C’est quoi un clitoris ? L’éducation sexuelle, parent pauvre de l’enseignement

C’est quoi un clitoris ? L’éducation sexuelle, parent pauvre de l’enseignement

PETITE GRAINE - Un rapport du Haut conseil à l’égalité entre femmes et hommes (HCEfh) rend publique ce mercredi midi une étude portant sur l’éducation à la sexualité. Rendue obligatoire en 2001, elle concerne pourtant aujourd'hui une minorité de jeunes élèves.

Tout part d’un constat. Celui d’une loi, pas vraiment appliquée. Depuis le 4 juillet 2001, le texte relatif à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception prévoit qu’une "information et une éducation à la sexualité" soit "dispensée dans les écoles, collèges et lycées, à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène." Quinze ans plus tard, au moins 25% des écoles n’ont rien amorcé dans ce domaine. C’est en tout cas ce qu’estime, après enquête*, un rapport du Haut conseil à l’égalité entre femmes et hommes (HCEfh), qui rend publiques ce mercredi 15 juin ses recommandations en matière d’éducation sexuelle.

Une négligence qui comporte des conséquences lourdes. Livrés à eux-mêmes, les jeunes finissent par puiser leurs informations sur internet, notamment à travers la pornographie, où le préservatif, disons-le, ne figure pas souvent au casting. Résultat : selon une étude de 2015 pour la mutuelle étudiante Smerep, un étudiant sur trois déclare ne pas se protéger pendant un rapport sexuel. Et ce sont les jeunes filles, surtout, qui pâtissent de cette absence d’informations. Le HCEfh l’affirme, les jeunes et en particulier les filles méconnaissent leurs corps. A quinze ans, une fille sur quatre ne sait pas qu’elle a... un clitoris.

"Des filles désirables... mais respectables"

Une absence d'information d’autant plus problématique que l’entrée dans la vie sexuelle et amoureuse, moment charnière, est une période à risques. Toujours selon le rapport du HCEfh, elle est révélatrice "des inégalités entre filles et garçons et des rôles attendus pour chacun". Si on attend d’un jeune homme "une forme de virilité", les jeunes femmes "doivent se montrer désirables mais respectables". Des stéréotypes de sexe qui "favorisent les violences sexistes" et font peser, encore aujourd’hui, "la responsabilité morale et financière des grossesses non désirées et des MST sur les filles".

Alors que faire, pour que cette loi de 2001 soit enfin appliquée et qu’une éducation à la sexualité, fondée sur l’égalité, adaptée à l’âge et sans jugement de valeur soit massivement exercée ? Le HCEfh émet plusieurs recommandations. Margaux Collet, co-rapporteure, les détaille pour metronews : "Cette loi a été mise en place sans être pensée, et pour l’heure, elle dépend des bonnes volontés individuelles qui se dégagent dans les écoles", nous explique-t-elle. "C’est pourquoi nous préconisons une formation continue pour le personnel éducatif à ce sujet, qui soit fortement incitée par le chef d’établissement. Le sujet est sensible, il doit bénéficier d'une posture professionnelle. Egalement, nous demandons la création de 22 postes afin que des délégués académiques, à temps-plein, pilotent cette politique."

EN SAVOIR + >> Education sexuelle à l'école : pourquoi c'est important

Appel à prise de conscience

Une augmentation du personnel qui demande bien évidemment des moyens. "Il ne s’agit pas de rejeter la faute sur l’Education nationale", reprend Margaux Collet, qui appelle à une prise de conscience. "La responsabilité est collective et se joue à chaque niveau de la société." Et du gouvernement, afin de débloquer le budget nécessaire. Depuis 2014, il existe bien des délégués académiques spécialisés, interlocuteurs privilégiés des recteurs. Mais ils ont été nommés... dans le domaine du numérique.

*Enquête menée échantillon représentatif de 3000 établissements du 1er et 2nd degrés.

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