Cette publication comparant la mortalité liée à la chasse à celle d'autres sports est-elle valide ?

Une publication mise en ligne le lundi 8 novembre compare la mortalité liée à la chasse à celle d'autres sports

ACCIDENTS - Une publication compare la mortalité liée à la chasse à celle d'autres sports, concluant que cette pratique serait "nettement moins dangereuse". Nous avons passé les chiffres au crible.

Comparaison n'est pas raison. Et cette image en est la preuve. Sur les réseaux sociaux, des militants pro-chasse publient la mortalité liée à la chasse et l'opposent à celle d'autres sports. Le message, notamment mis en ligne ce mardi 8 novembre, est on ne peut plus clair. Si l'on s'en réfère à ces "chiffres officiels", on s'aperçoit que "non seulement la chasse n'est pas l'activité la plus dangereuse" mais surtout qu’elle serait "nettement moins accidentogène que bien d'autres loisirs". De quoi "remettre l'église au milieu du village", selon l'auteur du tweet. Mais qu'en est-il réellement ?

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La chasse arrive en 2ème place

Les chiffres évoqués dans cette publication remontent à 2010. Ils sont cités dans l'étude sur "une estimation des décès traumatiques liés à la pratique sportive en France métropolitaine", dirigée par Bertrand Thélot, responsable de l'unité Traumatismes à l'Institut de veille sanitaire. Dans le triste catalogue des sports ayant fait le plus de victimes entre le 1er janvier et le 31 décembre 2010, arrive en haut du classement l'alpinisme, avec 29 décès sur les 246 recensées cette année-là. On y trouve également le ski de randonnée, la plongée, la voltige, les sports mécaniques et le parapente, qui ont fait entre 23 et 20 morts chacun. 

Des données authentiques, que l'auteur de la publication compare aux 13 accidents mortels enregistrés par l'Office français de la biodiversité pour la saison 2017-2018. Seulement, ce chiffre n'est absolument pas celui donné dans l'étude dirigée par Bertrand Thélot, qui s'appuie sur les données d'institutions publiques, d'associations et d'organismes impliqués dans le sport ainsi que des médias. En s'appuyant sur ces sources, l'épidémiologiste avait enregistré 27 décès liés à la chasse. En prenant la même étude et la même méthodologie, la chasse devient alors la deuxième pratique la plus dangereuse, devant les autres sports cités dans la publication

Ceci dit, cette limite n’est pas la seule qu'on trouve dans le raisonnement des pro-chasse. L'idée selon laquelle cette activité serait "nettement moins accidentogène" que les autres sports est également fausse. Pour l'affirmer, l'auteur s'appuie en effet sur les seuls "licenciés" d'une pratique. Or, il est trompeur d'estimer que seuls les licenciés en alpinisme ou en plongée pratiquent cette activité et en sont victimes. Ainsi selon les derniers chiffres du système national d'observation de la sécurité en montagne, sur la totalité de ces décès enregistrés en 2020, seuls 6,7% ont eu lieu en présence d'un encadrement professionnel. 

Une accidentologie égale, voire supérieure

Nous avons donc décidé de refaire ce calcul sur l'accidentologie, à partir des chiffres les plus récents et d'une seule et même source. Nous nous sommes donc penchés sur la dernière étude de Santé publique France des "décès traumatiques en pratique sportive" publiée le 24 janvier 2020. Pour réaliser cette estimation, l'agence sanitaire a référencé tous les décès liés à la pratique sportive en 2017 et 2018 à partir de sources de données médiatiques accessibles sur Internet. Quel que soit le sport, "le contexte de la pratique sportive pouvait être professionnel, de loisir ou de déplacement", précise l'agence. 

Dans ce rapport, on découvre effectivement que la chasse n'est pas le domaine qui fait le plus de victimes, au contraire. Les sports de montagne sont ainsi à  l'origine "de la part la plus importante de décès", avec 303 victimes qui représentent 37% des décès comptabilisés sur cette période. Viennent ensuite les sports aquatiques (188 décès), les sports à air moteur (97), les sports mécaniques (71), et enfin, la chasse (34). 

Mais si cette dernière activité comptait un million de pratiquants pour la saison 2019-2020 selon les chiffres de la Fédération, elle est largement devancée par tous les domaines cités plus haut. Les sports de montagne, qui comprend "l'alpinisme, le base jump, l'escalade, le ski, le ski de randonnée, le snowboard, la via ferrata et la luge", compte ainsi plus de 10 millions d'adeptes, selon le ministère des Sports. Ce qui représente 30 morts par million de sportifs, c'est moins que pour la chasse. 

Idem pour les sports aquatiques, qui rassemblent les 11,3 millions de nageurs que compte l'Hexagone ainsi que les 3,7 millions de pêcheurs et 1,2 million de plongeurs. Avec 171 morts pour plus de 16 millions de sportifs, ce domaine est bien moins accidentogène que la chasse. 

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Par ailleurs, il est bon de souligner que les décès liés à ces pratiques sont le fait de conditions climatiques ou des propres erreurs des sportifs. Au contraire, dans le cas de la chasse, 10% des victimes des accidents étaient des non-chasseurs, selon l'Office français de la Biodiversité. 

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