"Chroniques du 115" : elle fait découvrir en BD le quotidien des SDF et de ceux qui les aident

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EN DESSIN - Aude Massot, une jeune dessinatrice, vient de sortir "Chronique du 115, une histoire du Samu social", une bande dessinée qui se plonge dans l'univers des sans-abri, de la précarité, et de ceux qui s'en occupent. LCI l'a interviewée.

Ils sont en bas de chez vous, dorment sur un bout de trottoir. Ils ont parfois l’air ailleurs, ou vous demandent un peu de monnaie. De plus en plus, les sans-abri font partie de notre quotidien. Parfois nous leur parlons, échangeons un bonjour. Parfois nous les ignorons, passant vite devant ces ombres sur les trottoirs. Nos univers se cotoient mais ne se mélangent pas.


L’univers des sans-abri, Aude Massot, une jeune auteure de BD, a décidé de le faire découvrir au grand public, à travers un album intitulé Chronique du 115, une histoire du Samu social. Elle y raconte notamment la vie de ceux qui viennent en aide aux gens à la rue : le Samu social, organisme qui lutte contre la grande exclusion. 

A la base, Aude Massot est plutôt tournée vers les séries jeunesses. Mais depuis quelques temps, elle se tourne vers ces reportages dessinés. Et le sujet du Samu social s’est imposé à elle, il y a un an et demi. "J’ai une maman qui bosse dans le social, je suis donc assez familiarisée avec cet univers", raconte-t-elle à LCI. "Il s’est aussi trouvé que ma colocataire travaillait au Samu social, y faisait des maraudes, et me racontait à chaque fois ses rencontres. Ça m’a passionnée." Sauf qu’en en discutant à droite et à gauche, elle se rend compte que la plupart des gens ne connaissent pas cet univers. 


Alors Aude a décroché son téléphone, contacté le Samu social, qui l’a accueillie pour qu'elle vienne observer. "Ils étaient plutôt intéressés par mon projet", raconte la jeune femme. "Beaucoup de journalistes viennent avec des caméras ou des appareils photos, ce qui n’est pas toujours bien pour les sans-abri. Moi, j’étais avec mon petit bloc note ou à enregistrer les choses dans ma tête, c’est plus facile." Aude a donc suivi et découvert autant de personnages que d’histoires, de gens tombés à la rue.

Dans la rue, le contact est simple, direct, amical. "Les équipes ont à coeur de créer un lien simple avec la personne, un échange d’être humain à être humain", estime Aude. A chaque fois, elle est présentée. Parfois, souvent, son projet amuse les sans-abri, des discusions s’engagent. D’autres fois, ils ne montrent pas d’intérêt.

"La BD, ça permet de faire passer des choses qu’on ne peut pas faire par la photo, ou la vidéo", détaille Aude Massot. "Il y a le ressenti d’une personne qui fait passer ses émotions, qui raconte comment elle perçoit l’histoire. Le dessin a une force en plus, permet aussi à l’imagination de travailler." Et certaines séquences, si elles avaient été filmées, n’auraient sans doute pas eu lieu. Ou pas eu le même impact, à la retranscription. Comme cette rencontre émouvante avec Rachid, un sans-abri qui ne s’est pas levé de son emplacement depuis trois mois. Il fait ses besoins sur lui. Les équipes du Samu soupçonnent qu’à cause de ça, ses jambes soient en train de pourrir. Il les accueille, discute, est très doux et gentil. Mais ne veut pas se faire aider.

Ce qu’a aussi essayé de faire Aude, à travers sa BD, est d’essayer de comprendre comment, pourquoi ces personnes en sont arrivées là. Elle-même a cherché. "J’ai beaucoup discuté avec les travailleurs, mais aussi lu des bouquins de sociologie ou d’anthropologie sur l’exclusion dans les sociétés", explique la jeune femme. "Car au fil de ma démarche, j’en arrivais à me poser des questions : pourquoi sont-ils à la rue, comment on peut supporter ça, ces souffrances, sans broncher ? Ne plus avoir la force de demander de l’aide ?"  

Dans sa quête, Aude a eu un petit coup de pouce. Le docteur Xavier Emmanuelli, le fondateur du Samu social en 1993, a entendu parler de son projet. Et a voulu la rencontrer pour lui expliquer les débuts de la structure, dont il est aujourd’hui retiré. L’occasion, aussi, de faire un bilan. "Le projet de départ consistait à prendre les gens en charge de la rue, au logement", explique Aude. Mais le manque de financement, notamment de la part de l’Etat, a compliqué les choses. Et obligé à des solutions de compromis. Le choix du moins pire. "Par exemple, sans pouvoir financer des logements, le Samu a dû se résoudre à payer des chambres d’hôtels souvent insalubres, ouvrant la voie à des marchands de sommeil. Et ça ne règle pas le problème des exclus." 

"Le problème est aussi qu'il y a de plus en plus de gens à la rue, et face à ça, les structures d’aide sont restées un peu figées", analyse la dessinatrice. Du coup, parfois, le découragement perce chez les travailleurs confrontés à cette précarité qui pète de partout. "Beaucoup se sentent totalement impuissants, ils ont l’impression qu’on ne leur donne pas les moyens de faire autrement, et qu’il n’y a aucune solution. Cela conduit aussi à des aberrations." 


La jeune femme entame actuellement une séances de dédicaces. Et planche déjà sur un nouveau projet : un reportage à l’ONU. Comme pour le Samu, l’idée est d’aller regarder ce qu’il y a derrière ces structures, autrefois flamboyantes, qui parfois s’effritent. "Avec le monde dans lequel on vit, qui est en train de basculer, je cherche à parler de ces organismes qui à une époque marchaient bien et qui, peut-être, ont du mal à s’adapter", explique-t-elle. "Essayer de voir comment faire perdurer toutes ces choses qui ont été mises en place..."


> "Chroniques du 115, une histoire du Samu social", de Aude Massot, aux éditions Steinkis. 17 euros. Pour suivre l'actualité de Aude Massot, rendez-vous sur  odemasso.com

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