Ces villes qui continuent d'interdire (en toute discrétion) la mendicité durant l'été

Ces villes qui continuent d'interdire (en toute discrétion) la mendicité durant l'été

DirectLCI
SOCIÉTÉ - Chaque année en France, et particulièrement en été, des maire ont recours à des interdictions temporaires de la mendicité pour garantir "la tranquillité" des habitants et des touristes. Depuis 20 ans, l'efficacité et la légalité de ces mesures, très souvent retoquées par la justice, font polémique.

Il y a tout juste vingt ans, un 4 juillet, le maire de La Rochelle enflammait l'été 1995 en prenant l'un des premiers arrêtés anti-mendicité. L'interdiction "des quêtes non autorisées" sur la voie publique, testée depuis deux ans dans une poignée de communes, allait alors former une vague sur l'Hexagone, le délit de mendicité venant tout juste d'être supprimé du code pénal. Combien de villes interdisent encore aujourd'hui, a fortiori l'été pour "protéger" les touristes, de faire la manche sur leurs trottoirs ? "Plusieurs dizaines", estime le directeur général de la Fondation Abbé Pierre, Christophe Robert, en dénonçant "une criminalisation de la pauvreté". Pour la plupart des communes de droite, du Nord et du Sud de la France.

Mais lorsque ces arrêtés ne sont pas médiatisés, comme celui pris mi-juin à Périgueux, ou qu'ils ne donnent pas lieu à un recours administratif, à l'image de celui engagé par la Ligue des droits de l'Homme (LDH) à Roubaix, difficile de savoir exactement combien de maires usent ainsi de leur pouvoir de police. D'autant que la prohibition de la mendicité, souvent couplée avec des mesures ciblant "l'occupation abusive" de l'espace public ou les regroupements de chiens, ne dit pas toujours son nom : les arrêtés "tranquillité publique", par exemple, peuvent également viser à faciliter l'évacuation des mendiants.

"Les maires se moquent que leur arrêté soit annulé"

Ces mesures, généralement assorties d'une amende de 38 euros, sont pourtant souvent retoquées par le tribunal administratif. C'est le cas de l'arrêté pris l'été dernier à Hénin-Beaumont. Le maire FN avait bien respecté la nécessité de le circonscrire à quelques mois et à un secteur délimité. Mais pour qu'il soit valable, il fallait aussi qu'il soit "proportionné". Or, les quelques mains courantes et la pétition d'une cinquantaine de commerçants dénonçant "la mendicité agressive" sur trois places de la ville n'avaient pas convaincu le juge d'un réel danger pour l'ordre public.

"Les maires se moquent que leur arrêté soit annulé, ils en réécrivent souvent un dans la foulée, déplore Jacques Montacié, de la LDH. C'est d'abord une question d'affichage : ils veulent convaincre leur population que, contrairement aux pouvoirs publics, eux agissent en faisant sorte de les débarrasser de tous ces 'pauvres' qui les embêtent..." La loi sur la sécurité intérieure de 2003 réprime pourtant déjà la manche "agressive" ou "sous la menace d'un animal dangereux". Mais "heureusement, la mendicité n'est pas interdite et on peut appeler à la solidarité des autres dans notre Etat de droit, poursuit Jacques Montacié. Sauf avec ces arrêtés qui permettent à la police d'éjecter les gens..."

Une vertu "dissuasive"

A Périgueux, le maire Les Républicains Antoine Audi, qui interdit la mendicité dans son centre-ville jusqu'au 15 septembre, nous assure ne pas être "fier" d'une telle mesure. Mais "chaque été, nous faisons face à un afflux supplémentaire de mendiants", fait-il valoir en pointant "les problèmes de circulation" qui peuvent alors se poser, "notamment devant les supermarchés", et en soulignant qu'il mène en parallèle une politique d'accompagnement des plus démunis. L'été dernier, "moins d'une dizaine" de contraventions avaient été dressées, l'arrêté ayant d'abord selon lui une vertu "dissuasive". A une centaine de kilomètres de là, les objectifs sont peu ou prou les mêmes à Brive-la-Gaillarde, qui reconduit chaque année son arrêté visant la "mendicité agressive". "C'est une question de sécurité et une vraie demande de la population", nous explique-t-on à la mairie.

LIRE AUSSI
>>
Les arrêtés anti-mendicité ne seront pas reconduits à Paris
>> Reims : un Monoprix demande à ses clients de ne pas aider... les SDF

Des justification rejetées en bloc par les associations de lutte contre la pauvreté. "On déplace les problèmes mais on les résout en rien", soupire Christophe Robert. Pour qui ces arrêtés révèlent "un manque de courage et une incapacité à considérer que la ville appartient à tous les humains".

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter