Comment vous défendre si vous êtes victime de cyberharcèlement ?

Comment vous défendre si vous êtes victime de cyberharcèlement ?

SOCIÉTÉ - Phénomène existant depuis quelques années, le cyberharcèlement est un délit face auquel ses victimes peinent encore à se défendre. Alors que sa reconnaissance légale progresse timidement, LCI livre un guide pour se protéger de ce phénomène.

Les déferlements de haine que subissent les victimes de harcèlement en ligne est tout sauf "virtuel". Ce phénomène que la loi a encore du mal à encadrer est malheureusement fréquent, et peut avoir des conséquences dramatiques. En tant que victime, des réflexes et des outils peuvent aider à surmonter le cyberharcèlement.

Est ce que je subis du cyber harcèlement ?

Le cyberharcèlement est défini par le Code pénal comme "le fait de tenir des propos ou d’avoir des comportements en ligne répétés ayant pour but ou effet une dégradation des conditions de vie de la victime".


Il peut donc prendre plusieurs formes, telles que les intimidations, les insultes, les moqueries, les menaces, la propagation de rumeurs ou la publication d’une photo / vidéo intime de vous sans votre consentement. Cela peut aussi être le piratage de votre compte et l’usurpation de votre identité digitale, ou encore la création d’un groupe ou d’une page sur un réseau social vous nuisant. Ces différentes situations sont considérées comme du "cyberharcèlement lorsque qu'elles prennent la forme de SMS, de mails, de message privé sur les réseaux, sur les réseaux sociaux eux-mêmes, sur les forums, chats et jeux en ligne. Facebook, Twitter, Snapchat, Instagram et YouTube sont les principaux berceaux de cette haine en ligne. 

Je suis victime de cyber harcèlement, que faire ?

  • 1Ne pas culpabiliser

    C’est la première chose que Laure Salmona, co-fondatrice du collectif des féministes contre le cyber harcèlement, explique à LCI : "Le premier réflexe est de ne pas culpabiliser, de ne pas se laisser culpabiliser. Surtout quand on est adolescent, on peut se prendre des reproches alors que ce qui est réprimé par la loi, c'est le cyberharcèlement… pas le fait de prendre des selfies."

  • 2 Ne pas minimiser

    Ce n’est pas parce que c’est en ligne que ce n’est pas grave. Le cyberharcèlement a des conséquences bien réelles, dans la vie et le quotidien des victimes. Cela peut engendrer une baisse des résultats scolaires, des absences ou problèmes au travail, une exclusion sociale, une dépression, un suicide dans le pire des cas. Le harcèlement est un délit. De ce fait, harceler quelqu’un "en ligne" est une circonstance aggravante. Alors, parlez-en. A une personne de confiance, à vos parents ou à un adulte de confiance, aux responsables scolaires si vous êtes mineur, à vos supérieurs hiérarchiques, pour être soutenu dans cette épreuve mais aussi dans les démarches pour que cela cesse. Laura Salmona ajoute : "Le cyberharcèlement peut créer du stress post-traumatique. [...] Il ne faut pas hésiter à aller voir son médecin traitant en cas d’anxiété, de perte d'appétit, de pensées suicidaires."

  • 3 Renforcer sa sécurité et sa confidentialité sur internet

    "Une fois que le cyberharcèlement a commencé, il faut faire une recherche web sur votre nom pour retirer si possible les informations sensibles comme une adresse, un numéro de téléphone. Mais il peut être trop tard parfois, car une demande de déréférencement auprès de Google prend du temps", continue-t-elle.


    Afin d’éviter un piratage, changez vos mots de passe. Privilégiez des "phrases de passe", plus sécurisées. Et n’hésitez pas à avoir recours à la double authentification. Il est également recommandé de retirer son contenu personnel (comme les photos) du Cloud si vous en utilisez un. Les webcams sont également facilement piratables, il faut les masquer sur l’ordinateur, portable ou non, et sur le téléphone. N’hésitez pas à modifier certains paramètres de confidentialité sur vos différents comptes de réseaux sociaux : vous pouvez mettre votre profil en privé, changer de pseudo, masquer vos notifications, bloquer les messages d’inconnus et même bloquer ou mettre en silencieux certains utilisateurs.

  • 4Ne pas alimenter

    Même si la tentation de répondre, calmement ou non, est forte, cette option est rarement efficace pour faire cesser ce type de comportement. D’abord parce que les harceleurs attendent que vous entriez dans leur jeu pour avoir plus d’emprise sur vous. Ensuite, parce que cela crée de la visibilité autour de ces publications, souvent publiques, et que cela risque d’attirer d’autres personnes malveillantes.

  • 5Rassembler des preuves

    Il peut toujours être utile de collecter des preuves du cyberharcèlement. Cela passe par des captures d’écran et la conservation de l’URL notamment grâce à des outils comme TweetSave. Concernant leur valeur en tant que preuve judiciaire, l’avocate au barreau de Paris Delphine Meillet précise : "Les captures d’écran sont recevables, mais elles sont contestables tant qu’elles ne sont pas faites en présence d’un huissier, car la défense peut reprocher d’avoir modifié le document." Il est donc plus sûr de recourir à cette expertise, même si son coût est élevé. Laure Salmona indique toutefois que "les frais de justice peuvent être pris en charge par les assurances habitation, voiture ou de carte bancaire. Donc il faut se renseigner sur les clauses des assurances". Par ailleurs, les personnes à faibles revenus peuvent bénéficier de l'aide juridictionnelle. Si la violences des messages rend cet exercice de collecte trop difficile et que vous songez à tous les supprimer, n'hésitez pas à vous faire aider et demander à un proche de s'occuper de ce travail de veille.

  • 6Signaler les contenus et/ou les profils sur les plateformes

    Chaque plateforme en ligne propose la fonctionnalité "Signaler". Il faut passer par cet outil pour faire retirer les contenus malveillants en signalant les publications, et/ou pour faire supprimer un compte d’utilisateur qui vous harcèle en signalant directement l’utilisateur. Vous pouvez également passer par des plateformes de signalement, comme Pharos.

  • 7Contacter les associations

    Plusieurs associations sont formées à accompagner les victimes de cyberharcèlement et peuvent vous conseiller, appuyer vos demandes de modération envoyées aux plateformes. "On peut se tourner vers la ‘Fondation des femmes’ qui peut aider sur certains dossiers, le CNIDFF (Centre national d’information sur les droits des femmes) qui fait des permanences partout en France, énumère Laure Salmona. Vous pouvez également appeler le 3919, l’Inavem (Institut national d’aide aux victimes et de médiation) et l’association 'En avant toutes', lorsque les problèmes de cyberharcèlement ont lieu au sein du couple.” Pour les mineurs, l’association gouvernementale E-Enfance (avec son numéro d’écoute 00) est particulièrement formée sur le cyberharcèlement, scolaire ou non. Pour information, la protection de l’enfance inclut aussi les personnes entre 18 et 21 ans.

  • 8Porter plainte, ou non

    Le cyberharcèlement est passible d’une peine de 2 ans de prison et 30.000 euros d’amende, 3 ans de prison et 45.000 euros d’amende si la victime est mineure. "Vous avez la possibilité de porter plainte, cela contribuera à faire diminuer l’impunité, mais il faut avoir la force de le faire, prévient Laure Salmona. Sachez que ça peut être long. Dans une enquête, tout compte, donc n’hésitez pas, si vous vous sentez mal, à prendre un arrêt de travail, à faire des certificats médicaux, cela entrera dans votre dossier et sera une preuve supplémentaire du préjudice subi." Pour trouver un avocat spécialisé, vous pouvez faire appel au collectif Féministes contre le cyberharcèlement, qui pourra vous mettre en contact.


    Dans le cas d’une diffusion de photos ou vidéos intimes, sachez que vous pouvez avoir recours à une procédure en référé au civil : c’est une procédure d’urgence qui permettra de faire retirer les photos rapidement. "Ensuite, pour faire disparaître des contenus problématiques de Google, la meilleure solution reste d’en publier d’autres, plus positifs, afin de noyer les anciens. Demandez à vos amis de le faire", reprend Laure Salmona, qui insiste : "Il est important de connaître ses droits, de savoir que, quand on se rend au commissariat, les officiers ne peuvent pas refuser de prendre une plainte. Il est utile d’insister, voire de saisir le Défenseur des droits si on est mal reçu."

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