué dans les enseignements depuis la rentrée de septembre. Outre l’intitulé particulièrement flou, les critiques relaient les paroles d’enseignants atterrés de ce postulat alambiqué. Devant cette "polémique", le Conseil supérieur des programmes a décidé de réagir dans un communiqué pour expliquer "les raisons qui l’ont conduit à proposer quelques évolutions dans l’étude de la langue française". 

Rappelons tout d'abord que le prédicat est une notion enseignée depuis longtemps au Québec. Il avait aussi été utilisé en France par le passsé, avant d’être délaissé. Mais il a donc à nouveau été intégré dans les programmes scolaires à la rentrée 2016. Si les textes sont publics depuis l'automne 2015, la polémique n'a en fait démarré qu'au début du mois. Elle a été déclenchée notamment par le blog d'une enseignante, sur le site de Télérama. Dans son billet "En 2017, la grammaire est simplifiée, voire négociable", Lucie Martin, professeur de lettres, racontait la formation sur l’étude de la langue à laquelle elle avait participé. Expérience qui semblait, il est vrai, assez ubuesque.  

Moi, la simplification, je ne la perçois pas… - Lucie Martin, professeure de lettres

"Un nouvel intitulé est apparu, issu du travail des linguistes, appelé le prédicat", écrivait ainsi Lucie Martin. "C’est, dans une phrase, ce qui se définit par, je cite, "ce qu’on dit du sujet". Par exemple, dans la phrase "Lucie a passé de bonnes vacances de Noël", le sujet, c’est Lucie, et le prédicat, c’est ce qui est dit sur Lucie. Et que dit-on sur Lucie ? Qu’elle a passé de bonnes vacances de Noël. Le prédicat dans cette phrase, c’est donc "a passé de bonnes vacances de Noël"".  Une manière de découper la phrase en deux uniques morceaux – sujet et prédicat -, qui la faisait se hérisser. "Parfait. Arrêtons de nous encombrer avec des notions complexes, des compléments d’objets directs, indirects, seconds, des compléments circonstanciels, et tout ce charabia qui perturbait nos chères têtes blondes", ironisait Lucie Martin. 

Sauf que, poursuivait la professeure, ce sont tout de même les compléments qui conditionnent les accords. "Alors oui, mais si on ne distingue plus les différents compléments, comment va-t-on apprendre aux élèves à accorder des participes passés ?", interrogeait-elle. La réponse de l’Inspection lors de la formation la laisse perplexe : "Alors si, lorsqu’on aborde ces questions d’accords, il faut enseigner aux élèves les différents compléments. Donc, si j’ai bien saisi, il faut enseigner uniquement sujet et prédicat… sauf qu’il faut aussi parfois enseigner les compléments parce que cela reste nécessaire. Ah. Donc nous rajoutons bien une notion, le prédicat, mais sans enlever les autres. Encore une fois, moi, la simplification, je ne la perçois pas… "

Professeurs dépassés, élèves paumés

Les réseaux sociaux, puis les médias, et des politiques comme François Fillon, s’étaient penchés sur l’histoire, relayant les commentaires de professeurs eux aussi dépassés, parlant d’élèves paumés. D’autant que la notion était à peine mentionnée dans les manuels édités cette année.  

Face au débat, le président du Conseil supérieur des programmes, Michel Lussault, s’est d’abord défendu sur Twitter, n’hésitant pas à faire remarquer que la notion de "prédicat" avait déjà été utilisée en France.

Mais mardi, c’est le Conseil des programmes lui-même qui a répondu aux critiques, via un communiqué de presse. L’instance insiste sur le fait qu’elle n’a procédé à "aucune simplification de la grammaire", mais a "souhaité modifier les modalités d’enseignement aux élèves pour le rentre plus efficace" et "améliorer les apprentissages". 

Pour que l’élève puisse plus facilement "analyser la phrase simple avant d’entrer dans le détail des sous-constituants", le CSP a donc préconisé que l’élève sache d’abord découper la phrase à partir des concepts de "sujet" de la phrase et de "prédicat". Le terme "prédicat remplit ainsi un vide", estime le CSP, mais sans "pour autant se substituer" aux compléments du verbe, comme certains commentateurs ont pu l’affirmer, rappelle-t-il. "Le prédicat est donc un outil qui peut être utile pour entrer dans l’analyse grammaticale, il ne s’agit pas d’une notion exclusive sur laquelle reposerait une prétendue nouvelle grammaire."

Un texte de Kev Adams

Polémique close ? A voir... dans son billet, la professeure lève d'autres sujets à discussion, s'indignant par exemple sur le fait que lors de son stage, ses collègues et elle ont été incités à travailler sur un texte de Kev Adams, humoriste préféré des ados. "Nous étions affligés", écrit-elle. "Bien sûr que nous faisons travailler nos élèves sur les différents niveaux de langue, pour les habituer à les repérer, à les utiliser, à passer de l’un à l’autre… Mais est-ce vraiment notre rôle de leur donner à lire du Kev Adams ? Ne pouvons-nous pas faire ce même exercice avec un extrait de Zazie dans le métro ?", conclut-elle.

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JT 20H - Le prédicat créé la polémique

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