Classes de CP à 12 : "Mes élèves ont jusqu'à 6 semaines d'avance sur ceux de l'année dernière"

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RENCONTRE - Les classes de CP à 12 ont déjà six mois. LCI a pu rencontrer deux instituteurs parisiens pour tirer un premier bilan de cette mesure.

Voilà maintenant six mois que les classes de CP à douze ont vu le jour dans les réseaux d’éducation prioritaire renforcés (REP+). Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, la mesure destinée à combattre les difficultés scolaires dès les premières années d’apprentissage dans les zones où les élèves en ont le plus besoin a très vite été mise en place par son ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer. LCI a rencontré deux instituteurs parisiens pour en tirer un premier bilan.

L’année dernière, Justine Lemaiter avait 18 élèves dans sa classe de CP de l’école Manin, dans le 19e arrondissement. Cette année, elle n’en a plus que 11. "Cela me permet de déceler beaucoup plus rapidement, dès le début de l’année, qui aura des difficultés dans telle ou telle matière", détaille-t-elle. "Dans une classe normale, les instituteurs doivent bien entendu avoir le temps pour les élèves en difficultés,  mais c’est plus compliqué. Surtout que derrière, il faut s’occuper des 20 autres élèves qui demandent également de l’attention. Un élève en difficulté dans une classe à 12 ou à 20 aura toujours des difficultés. Mais là, on est plus derrière lui, on a plus le temps pour lui, on peut lui dire et répéter les choses individuellement." 

 

Guy Titren enseigne lui dans une classe de 22 élèves… mais en binôme avec une autre enseignante. Réunir deux classes de 12 en une, mais avec deux instituteurs, c'est la solution choisie par plusieurs établissements devant le manque de place et de locaux. Mais selon Guy Triten, le résultat est le même pour les élèves. "Etre à deux dans la même classe permet la mise en place d’ateliers, un peu comme en maternelle. Je trouve d’ailleurs que ces classes permettent beaucoup plus de liens avec la maternelle, ce que j’espérais depuis très longtemps. A deux, nous sommes plus vigilants envers les élèves à 'problèmes', qu’ils soient d’ordre pédagogique ou comportemental. En cas de gros conflit entre des élèves, nous pouvons les sortir du groupe et discuter avec eux, pendant que la classe continue à travailler normalement. Avant, c'était impossible."

En vidéo

CP à 12 élèves : quel bilan six mois après ? (Vidéo issue du JT de 20H de TF1 du 21 février 2018)

Poser un regard bienveillant sur ses élèves

Parce que le comportement à adopter face à 12 élèves n’est pas le même que face à 25, les deux instituteurs ont bénéficié d’une courte formation avant l’été et avant la rentrée. "Nous avons appris quelle posture avoir, quel regard poser sur les élèves. Celui-ci doit être bienveillant. A 12 c’est plus facile, il y a moins de bruit, nous sommes moins stressés, les élèves aussi" a expliqué Justine Lemaiter. 


Concrètement, quels résultats ont-ils observés sur les élèves ? "Aucun élève n’est mis de côté, ce n’est pas possible" a estimé l'institutrice de l'école Manin. "Je note que la grosse majorité de ma classe, le noyau moyen est plus en avance. Les très bons restent très bons, quel que soit le nombre d’élèves par classe ou la méthode d’apprentissage. Mais pour moi, la majorité a progressé plus, plus vite que d’habitude. La remédiation est plus facile à mettre en place, il n’y a pas de secret" a constaté Guy Titren. "Pour l’instant, je peux dire que je n’aurai pas d’élèves laissé sur le côté à la fin de l’année dans ma classe. Alors que l’année dernière si. Récemment, un élève m’a dit qu’il avait lu le livre qu’il avait emprunté à la bibliothèque à ses petits frères et sœurs. En me disant ça il m’a fait un beau cadeau !"


Des constats approuvés par Isabelle Goubier-Sène, inspectrice de l’Education nationale pour les REP+ du 19e arrondissement de Paris et chargée de la formation des enseignants de CP des REP+ de Paris. "A la louche, nous constatons que nos élèves de REP+ ont quasiment un mois, un mois et demi d’avance cette année par rapport aux années précédentes. Cette année la plupart décodaient pour Noël alors qu’habituellement c'était plutôt pour les vacances de février." Pour elle, cette mesure "permet de répondre aux besoins des élèves. Nous avons fait un point dans chacune des écoles au mois de janvier, pour identifier les élèves qui avaient du retard par rapport aux autres. Il faut dire qu’ils sont peu nombreux, parfois un par classe. Pour ceux-là, étant donné qu'ils ont bénéficié d'un important travail en terme d’enseignement, nous allons regarder s’il n’y a pas autre chose qui bloquerait leur apprentissage. Donc en janvier/février, nous sommes dans l’investigation avec des psychologues scolaires, des médecins… pour déceler d'autres problèmes."

La grogne monte déjà en vue de la rentrée prochaine

Contrairement à d'autres académies qui ont dû supprimer des postes de remplaçants et des postes dédiés au dispositif "Plus de maîtres que de classes" pour les redéployer dans des classes à effectif réduit, celle de Paris n'a pas eu à le faire. Elle a également réussi à surmonter les problèmes de places. Mais l'année prochaine devrait s'annoncer plus compliquée. "A la rentrée prochaine, tous les REP entreront dans le dispositif. Nous serons donc obligés de fermer quelques postes 'Plus de maîtres que de classes' mais nous en sauvegarderons les deux tiers. Ceux qui vont perdre, ce sont les écoles hors réseaux d'éducation prioritaire. Elles voient des fermetures arriver, des fermetures de classes ont été annoncées pour permettre la création de tous les postes nécessaires en éducation prioritaire."


Et effectivement, c'est ce qui inquiète déjà les syndicats, les parents d'élèves et des enseignants. Mathématiquement parlant, mettre plus de moyens sur les CP et CE1 de REP et REP+ implique de diminuer les moyens dans les autres classes et les zones d'éducation non prioritaire. Alors malgré la création de 3881 postes dans le primaire l'année prochaine, des classes fermeront, principalement dans les zones rurales. Par exemple dans la Sarthe, les dédoublements nécessiteraient 34 enseignants supplémentaires. Or, le département ne gagnera aucun poste, comme l'indique la carte réalisée par le Snuipp ci-dessous.

Dans un communiqué publié le 5 février dernier, le snuipp-FSU, le SE-Unsa et le SGEN-CFDT dénoncent ensemble la dégradation annoncée des conditions d'enseignement à la rentrée prochaine. "Même en éducation prioritaire, les 3 880 postes attribués au primaire ne couvrent pas la poursuite demandée du dédoublement en CP et CE1. En décidant une forte réduction des effectifs uniquement en CP et CE1 dans l’éducation prioritaire, et ce, sans en donner les moyens suffisants, le ministre va dégrader les conditions d’enseignement et d’apprentissage partout ailleurs. Pour équilibrer leurs dotations, les directeurs académiques des services de l'Éducation nationale sont conduits à fermer beaucoup de classes, particulièrement en maternelle et dans le rural" rappellent-ils. Le ministre s'est lui défendu dans le Parisien. "Ce qui compte, c'est le taux d'encadrement, c'est-à-dire le nombre de professeurs par élève. Et ce taux va progresser dès l'année prochaine. (Les 250 fermetures de classes à la rentrée dans les campagnes) c'est le solde des ouvertures et des fermetures de classes dans les 45 départements les plus ruraux. C'est un chiffre très bas si vous comparez aux années passées." Mais il devra tout de même s'attendre à de nombreuses mobilisations dans les prochains mois dans les départements français.

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