Centenaire de l’armistice : comment un ancien wagon-restaurant est entré dans l’Histoire

Société
EMBLÉMATIQUE – Dans le cadre de son "itinérance mémorielle", Emmanuel Macron s'est rendu ce samedi dans la clairière de l’Armistice. L’occasion pour LCI de s’attarder sur l’histoire de la voiture de chemin de fer dans laquelle a été actée, le 11 novembre 1918 à 5h15 du matin, la fin des combats de la Première Guerre Mondiale.

Plus qu’une photo officielle, un symbole ? Ce samedi 10 novembre, c’est accompagné d’Angela Merkel qu’Emmanuel Macron s'est rendu à Rethondes, dans la forêt de Compiègne (Oise), où furent signés les armistices de 1918 et 1940. Une première en 78 ans puisqu’aucun représentant allemand ne s’est rendu depuis la fin des combats dans la clairière où "le 11 novembre 1918, succomba le criminel orgueil de l'empire allemand", indique encore sur place une "Dalle sacrée", symbole de la victoire française. Derrière l'image des deux chefs d’Etat réunis dans ce lieu, certains ont donc vu un double message. Celui d’une nouvelle Europe mais aussi d’un nouveau regard sur l’amitié entre les peuples. L’occasion pour LCI de revenir plus en détails sur l’histoire de ce "wagon de l’Armistice". 

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De Deauville à Rethondes

C’est le 4 juin 1914 que le wagon 2419D de la Compagnie des wagons-lits obtient son permis de circuler. Au cours de sa première vie, la voiture-restaurant dessert les lignes de Saint-Brieuc, le Mans puis Deauville-Trouville. "Pendant que des soldats sont au front, d’autres vont à la plage et mangent au wagon-restaurant", résume Bernard Letemps, conservateur du musée de l'Armistice. En septembre 1918, la voiture de chemin de fer est réquisitionnée par l’armée française pour être transformée en bureau pour le Maréchal Foch, encore général à l’époque, alors que la gare de la ville avait été incendiée et le maire fusillé. "Il avait jusque-là son QG à Senlis qui a été occupée par les Allemands dès fin aout 1914 avant la première bataille de la Marne", précise encore le président de l'association du Mémorial. 


Quand le Maréchal Foch est informé de la volonté allemande de signer un armistice, il demande que soit trouvé un endroit discret, à l'abri des regards, par respect pour l’ennemi. "Il fallait à la fois de la tranquillité et de la dignité donc un lieu loin des Français, de la foule et loin de la presse aussi", explique Jean-Yves Bonnard, auteur de "Rethondes, le jour où l'Histoire s'est arrêtée". C’est dans ce contexte que Pierre Toubeau, employé des Chemins de fer du Nord, suggère dans la journée du 7 novembre 1918 "la position 100", en pleine forêt compiègnoise,  à soixante kilomètres de Paris. "La possibilité d’utiliser le rail lui permettait d’aller rapidement d’un endroit à un autre, tout en rencontrant de manière très discrète les plénipotentiaires allemands", précise le passionné d'histoire qui est aussi directeur du Centre Départemental de la Documentation. Et d’ajouter : "Ça aurait pu être à proximité de la voie ferrée, mais ça s’est fait sur un épi de tirs datant de 1917 en pleine forêt de Compiègne." C'est donc ici, au milieu des arbres dénudés, que l'ancienne voiture restaurant tout en boiseries, connaît le premier tournant de son histoire et devient le désormais célèbre wagon de la Victoire. A 5H15 du matin, la convention de l'armistice est signée. Treize pages et dix-huit articles entérinant les conditions de la défaite de l'Allemagne, qui nourriront un esprit de revanche vingt ans plus tard.

"Alors que le Maréchal Foch a voulu agir dans la discrétion la plus totale, Hitler a agi dans un soin de propagande étonnant"Jean-Yves Bonnard

De la Cour des Invalides à Thuringe

Le périple  de la voiture ne s’arrête pas là. Après la signature de l’armistice. "Le convoi du Maréchal Foch va repartir à Senlis et le même wagon va resservir le 13 décembre 1918, les 16 janvier et 16 février 1919 à Trèves pour les prolongations de l’Armistice", la convention ayant été signée pour une durée de 36 jours renouvelée trois fois en attendant la conclusion de la paix à Versailles en juin 1919, souligne Bernard Letemps. C’est seulement en 1919 que la réquisition de l'armée française est levée. Deux ans plus tard, la Compagnie internationale des Wagons-lits offre l'emblématique wagon à l’Etat français qui va l’exposer dans la Cour d’honneur des Invalides pendant six ans.


"Jusqu’au jour où un Américain, Arthur-Henry Fleming, en voyage avec sa fille le voit abandonné au milieu de la Cour et pas entretenu", rappelle le conservateur du musée. Ce dernier décide alors de financer la construction d’un abri de musée qui sera inauguré le 11 novembre 1927… à Rethondes. "Ce wagon va vivre une vie tranquille jusqu’au 21 juin 1940", jusqu'à ce que les Français demandent l’armistice. "Hitler exige que le wagon soit sorti du musée pour le mettre à la même place qu'en 1918. Il veut qu’on lui lise les conditions d’armistice, lui étant assis à la place du Maréchal Foch", explique-t-il. De son côté, Jean-Yves Bonnard note un contraste frappant. "Alors que le Maréchal Foch a voulu agir dans la discrétion la plus totale, Hitler l'a fait dans un soin de propagande étonnant", souligne-t-il, évoquant la musique, la presse, et même un cinéaste.


Après avoir servi pour la signature de l’armistice, l’emblématique voiture de chemin de fer sera acheminée par les Allemands à Berlin, où elle sera exposée devant le Vieux Musée en juillet et août 1940 avant d’être déplacée en forêt de Thuringe. 

Une réplique à Rethondes

C’est dans la petite ville d’Ohrdurf, que le wagon de l’Armistice va finalement connaître un triste sort en 1945. Si les raisons de sa destruction divergent, l’histoire retient qu’il a été incendié, probablement du fait des nazis en raison de l'avancée de l'armée américaine. "Les habitants vont récupérer ce qu’il peuvent de débris et notamment des objets métalliques", raconte Jean-Yves Bonnard. Le châssis de la  2419D servira ainsi encore trente ans dans la petite ville allemande de Gotha. 


Mais les Français n'oublient pas le wagon. "Dès la libération, ils vont faire une cérémonie, d’abord à la Toussaint puis le 11 novembre en imitant la fameuse "Dalle sacrée" emportée par les Allemands. Ils vont tendre pour cela une toile peinte sur laquelle est reconstituée l’originale", explique le directeur du Centre Départemental de la Documentation, évoquant un "rebond de l’Histoire" après qu’Hitler ait voulu "laver la souillure de 1918".  S’agissant de la voiture exposée de nos jours dans la clairière de l’Armistice de 1918, elle n’est donc que la jumelle de l’authentique 2419D, bien que rebaptisée du même nom.

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Centenaire de l'armistice de la Première guerre mondiale

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