Charlie Hebdo : ce que contient le dernier numéro, déjà en rupture de stock

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CARICATURES - Le numéro 1178 de Charlie Hebdo, en kiosques depuis ce mercredi, est déjà épuisé dans de nombreux points de vente. Nous l'avons lu, et voici les points marquants à retenir de ce numéro exceptionnel.

"Qui sont tous ces cons qui font la queue pour acheter Charlie en kiosques ?", auraient sans doute commenté Charb, Cabu ou Tignous s'ils étaient encore parmi nous. Une semaine après l'attentat contre Charlie Hebdo, le numéro 1178 de l'hebdomadaire satirique, diffusé à trois millions d'exemplaires dans le monde à partir de ce mercredi, d'ores et déjà épuisé, en attente de réapprovisionnement

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Par manque de temps ou à cause d'une rupture de stock, certains n'ont pas pu se le procurer. En voici un aperçu - nous avons choisi de ne pas diffuser de photos pour ne pas "spoiler" ceux qui comptent encore l'acheter dans les deux prochaines semaines.

L'esprit Charlie a survécu

"Ce qui nous a le plus fait rire, c'est que les cloches de Notre-Dame ont sonné en notre honneur...". Charlie Hebdo est vivant, bien vivant, comme le rappelle Gérard Biard en pages 2 et 3 du journal satirique, sans doute le plus difficile à remplir pour une rédaction encore traumatisée par la mort de plusieurs de ses plumes et crayons.

"Nous remercions de tout notre cœur ceux, par millions, qu'ils soient simples citoyens ou qu'ils incarnent les institutions, qui sont vraiment à nos côtés, qui, sincèrement et profondément, "sont Charlie" et qui se reconnaîtront. Et nous emmerdons les autres, qui de toute façon s'en foutent...", poursuit le rédacteur en chef de l'hebdomadaire. Concluant par un message au pape François : "nous n'acceptons que les cloches de Notre-Dame sonnent en notre honneur que lorsque ce sont les Femen qui les font tinter".

Il y a au final assez peu de moqueries adressées à l'islam radical. Mais Charlie Hebdo n'en a pas pour autant perdu le mauvais esprit pour lequel il est si apprécié et critiqué. Page 4, le journal s'attarde sur les "trous dans le filet" des services de renseignement, qui n'ont pas réussi à éviter le drame. "Manuel Valls promet donc de prendre de nouvelles mesures afin de renforcer encore un arsenal déjà ultrarépressif, voire de couper des têtes", écrit Laurent Léger. "Oubliant, dans un bel exercice de communication, que l'organisation du renseignement d'aujourd'hui n'est autre que son grand oeuvre".

Des dessins de Charb, Tignous, Cabu et Wolinski

Leurs œuvres posthumes s'étalent partout. "Quel avenir pour nos djihadistes ?", demande le défunt Cabu, avant de croquer une conseillère Pôle emploi : "Vigile à Carrefour ?". Les caricatures des célèbres dessinateurs tournent en dérision le terrorisme islamiste, mais pas seulement : sœur Emmanuel et le pape en prennent aussi pour leur grade.

Les autres pages font la part belle aux dessins des survivants, Coco, Luz ou Catherine. La double page centrale, titrée "Plus de monde pour Charlie que pour la messe", est dédiée aux marches républicaines de dimanche . "Une famille de clowns décimée, dix de retrouvés", écrit Catherine en dessinant Hollande, Sarkozy, Raffarin, FIllon et Juppé tirant la tronche.

"On ne va pas tous mourir"

Comment faire à la fois vivre le souvenir du drame et aller de l'avant ? Rire. "Crever, c'est déjà assez chiant comme ça pour pas qu'en plus on ait la trouille. C'est Cabu qui disait ça", écrit Sylvie Coma, directrice adjointe de la rédaction de Charlie Hebdo. "Qu'auraient souhaité Charb, Oncle B., Tignous, Honoré, Wolinski, Mustapha, Elsa, Cabu, Franck, Ahmed, Michel et Frédéric ? Je ne sais pas. Mais j'ai envie de croire qu'ils auraient apprécié qu'on les honore en buvant du vin de palme sur un air de rumba".

Sigolène Vinson, épargnée par les frères Kouachi au moment de la tuerie, a choisi de raconter les événements du point de vue de Lila, le cocker qui était avec eux : "A Charlie, nous avons un chien, un cocker roux qui nous signale que c'est bon, que nous pouvons maintenant nous relever, ils sont partis. Lila a été épargnée. Peut-être parce qu'elle est une femelle."

Charlie rappelle ses valeurs

En introduction de Charlie Hebdo, Gérard Biard rappelle l'importance du principe de laïcité : "Les millions de personnes anonymes, toutes les institutions [...] qui, cette semaine, ont proclamé "Je suis Charlie" doivent savoir que ça veut aussi dire "Je suis la laïcité"". Il poursuit : "Elle seule permet, parce qu'elle prône l'universalisme des droits, l'exercice de l'égalité, de la liberté, de la fraternité, de la sororité [la solidarité féminine, ndrl]. Elle seule permet la pleine liberté de conscience".

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