Colette, torturée pendant 30 ans par son mari

Colette, torturée pendant 30 ans par son mari

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JUSTICE – A compter de lundi, René Schembri, un enseignant à la retraite de 71 ans, comparaît devant les assises des Bouches-du-Rhône pour tortures et actes de barbarie infligés à sa femme pendant des années. L'homme, décrit comme un véritable pervers, devra s'expliquer sur tous les sévices qu'il a infligé à celle qui par deux fois, a tenté de mettre fin à sa vie.

Au fil des années, la maltraitance est allée "crescendo", comme le souligne l'accusation. Un homme de 71 ans comparaît à partir de lundi devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône pour tortures et actes de barbarie infligés à sa femme Colette, durant près de 30 ans, avant que celle-ci ne se décide à fuir et ose porter plainte.

René Schembri, enseignant à la retraite, n'aura cependant pas à répondre de la totalité des sévices dont l'accuse son ex-femme, une partie d'entre eux étant prescrits. Car si "les faits ont commencé immédiatement", au début de leur vie commune, en France et en Afrique, dans les années 1970, Colette n'a osé porter plainte qu'en 2009, rapporte son avocat, Me Laurent Epailly.

Perte de dents, cécité

La prescription étant de dix ans, les jurés ne devront juger l'accusé que pour les seuls actes commis entre 1999 et 2002, soit seulement trois années... sur trente. Pourtant, l'épouse a vécu un véritable cauchemar pendant trois décennies. Entre 1969, date de leur rencontre à Paris et 2002, date de sa fuite du domicile conjugal, Colette n'a connu, comme elle l'a raconté aux enquêteurs, que "violence et humiliation". Avec, entre aux, "perte de dents, ablation des muscles du bras, cécité de l'œil gauche, mutilation du sexe, atrophie d'une lèvre et déformation nasale".

Décrivant aux policiers son mari comme un pervers excessivement jaloux, qui la "maintenue sous sa coupe par manipulation psychologique", Colette a mis longtemps avant de pouvoir fuir. Par deux fois, elle avait tenté de s'échapper durant les premières années, sans y parvenir, pour finalement se résoudre à subir les coups puis à tenter, à deux reprises, de se suicider. "Il dirigeait sa vie,", explique son avocat. En Afrique, il lui avait fabriqué un faux diplôme pour qu'elle enseigne et lui faisait vendre des gâteaux sur les marchés". "Il piquait tous ses sous".

"Tu es moche, tu pues, tu ne ressembles à rien"

Après la plainte, en 2009, quatre ans après avoir obtenu le divorce aux torts exclusifs de son ex-mari, une information judiciaire a été ouverte sur les faits de tortures et actes de barbarie ayant entraîné une infirmité permanente (30%), commis entre juin 1999 et juillet 2002. Les huit expertises médicales pratiquées sont sans appel: toutes les plaies sont d'origine traumatique et susceptibles de correspondre à des coups de poing, coups de nerf de bœuf ou d'un autre objet contondant.

Le déclic viendra après une greffe de la bouche. A peine opérée, Colette est de nouveau battue. "Tu es moche, tu pues, tu ne ressembles à rien", lui aurait lancé René, aux dires de Me Epailly. Dans un ultime sursaut, Colette prend définitivement la fuite. Placé en détention provisoire, puis sous bracelet électronique durant deux ans, René Schembri a toujours nié les faits, imputant la plupart des blessures à... des accidents domestiques. Mais le témoignage de sa fille aînée le contredit. Devant les policiers, elle a confirmé avoir assisté à de nombreuses reprises aux violences exercées par son père, évoquant des coups, racontant aussi que son père l'avait violée elle-même.

Attitude passive de la victime

Le parquet de Montpellier a requis le renvoi en cour d'assises et non en correctionnelle en raison "d'actes extrêmement violents à l'encontre d'un conjoint en état manifeste de faiblesse psychique et de dépendance psychologique". L'avocat de Colette entend contester la prescription et faire requalifier certains des actes de violence. L'enquête "évoque des actes sexuels non consentis, je demande qu'ils soient reconnus comme viols", a-t-il indiqué avant l'ouverture du procès.

"Juridiquement, requalifier ces faits est impossible", estime pour sa part Me Frédéric Monneret, avocat du mari. Il considère qu'il s'agit peut-être moins du procès de violences conjugales que celui d'une relation sado-masochiste entraînée dans "une spirale infernale". "Une psychologue a indiqué avoir été effarée par le comportement de consentement de Colette à tout ce qu'elle a subi", dit-il en insistant sur "l'attitude passive de l'épouse". Néanmoins si les faits sont établis, il sera "avéré que René Schembri est bien un pervers", conclut-il.

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