Comment la mairie de Paris veut lutter contre la radicalisation chez ses agents

Comment la mairie de Paris veut lutter contre la radicalisation chez ses agents

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RELIGION - Un "guide de la laïcité" va être distribué aux cadres de la mairie de Paris. Le livret veut les aider à affronter des situations où la laïcité ne serait pas respectée par des agents. L’adjoint aux ressources humaines de la Ville, Emmanuel Grégoire, nous explique la démarche.

"Que faire lorsqu’un agent refuse de serrer la main d’une femme ?" - "Il faut lui expliquer que tous les comportements portant atteinte à la dignité des personnes sont proscrits." Ces questions-réponses sont extraites d’un "guide de la laïcité", que la Ville de Paris va distribuer à ses 5.600 cadres dans quelques jours. Un moyen pour les aider à affronter des situations où la laïcité ne serait pas respectée par des agents.

En fait, même si les questions de la laïcité et la radicalisation religieuse sont particulièrement d’actualité, la Ville planche sur ce projet depuis un petit moment. "Nous avons été alertés sur le sujet par les syndicats il y a déjà quelque temps, bien avant les attentats de janvier 2015", indique Emmanuel Grégoire, adjoint aux ressources humaines de la Ville à metronews. "Sur ces sujets sensibles, les agents avaient besoin de consignes claires. Les règles existent, mais elles sont parfois très floues dans la tête des gens. C’est bien de les rappeler." Après les attaques contre Charlie hebdo et l’Hyper Casher, la sortie du livret avait été décalée. "On ne voulait pas donner le sentiment que c’était en réaction, ni faire peser un sentiment de suspicion ", souligne Emmanuel Grégoire. Surtout, la Ville a voulu se donner davantage de temps pour travailler dessus, et a fait appel à l’Observatoire de la Laïcité, qui a mené l’enquête auprès des services.

Des conseils pour des situations très concrètes

Le livret qui en est sorti, d’une vingtaine de page, vise à répondre à toutes des situations. Comment réagir face aux signes religieux ? Aux personnes vindicatives ? Première réponse : le dialogue. "Un des éléments très important est la pédagogie", insiste Emmanuel Grégoire.

Et si le dialogue ne suffit pas, le guide rappelle aussi les sanctions éventuelles. Des stages de formation d’une demi journée pour les encadrants seront également organisés.

Les questions de la religion et de la radicalisation sont remontées tristement le 13 novembre dernier. Mais la sortie du livret n’a pas été davantage repoussée. Même si Emmanuel Grégoire reconnait que le climat est aujourd'hui "lourd, un peu anxiogène", le guide a aussi pour vocation, justement, "d’éviter les excès de zèle". Là encore, en remettant les règles noir sur blanc. "Par exemple, saviez-vous qu’une femme a le droit de venir voilée à un entretien d’embauche dans la fonction publique ?", explique Emmanuel Grégoire. "On ne peut pas lui en tenir rigueur. Mais on peut lui rappeler que, si elle est embauchée, elle n’aura plus le droit de le porter."

Comme la RATP récemment , la Ville de Paris a été sous le feu médiatique, sur le délicat sujet de la radicalisation : après les attentats de janvier 2015, il était apparu que Saïd Kouachi, un des "tueurs"de Charlie Hebdo, avait travaillé deux ans comme emploi jeune dans les services de la Ville. Mais, s'ils sont davantage scrutés, les services de la Ville ne seraient ni plus ni moins touchés par le phénomène qu’une entreprise.  "Ce sont des sujets dont on entend beaucoup parler, mais dès qu’on demande des faits précis, des dates, tout devient beaucoup plus flou", avance l’adjoint. D’après l’adjoint aux ressources humaines, les cas litigieux ont été peu nombreux depuis son arrivée en mars 2014 : une dizaine, sur les 50.000 agents. Les incidents sont divers, et ont touché tous les services : un homme qui refuse de serrer la main de sa supérieure, un petit groupe qui prie dans un placard de stockage. Dans la plupart des cas, les choses seraient revenues dans l’ordre après la menace de sanctions et des médiations.Un seul cas, celui d’une femme voilée, a donné lieu à un licenciement, il y a 4 ans. 

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