"Vive la République" : ce leitmotiv des champions du monde 2018 repris en boucle

Société
SYMBOLES - L'expression des valeurs patriotiques est revenue à de nombreuses reprises dans les déclarations des joueurs de l'équipe de France, jusqu'à leur victoire, ce dimanche soir. Comment comprendre cette célébration nouvelle de la République dans l'univers du foot ?

A chaque génération ses mots d'ordre. Il y a vingt ans, la victoire des Bleus était célébrée sur le thème battu et rebattu de la France "black-blanc-beur", un concept créé bien avant 1998 et censé promouvoir l'unité dans la diversité. D'autres slogans survolaient les stades : certains en mode publicitaire ("La victoire est en nous"), d'autres purement sportifs ("et 1, et 2, et 3-0", allusion à la finale remportée contre le Brésil, ou autre "On est les champions"). Des slogans qui relevaient plus du traitement médiatique, ou des supporteurs, que des joueurs eux-mêmes. 


En 2018, c'est de la bouche de plusieurs joueurs de l'équipe de France qu'est sorti, à plusieurs reprises, la devise qui a frappé les esprits : "Vive la République et Vive la France". Une formulation d'après-match que l'on n'était pas forcément habitué à entendre jusqu'ici. 

Marque de fabrique

"Vive la France et vive la République", lançait ainsi à la volée, dès le 30 juin, Antoine Griezmann, devant la caméra de TF1, alors que les Bleus venaient de remporter leur huitième de finale face à l'Argentine. Nouvel élan patriotique de l'attaquant le 13 juillet dernier, avec quelques explications supplémentaires. "Il faut être fier d'être Français", expliquait Griezmann lors d'une conférence de presse à Istra qui précédait la finale. "On le dit très peu, on est très bien en France, on mange bien, on a un beau pays, une belle équipe de France, de beaux Français [...] et j'ai envie que des jeunes aussi disent 'Vive la France, vive la République'". 


Le mot d'ordre est passé chez les autres membres de l'équipe après la victoire. A l'instar de Didier Deschamps, Blaise Matuidi, Samuel Umtiti, Antoine Griezmann et Paul Pogba l'ont scandé alors qu'ils s'apprêtaient à recevoir la coupe du monde. 

A l'unisson des politiques

L'ambiance patriotique qui a dominé la coupe du monde côté français n'a pas échappé aux observateurs, en particulier dans le monde politique. "Quelle autre équipe conclut une victoire en criant 'Vive la République' ? Oui, vraiment, on est les champions", s'est ainsi félicité le député Jean-Luc Mélenchon, à l'instar de plusieurs de ses collègues de La France insoumise. 

Le slogan a également été repris par le député LREM Sacha Houlié à la veille de la finale contre la Croatie ou encore par le député LR Guillaume Peltier. 


Mais il est surtout repris en boucle, depuis la victoire des Bleus, par les Français célébrant la victoire sur les réseaux sociaux. 

"Un formidable moment émotionnel"

La valorisation de l'emblème tricolore, des valeurs patriotiques et de l'hymne national n'est manifestement pas étrangère à la jeune génération des joueurs qui vient de remporter la coupe du monde. Un récent documentaire sur Kylian Mbappé - auquel la foule a rendu des hommages comme "vive Kylian, vive la République" ou "Liberté, égalité, Mbappé" nous apprenait ainsi que l'attaquant vedette des Bleus entonnait la Marseillaise, main sur le cœur, dès la petite enfance.  


On se rappelle que, vingt ans plus tôt, les joueurs ne connaissaient pas toujours aussi bien les paroles de la Marseillaise. "Ce n'était pas dans les habitudes à l'époque", confirme à LCI le sociologue Michel Fize, qui travaillait au cabinet de l'ancienne ministre des Sports Marie-Georges Buffet durant la coupe du monde 1998. "A l'époque, on était sur le thème de la génération black-blanc-beur.  Aujourd'hui, c'est plutôt celui de la génération bleu-blanc-rouge". Il faut dire qu'entre-temps, les incitations n'ont pas manqué pour rendre les Bleus plus patriotes. On se rappelle des polémiques des dernières années au sujet de joueurs, dont Karim Benzema, qui refusaient de chanter la Marseillaise avant les matches. Ou de la grève des joueurs de l'équipe de France en Afrique du Sud, à Knysna. Autant d'attitudes qui avaient conduit l'ancien sélectionneur, Laurent Blanc, à distribuer les paroles de l'hymne national à ses joueurs pour les faire apprendre par cœur.


Toutefois, estime Michel Fize, qui a lui-même pratiqué le foot durant quinze ans, la nouvelle référence patriotique des Bleus de 2018 ne doit pas "être surinterprétée". "La victoire est un formidable moment émotionnel, la libération d'une joie de vivre en des temps difficiles. Mais c'est un moment éphémère". Au-delà de la flambée patriotique, "le foot doit être l'occasion de mettre l'accent sur l'éducation. Avant de former des Mbappé, il faut former des citoyens, leur donner les moyens d'être bien dans la société, d'avoir un esprit critique..." L'un n'empêchant manifestement pas l'autre. 

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