Comment la Grande Guerre a changé la démographie française

Comment la Grande Guerre a changé la démographie française

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CENTENAIRE – A l'occasion de la commémoration du centenaire de la Grande Guerre, l'Institut national d'études démographiques s'est penché sur l'impact de la première guerre mondiale sur la démographie française. Conclusion : le conflit a divisé le nombre de naissances et changé le visage de la population pendant des décennies.

Sans le baby-boom, la France serait peut-être aujourd’hui le pays le plus âgé du monde. Et pour cause : la première guerre mondiale a décimé environ un tiers des hommes qui avaient 20 ans en 1914, la "classe 14", selon une récente étude de l’Institut national d'études démographiques (Ined).

L'auteur de l'étude, François Héran, compare l'hécatombe de la Grande Guerre à celle de la mortalité infantile et juvénile qui faisait encore des ravages au début du 20e siècle. La génération née en 1894 avait ainsi déjà perdu 28% de ses membres masculins avant la guerre. Sur les 72% restants, un tiers (soit 24% des garçons nés en 1894) périrent dans les combats, "le taux le plus élevé de toutes les classes mobilisées". "Fin 1918, les deux faucheuses réunies avaient éliminé 52% des hommes nés en 1894", remarque l'auteur.

Un million de naissances jamais rattrapées

Au total, durant ce conflit, la France a subi 1,5 million de morts sur 7,9 millions d'incorporés, soit 18% des effectifs, contre 15% pour l'Allemagne. L'Ined rappelle que 74 millions d'hommes furent mobilisés entre 1914 et 1918 dans les pays belligérants (48 par les Alliés, 26 par les puissances centrales), dont 10 millions périrent, soit 14%.

En France, les veuves étaient déjà nombreuses avant 1914, du fait d'une forte surmortalité masculine, mais la guerre doubla la part des veuves dans la tranche des 25-44 ans: 10% en 1920 contre 5% en 1913. Aux 2,4 millions de veuves que comptait déjà le pays en temps de paix, elle ajouta un demi-million de jeunes veuves de guerre, qui durent élever environ un million d'orphelins.

Conséquence directe : la guerre divisa par deux le nombre annuel de naissances (à 400.000) et plus d'un million de naissances ne furent jamais rattrapées. Si bien que la France se retrouva, en 1939, le pays le plus âgé du monde (rang occupé aujourd'hui par le Japon). Il fallut attendre le pic de natalité (ou baby-boom) des années 40-50 pour changer la donne.

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