Chaos en Libye : la France va accueillir de premiers réfugiés évacués à l'aide d'une procédure inédite

Chaos en Libye : la France va accueillir de premiers réfugiés évacués à l'aide d'une procédure inédite

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EXIL - Un groupe de 25 personnes originaires d'Érythrée, du Soudan et d'Éthiopie, a connu l'enfer des centres de rétention en Libye. Une procédure inédite a permis de les transférer au Niger avant accéder au statut de réfugié en France.

Pour la première fois, la France va accueillir des réfugiés évacués des camps de rétention libyens à l'aide d'une procédure inédite. Il s'agit d'un groupe de 25 personnes, Erythréens, Ethiopiens et Soudanais, et comprenant "15 femmes et quatre enfants", a annoncé Pascal Brice, le directeur général de l'Ofpra (Office français de protection de réfugiés et apatrides).


Ces réfugiés, arrivés à Niamey, la capitale du Niger, le 11 novembre, devraient gagner la France "au plus tard en janvier", a-t-on indiqué au ministère de l'Intérieur. Ils ont bénéficié de la première évacuation de ce type depuis la Libye menée par le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).

Pourquoi cette opération est inédite

Comme l'explique RFI, cette opération part d'un constat : en Libye, les conditions de vie des migrants dans les camps de rétention sont abominables. Dans ces centres sont retenus, d'une part, des migrants économiques, pour lesquels l'Organisation internationale des migrations (OIM) tente déjà de mettre en place des solutions de retour dans le pays d'origine. Mais, d'autre part, de nombreuses personnes détenues peuvent prétendre au statut de réfugié en raison des persécutions qu'elles ont vécues ou de la guerre qui touche leur pays d'origine. Pour ces personnes, le retour dans le pays d'origine est impossible.

Le HCR a accès, selon RFI, à une trentaine de centres de rétention en Libye. L'objectif est d'identifier les réfugiés potentiels et de les évacuer vers un pays tiers sûr afin que les potentiels pays d'accueil puissent travailler dans de bonnes conditions. Jusqu'ici, seul le Niger a accepté d'accueillir temporairement ces réfugiés exfiltrés de Libye.

C'est d'abord une manière de sauver des personnes qui sortaient d'un véritable enfer, avec des tortures, des viols, des enlèvements d'enfantsPascal Brice, directeur général de l'Ofpra

Le HCR a donc présenté à l'Ofpra une liste de personnes repérées pour leur besoin de protection et celles qui seront retenues, après une évaluation sécuritaire, obtiendront le statut de réfugié "très rapidement" après leur arrivée en France, a précisé M. Brice. Ils seront d'abord hébergés en structures collectives, "le temps de leur donner un certain nombre de clés sur la vie en France", a-t-on précisé à la DGEF (Direction générale des étrangers en France) qui coordonne l'opération de réinstallation.


Après ce sas de quelques mois, une nouveauté dans les processus de réinstallation, ils seront orientés vers des logements classiques. "C'est d'abord une manière de sauver des personnes qui sortaient d'un véritable enfer, avec des tortures, des viols, des enlèvements d'enfants", explique M. Brice.


Avec cette évacuation, "on a fait des miracles", assure Alessandra Morelli, responsable du HCR à Niamey. L'incertitude a pesé jusqu'au dernier moment: "L'aéroport pouvait fermer pour des raisons de sécurité". Il a aussi fallu mettre à contribution les autorités nigériennes, la Croix-Rouge, l'OIM (Organisation internationale pour les migrations).

Quelques jours avant cette annonce, un reportage de CNN montrait des migrants vendus aux enchères en Libye. Il a provoqué une forte émotion et suscité des réactions indignées en Afrique et à l'ONU. 


Les réfugiés entendus au Niger ont témoigné d'un parcours traumatique, notamment les femmes, "presque toutes victimes de violences sexuelles" selon M. Brice. Fanous, Erythréenne de 20 ans, (les prénoms ont été changés), a connu les centres de rétention en Libye où "on vous frappe et on ne vous donne pas à manger". Mais "le pire, c'était ce que j'ai vécu au Soudan", où elle a dû se mettre entre les mains des passeurs. Leur simple évocation la fait fondre en larmes. Aujourd'hui logés dans un quartier résidentiel de Niamey, les réfugiés attendent la réponse de l'Ofpra.

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VIDÉO - En retenant les migrants en Libye, l'Europe est-elle inhumaine ?

Les autorités françaises mettent sur pied des dispositifs pour aller chercher des réfugiés au Niger et au Tchad, conformément à l'engagement d'Emmanuel Macron qui a fixé un objectf de 3.000 personnes d'ici 2019. "La mission française a tout de suite intégré qu'il y ait des évacués de Libye" dans les opérations au Niger, assure Pascal Brice.


Le chiffre de 25 personnes peut sembler dérisoire, par rapport aux 44.000 réfugiés enregistrés par le HCR en Libye. Mais "on est convaincus qu'il y aura d'autres opérations", assure Mme Morelli.  "L'enjeu maintenant est que d'autres pays, Européens, Américains, Canadiens, se joignent à cette démarche", avance M. Brice.

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