Comment sont recrutés les aumôniers musulmans des prisons ?

Comment sont recrutés les aumôniers musulmans des prisons ?
SOCIÉTÉ

RADICALISATION - Manuel Valls a promis mercredi 60 aumôniers musulmans supplémentaires pour les prisons. Metronews s'est penché sur la manière dont ils sont recrutés.

Ils n'étaient jusqu'à présent que 182 en France (contre près de 700 aumôniers catholiques), pour près de 200 établissements pénitentiaires. Et les pouvoirs publics comptent plus que jamais sur eux pour prévenir les dérives fondamentalistes et diffuser un islam éclairé dans les prisons. Les 60 aumôniers musulmans supplémentaires annoncés mercredi par Manuel Valls , dans le cadre de son plan de lutte "post-Charlie" contre le terrorisme, ne seront pas de trop pour mener à bien leur difficile mission.

"Ce qui est fondamental, ce n'est pas tant leur nombre, en déficit très grave, que leur formation", souligne auprès de metronews Foudil Benabadji, qui accompagne spirituellement depuis plus de vingt ans les détenus des prisons de Savoie. On ne peut imaginer qu'un aumônier soit fragile, il faut des gens compétents, avec une personnalité affirmée, qui aiment la France et qui ont des connaissances sur son Histoire, ses lois ou sur la laïcité."

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"Triés sur le volet"

Cet ancien éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse, qui, comme beaucoup de ses confrères, n'est pas imam, appelle donc à mettre en place davantage de formations dédiées en France. Aujourd'hui, il n'en existe en effet qu'une pour les aumôniers musulmans, répartie entre l'Institut Al-Ghazali de la mosquée de Paris et l'Institut catholique de Paris. Ce cursus thélogique, qui dure 4 ans et est également destiné aux imams, regroupe 260 étudiants au total, selon le site de l'Institut Al-Ghazali .

Les candidats à un poste d'aumônier, qui doivent recevoir l'aval de l'aumônerie nationale, sont ensuite "triés sur le volet", explique Foudil Benabadji. "Il ne faut pas croire que ces gens vont être envoyés dans les prisons sans aucune précaution : au contraire, les Renseignements généraux et l'Administration pénitentiaire épluchent leur personnalité avant de valider leur nomination."

Reste que pour recruter davantage, il faut aussi davantage de candidats. Or, en plus du manque de formation, les aumôniers pointent souvent du doigt leur manque de moyens, qui décourage les vocations. "On ne se sent pas reconnu, le travail est ingrat et difficile mais il n'y a rien au bout, seulement notre bonne volonté et notre détermination à aider cette population à s'insérer", déplore Foudil Benabadj, qui touche seulement "240 euros par mois" d'indemnités. Une situation qui pourrait bientôt s'améliorer. Manuel Valls a promis la semaine dernière de "parvenir à une réelle professionnalisation" des aumôniers de prison.

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