"La famille, c'est pas ringard" : ce qu’on a vu et entendu à la Manif pour tous

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SOCIETE - La Manif pour tous organisait ce dimanche son grand retour sur les pavés. Ils étaient 24 000 selon la police, 200 000 selon les organisateurs, à se rassembler pour dire leur opposition à ce qu’ils considèrent comme une "politique de destruction de la famille". LCI était sur place et vous raconte.

 "PMA, GPA, on n’en veut pas !" Il n’y a pas à dire, en matière de com’, la Manif pour tous sait faire passer le message. Conférence de presse avant le défilé,  harangue des foules avant le départ porte Dauphine, puis à l’arrivée au Trocadéro. Le message a cependant un peu évolué depuis deux ans. Plus que le retrait de la loi Taubira, ce qui est mis en avant, dorénavant, c’est la défense de la famille, "attaquée de toute part", le "droit de l’enfant à avoir un mère et une mère", les condamnations de la Gestation pour autrui (GPA) et de la Procréation médicalement assistée (PMA). "Faire sciemment des orphelins de père ou de mère, c’est être dans le déni des souffrances que peuvent endurer les enfants. Ils seront toujours en recherche de leur identité", répète Ludovine de la Rochère, la présidente du mouvement.  Ici, on le répète, on est "contre la pensée unique, l’endoctrinement des peuples", "la famille, ce n'est pas ringard !". Rebelles.


"Ça coûte combien un drapeau ? Ah, mais c’est gratuit !" La Manif pour tous, ça ne vous aura pas échappé, a un code couleur parfaitement respecté : du bleu, du rose, du blanc, des pancartes bien ciblées. Et pour cause : en début de manif, porte Dauphine, les arrivants sont arrosés de pancartes, de drapeaux. Et ce kit de manifestant remporte un joli succès. "Vous voulez quelle couleur ?" - "Bleu, pour mon fils !"  Par contre, quand on aime ni le bleu ni le rose… 

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Mêmes drapeaux, mêmes slogans... la Manif pour tous de retour à un moment stratégique

"Mais vous êtes de quel journal ?" Si les organisateurs sur-communiquent, dans la foule, c’est parfois moins facile. Ils sont parfois un peu méfiants, les manifestants approchés. Si la question paraît simple ("Pourquoi venez-vous ?"), la réponse est hésitante : "Je n’arrive pas à l’exprimer clairement, demandez à quelqu'un d'autre", dit l’une. "Je ne réponds pas aux journalistes", dit une autre. D’autres, plus bavards, répètent les slogans et idées officielles. Visiblement, consigne a été passée de surveiller son langage.  Les enfants, loin de leur parents, répondent plus facilement. "J’ai lu beaucoup d’articles et je suis contre la loi Taubira", explique ainsi une jeune fille de 15 ans. "Je me suis rendue compte que c’était très mauvais. Les hommes et les femmes ne jouent pas le même rôle dans le couple."  Mais après sa tirade, elle revient, méfiante : "Mais vous êtes pour quel journal ?" D’ailleurs, un adulte lui glisse discrètement après : "Vous faites attention à ce que vous dites, hein?" 


"Pour les talons, ça va douiller !" C’est une brochette de belles plantes, vêtues de noir, de talons hauts, à la longue chevelure coiffée d’une cocarde, que Ludovine de la Rochère a présentées, en début de manif’, comme des "de jolies filles engagées" : les Marianne, qui seront, symboliquement, en tête de cortège. Pas fous, les organisateurs : ça attire les photographes. Ils mitraillent. Elles aussi, sont bien briefées : lorsqu’on en interroge une, une autre lui glisse, discrétos : "Tu sais ce que tu dis, hein ?" -"Oui, t'inquiète". Et avec un grand sourire : "On représente la Marianne, et les trois symboles de la République." Et le côté Marianne sexy, c’est indispensable ? "Oh, c’est pour rendre les choses plus jolies", sourit-elle. Par contre, c’est plus joli, mais beaucoup moins pratique. "Pour les talons, on va douiller !", lance l’une d’elle en se tordant la cheville sur un pavé. 

"La cocarde, ça me dérange". Ce sont trois petites dames, sur le côté, avec de grands manteaux et des gros bijoux, qui regardent les Marianne poser devant les caméras. "Un vrai commando de charme", glisse l’une. "Elles ont été sélectionnées, c’est sûr. Mais ça marche, c’est fait pour ça." Mais ce n’est pas ce côté-là qui dérange son amie : "Moi, ce qui me dérange, c’est le symbole républicain", dit-elle. Ah bon ? "Ah mais oui,  il n’y a pas que des républicains dans la manifestation ! Il y a aussi des royalistes, par exemple. Moi, la cocarde, ça me dérange." 


Des manifestantes contre "l’image bourge et catho" de la Manif. Elles sont jeunes, elles sont étudiantes en littérature, venues habillées en homme. Julie et Charlotte ont participé à toutes les manifestations contre la loi Taubira, et sont revenues, bien qu'"elles n’aiment pas Ludovine de la Rochère", la présidente du mouvement. "Au départ, c’est un mouvement apolitique", explique Charlotte. "Il y avait des jeunes, des vieux, des noirs, des blancs, des jaunes. Mais avec elle, ça véhicule une image hyper bourge, catho. Je n’aime pas du tout cette coloration politique et confessionnelle". Si elles sont venues, c’est qu’elles sont contre la GPA : "On veut défendre les femmes là-dessus : c’est une véritable exploitation, sur fond de proxénétisme et de misère sociale."

Une bande son compétitive. La manif pour tous, c’est aussi un univers sonore voulu pêchu, jeune et coloré. Se succèdent donc David Guetta, Stromae et son "Papaoutai", ou encore… Woodkid. Qui n’a pas vraiment apprécié. L’artiste a tenu à préciser sur Twitter qu’il ne supportait "en aucun cas ce mouvement".   Et a envoyé sa petite pique.

Des gros bras casqués. Il y a le service de sécurité officiel, vêtu de tee-shirts rouges et jaunes. Mais aussi quelques autres, pas vraiment sur le même moule, qui circulent sur les côtés de la manif’, en petit groupe compact : biceps, total look noirs, lunettes, rangers, casques et foulards. Combien sont-ils ? A quoi servent-ils ? Eux ne répondent pas. Même si leur look de grand méchant va même susciter l’interrogation de bons pères de familles. "T’as vu le look des services de sécurité ? C’est un peu suspect non ? C’est des infiltrés ?" glisse l’un. 

C’est un tee-shirt rouge qui donnera la demi-réponse : "Nous sommes la sécurité passive, et eux sont la sécurité éventuellement non-passive. Au cas où il y aurait des problèmes." Et des problèmes, il y en a eu quelques-uns, plutôt légers, en marge du défilé : six Femens ont été interpellées. Mais les militants LGBT avaient été maintenus loin du cortège. En tout cas, ces gros bras ont aussi un sens de l’humour… bien à eux : "Ça a été court et excitant. Ma femme me dit pareil !" plaisante l’un d’eux, à l’arrivée à Trocadéro. 

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Manif pour tous : des Femen font irruption dans le cortège

Un homo contre la LGBT. Jean-Pier Delaume-Myard est engagé dans la Manif pour tous depuis quatre ans et est mis en avant dans l’organisation, au rang de porte-parole. Lors d’une conférence de presse, puis au Trocadéro devant la foule, il le clame : "Je suis homosexuel et j’en ai marre de me faire voler la parole par des lobbys comme la LGBT, qui ne représentent rien !" Lui, veut être "responsable" : "La GPA n’est ni altruiste, ni généreuse. C’est du proxénétisme, de l’esclavagisme, on est là pour que les femmes ne deviennent pas une marchandise. Et c’est un homo qui vous le dit : 'Vive la famille !'" 


Généreux donateurs. Sur le trajet, les manifestant sont appelés à donner, pour "l’organisation de la manifestation". Des membres du service d’ordre tendent de grands sacs. Et quasiment tout le monde tend le bras. Par contre, on n’entend pas vraiment tomber de monnaie sonnante et trébuchante. Mais plutôt des crissements des billets, plus discrets.

On a cherché Geneviève de Fontenay. Mais on ne l’a pas trouvée dans le cortège. Croisés, par contre, tout un lot de politiques, Hervé Mariton (LR), Jean-Pierre Poisson (Chrétien démocrate), mais aussi Gilbert Collard ou Marion le Pen (FN). Car oui, la Manif’pour tous se revendique apolitique. N’empêche, sur le terrain, ceux qui se pressent sont surtout à droite de l’échiquier politique. Quant à Geneviève de Fontenay, caution people – et surprenante – du mouvement, elle est arrivée à la fin, au Trocadéro. Sur l’estrade, elle a parlé de ses 9 frères et sœurs, et a crié à la foule : "Vous êtes tous mes potes, je vous aime. Il faut défendre la famille, cellule essentielle de notre société". Elle a même parlé d'animaux, et proposé un "gayriage". Mais visiblement, ça n'a pas suscité l'enthousiasme.

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De Fontenay à la Manif pour tous : "C'est comme chez les animaux, il y a des mâles et des femelles"

On a croisé. Des jeunes,  beaucoup de jeunes, des vieux, des familles et pas mal de poussettes. Des gens souriants et des renfrognés, des militants traditionalistes qui ont récité le chapelet en latin tout au long du défilé, un homme en costume IIIe République, des familles entières habillées en rose et bleu, des chevalières et des perles aux oreilles, des croix autour du cou, un moine en sandales et robe de bure, des lookés, des ringards. "On représente toute la France", s'est réjoui un père de famille.

Ca bouchonnait dans le 16e…   Défiler dans le 16e, ça a un avantage : les rues sont larges, calmes, le public est tout acquis. Par contre, les riverains ont découvert les aléas de la mobilisation : périmètre bouclé, métro fermé, et en conséquence, des files de voitures énervées qui erraient dans le quartier. Pas habitués... ?

VIDEO - Manif pour tous : plusieurs milliers de personnes ont fait le déplacement

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Manif pour tous : plusieurs milliers de personnes ont fait le déplacement

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