Comment l'école française accueille les enfants migrants

Comment l'école française accueille les enfants migrants
SOCIÉTÉ

ÉCOLE - La ministre Najat Vallaud-Belkacem a effectué lundi matin un déplacement sur le thème de la scolarisation des enfants réfugiés, auquel metronews a assisté. Retour sur les dispositifs qui permettent leur intégration au système éducatif.

Dans le jargon de l'Education nationale, on les appelle les "élèves allophones nouvellement arrivés". Les enfants de réfugiés syriens, irakiens ou érythréens accueillis en France vont rejoindre les rangs de ces EANA. Autrement dit de tous ces mineurs qui arrivent sur le territoire avec une langue maternelle autre que le Français. Pour permettre leur intégration au système scolaire, l'Education nationale s'organise. Najat Vallaud-Belkacem se déplaçait ainsi lundi matin au "Centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs" (CASNAV) du XXe arrondissement de Paris. L'occasion de faire le point sur les dispositifs qui vont permettre de scolariser les milliers d'écoliers, collégiens et lycéens réfugiés attendus en France au cours des deux prochaines années.

Entre 8.000 et 10.000 enfants supplémentaires...

Pour arriver à ce chiffre, les services du ministère de l'Education nationale se sont basés sur l'idée qu'un réfugié sur trois est mineur. François Hollande ayant annoncé que 24.000 réfugiés seraient accueillis dans l'Hexagone au cours des deux prochaines années, en plus des 6700 déjà annoncés cet été, la rue de Grenelle table sur 4000 à 5000 élèves supplémentaires par an : pour les enfants de réfugiés comme les autres, l'école est obligatoire de 6 à 16 ans. Des jeunes qui doivent être répartis sur tout le territoire - Najat Vallaud-Belkacem a d'ailleurs estimé que l'accueil des enfants réfugiés pouvait être "une chance" pour les communes rurales dont des classes peu fournies sont menacées de fermeture -, comme les 45.000 enfants de réfugiés, de Roms ou encore par exemple de familles britanniques fraîchement installées en France que l'Education nationale accueille déjà.

...Vont passer des tests...

A leur arrivée en France, les enfants de réfugiés passent d'abord par la case CASNAV (c'est vrai pour les enfants de 11 ans à 18 ans, les inscriptions en maternelle et en primaire dépendant directement des mairies), où leur niveau scolaire va être évalué pour décider de leur orientation. Ce lundi matin, au milieu de la nuée de journalistes venus suivre la ministre dans le centre parisien, ils sont une vingtaine d'adolescents de toutes nationalités - iranienne, géorgienne, pakistanaise, algérienne, malienne - à passer studieusement des tests dans deux salles exiguës du sous-sol du bâtiment : vingt minutes d'exercices écrits, avec au menu compréhension écrite du français pour ceux qui le parlent un peu, puis mathématiques, dans leur langue d'origine. Depuis le 26 août, le CASNAV de Paris dit accueillir ainsi chaque jour une quarantaine d'enfants, un chiffre "légèrement supérieur" à l'année dernière. Mais les réfugiés syriens et irakiens arrivés depuis deux semaines en France commencent tout juste à passer les tests.

...Avant d'être orientés...
Azzedine, 16 ans, se montre confiant après avoir complété l'alphabet et répondu à des questions sur un court texte. Le français, il en a appris les rudiments sur le tas depuis qu'il est arrivé l'an dernier d'Algérie, où il était en classe de troisième. "Que veux-tu faire plus tard ?", lui demande la professeure de Français langue étrangère (FLE) qui s'entretient ensuite avec lui. "Plomberie". "Quelle est ta matière préférée ?" "Les mathématiques". Mais après lui avoir montré les différents niveaux de tests de calcul, et l'avoir vu s'éponger le front pour en choisir un équivalent à la 5e, l'enseignante reste sceptique. "Azzedine sera probablement orienté vers une classe spécifique dans un lycée professionnel, nous confie-t-elle. Très peu d'enfants qui passent ici rejoignent directement une classe 'banale', soit parce qu'ils ne parlent pas français, soit parce qu'ils n'ont pas le niveau scolaire correspondant à leur tranche d'âge".

...Vers des structures transitoires

Mais le but est bien qu'à terme, tous intègrent une classe ordinaire avec des enfants de leur âge (pas plus de un à deux ans d'écart avec les autres élèves). Dans quelques jours, les élèves qui viennent de passer les tests ce matin rejoindront les bancs de l'une des classes spécifiques que l'Education nationale, encore une fois fidèle à sa novlangue, nomme "UPE2A", Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants. Dans le primaire (en maternelle, les petits intègrent l'école sans aménagement spécifique), elles fonctionnent comme du soutien scolaire : les élèves font partie d'une classe normale et reçoivent en parallèle des cours de français, avec plus ou moins d'heures quotidiennes selon leur niveau, avec un enseignant dédié. Au collège et au lycée, ils sont d'abord regroupés au sein de ces UPE2A (dans le second degré, il en existe par exemple 75 dans les différents établissements parisiens) pour apprendre la langue ou l'approfondir. En parallèle, ils participent par petits groupes à certains cours - de sport et de mathématiques par exemple - dans les classes "normales" de leur établissement. Avant de les rejoindre définitivement. La durée d'accueil dans ces cours ou classes spécifiques, évidemment variable selon les besoins et difficultés de chaque élève, excède rarement un an.

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